Prudence avec l'explosion des prix du lithium

Publié le 12/02/2022 à 09:00

Prudence avec l'explosion des prix du lithium

Publié le 12/02/2022 à 09:00

Depuis un an, les indices phares du lithium de Benchmark Mineral Intelligence ont progressé très vite. (Photo: 123RF)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE. L’explosion des prix du lithium est impressionnante depuis un an, et elle a de quoi faire sourire les producteurs actuels et futurs de ce minerai stratégique dans la transition énergétique. En revanche, il faut demeurer prudent face à ce phénomène, car tout ce qui monte rapidement peut redescendre rapidement.

Ainsi, les entreprises dont la stratégie d’affaires s’appuie sur des prix élevés et permanents du lithium prennent certains risques.

Le lithium est un intrant essentiel pour fabriquer les batteries des voitures électriques, dont la demande est en forte progression dans le monde, et ce, de l’Asie à l’Amérique du Nord en passant par l’Europe.

Cette demande tire par conséquent la valeur des intrants de ces véhicules, dont le lithium, un minerai que l’on retrouve en grande quantité au Québec, en Australie et en Amérique du Sud –dans un triangle formé de l’Argentine, du Chili et du Brésil.

Pour mesurer l’ampleur de ces hausses, regardons de près les indices établis par Benchmark Mineral Intelligence, une référence dans l’industrie. La firme a trois indices phares, l’indice du lithium, l’indice des carbonates de lithium et l’indice des hydroxydes de lithium.

La progression de ces trois indices est impressionnante, comme vous pouvez le constater :

 

  • Lithium : hausse depuis un mois (35,3%), hausse depuis un an (344,9%)
  • Carbonate : hausse depuis un mois (34,6%), hausse depuis un an (401,7%)
  • Hydroxyde : hausse depuis un mois (36,1%), hausse depuis un an (297%)

 

En début d’année, stimulé par la demande pour les voitures électriques, le carbonate de lithium a même franchi le cap du 40 000$US la tonne métrique, selon Benchmark Mineral Intelligence.

 

Pourquoi les prix du lithium sont élevés

Et ce ne serait qu’un début, estime pour sa part la firme américaine d’investissement Citigroup.

Récemment, elle a revu à la hausse ses prévisions pour le lithium, tablant désormais sur un prix qui pourrait bientôt atteindre 60 000$US (ou 60$US le kilogramme), rapporte le site Proactive Investors.

 

La pénétration des véhicules électriques atteindra 15 % en 2025, et elle atteindra environ 35 % d'ici 2030, sellon la firme d'analyse Fastmarkets. (Photo: 123RF)

Il faut dire que les ventes de voiture électriques ont aussi explosé un peu partout dans le monde.

En 2021, elles ont augmenté de 189 % en Chine, de 157 % en Europe (de janvier à septembre, toute proportion gardée) et de 94 % aux États-Unis, souligne Investing News Network (INN), citant des analystes.

Cette tendance devrait se maintenir dans un avenir prévisible, si l’on se fie aux prévisions des analystes de Fastmarkets, une firme spécialisée dans l’analyse des ressources naturelles et des denrées.

«La demande de véhicules électriques continuera de faire avancer le marché du lithium : la pénétration des véhicules électriques atteindra 15 % en 2025, et nous prévoyons qu'elle atteindra environ 35 % d'ici 2030», écrivaient ses analystes en juillet.

C’est sans parler de la demande croissante d'applications telles que le stockage d'énergie (ESS), les équipements pour la 5G et l'infrastructure de l'Internet des objets (IoT), dans lesquels on retrouve également du lithium.

 

Attention à l'inévitable retour du balancier

Actuellement, la demande est si forte que l’on observe des pénuries de sels de lithium dans le monde, souligne le Financial Times de Londres.

Ces prix élevés inciteront nécessairement de nouveaux joueurs à se lancer dans l’exploration et la production de lithium dans le monde, notamment au Québec. Et cette offre supplémentaire fera logiquement baisser les prix.

Ce n’est pas du reste la première fois qu’on assisterait à un déclin des prix après une envolée.

À partir décembre 2017, les prix du carbonate de lithium ont décliné. Ils ne sont repartis à la hausse qu’en décembre 2020, pour ensuite amorcer une hausse rapide à partir du mois d’août 2021.

Le prix des voitures électriques est aussi un facteur à considérer dans l’équation.

Si les prix du lithium demeurent trop élevés à long terme, le prix des voitures électriques augmentera également, de sorte de les rendent moins attrayantes pour de nombreux consommateurs qui voudraient se débarrasser de leurs véhicules à essence.

Une situation qui pourrait réduire la demande pour le lithium...

Enfin, on ne s’en sort pas, le prix des principaux métaux (cuivre, zinc, acier, etc.) est cyclique dans l’histoire, comme le démontrent les données du site Our World in data, de l’University Oxford.

Ainsi, à l’exception de l’aluminium entre 1850 et 2015, les principaux indices des métaux de base ont connu une évolution en dents de scie.

Comme quoi, tout cycle haussier est le prélude à un cycle baissier, et ainsi de suite.

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Il détient aussi un MBA de l'Université de Sherbrooke. Depuis 25 ans, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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