Le Canada a son premier MBA en entrepreneuriat social

Publié le 13/02/2018 à 10:58

Le Canada a son premier MBA en entrepreneuriat social

Publié le 13/02/2018 à 10:58

La Québécoise Isabelle Dostaler dirige la faculté de gestion de l'université Memorial, à Terre-Neuve, qui lance le premier MBA en entrepreneuriat social au Canada

L’université Memorial, à Saint-Jean, Terre-Neuve, est la première au Canada à offrir un MBA en entrepreneuriat social.

La première cohorte débutera en septembre 2018 pour une durée de 12 mois, soit 17 cours répartis sur deux trimestres (32 crédits) et un stage en entreprise de quatre mois (quatre crédits).

Qu'est-ce qu'une entreprise sociale?

La définition d’une entreprise sociale retenue par l’université Memorial ne tient pas au statut juridique de l’organisation. Elle tient à sa mission de triple rendement, soit le rendement social, environnemental et financier (People, Planet, Profit).

Je me suis entretenue avec la doyenne de la faculté d’administration de Memorial, la Québécoise Isabelle Dostaler. Avant de gérer l’école de gestion de Memorial, elle a fait carrière à la John Molson School of Business de l’université Concordia où elle a, entre autres, dirigé le groupe de recherche sur l’aviation et le programme de MBA pour cadres.

Le contenu du MBA en entrepreneuriat social

Le programme de MBA en entrepreneuriat social se distingue d’abord par son contenu. Il débute par un cours abordant la montée du capitalisme durable (Sustainable Capitalism) et un autre sur l’innovation sociale, l’entreprise sociale et l’entrepreneuriat social.

Puis, on y trouve les cours traditionnels du MBA (marketing, finance, gestion, stratégie, gouvernance, financement, etc.). Mais ils sont tous infusés des principes et de l’esprit du triple rendement. Parmi les enseignants, on remarque professeur John Schouten, spécialiste du marketing durable. Le tout se termine par un stage dans une entreprise sociale terre-neuvienne.

Le contenant innovant créé pour ce programme

Lorsque j’ai joint Isabelle Dostaler elle se trouvait à Las Vegas pour la conférence annuelle des doyens de l’Assocation of Adance Collegiate School of Business. «Les écoles de gestion traversent une crise, explique-t-elle. Quelle est notre valeur ajoutée? Pourquoi un étudiant viendrait-il en classe? Certainement pas pour apprendre des tas de notions qu’il aura oublié dès l’obtention de son diplôme. On devrait fréquenter le campus pour se développer comme futur gestionnaire. L’université devrait contextualiser le savoir, miser sur l’apprentissage par expérience.» Elee poursuit, «Prenons les fameux cas. Les étudiants travaillent sur des cas «morts». Lhistoire est déjà écrite et terminée. Notre cohorte en entrepreneuriat social travaillera sur des cas vivants. L’entreprise viendra en classe. Au fil des semaines, elle racontera ce qu’elle vit en direct. Les étudiants participeront à un laboratoire vivant.»

Memorial tire profit de son statut de pionnier canadien de ce diplôme. «Nous ne pouvons compter sur des manuels existants, nous partons presque de zéro, explique la doyenne. Nous avons le champ libre pour développer le contenu de nos cours et nos outils pédagogiques. Les universités sont des institutions lentes, il faut profiter de toutes les occasions d’innover.»

Les critères de choix

«Nous avons 20 places, dit Isabelle Dostaler. Nous nous attendons à des candidatures nord-américaines, mais aussi d’outre-mer.» Les candidats seront choisis selon leur performance académique, bien sûr, mais aussi selon leur expérience de travail. «L’implication sociale et communautaire sera considérée comme une expérience de travail», précise-t-elle.

Le coût de ce programme de MBA sera de 25 000$. De ce montant, Memorial compte soustraire 10 000$ sous forme de bourse accordée à chaque étudiant par une entreprise terre-neuvienne. «Ce sera la contribution des entreprises traditionnelles à notre diplôme.»

L’objectif de ce MBA

«Terre-Neuve a un long historique de solidarité. Les villages de pêcheurs ont appris depuis longtemps la force de la communauté. Notre MBA repose sur ces valeurs. Il vise à former des agents de changement social qui pourront influencer positivement les organisations auxquelles ils se joindront ou qu’ils créeront eux-mêmes», conclut Isabelle Dostaler.

Pour ceux et celles qui s’intéressent à l’innovation sociale et à l’entrepreneuriat social, l’École d’innovation sociale Élizabeth-Bruyère, de l’université Saint-Paul, à Ottawa, offre aussi divers diplômes spécialisés.

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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