Une révolution dans les services financiers (et ses victimes potentielles)

Publié le 12/07/2016 à 11:00

Une révolution dans les services financiers (et ses victimes potentielles)

Publié le 12/07/2016 à 11:00

Si je vous dis «MRCC2», vous me rétorquerez sans doute: « Heeeu, kessé?» À moins que vous travailliez dans l’industrie des services financiers, alors là vous me balancerez plutôt: «Fous-moi la paix, je suis en vacances!»

Le MRCC2 n’est pas un concept tiré d’une théorie d’Einstein. C’est plutôt le caillou qui prend de l’expansion depuis deux ans dans la chaussure de bien des conseillers en épargne collective, des gestionnaires de portefeuille et des courtiers en valeurs mobilières. Et les pauvres, ils ne pourront pas s’en débarrasser, à moins de changer de métier.

Je vous entends me supplier. «Mais qu’est-ce que le MRCC2, Germain?». Bah, c’est un ensemble de règles de transparence imposées par les ACVM, dont fait partie l’AMF. Il est mis en oeuvre par l’OCRCVM et ça embête l’ACFM. Mais ça permet à l’IFIC d’organiser des conférences et à FI de faire cahiers thématiques. Vous me suivez?

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Bon, je reprends plus lentement.

Le MRCC2, ça veut dire «Modèle de relation client-conseiller phase 2». Cela sous-entend qu’il y a déjà eu une phase 1, mais je vous épargne la genèse. La phase 2 est plus importante et est appliquée graduellement depuis 2014. En gros, elle oblige les courtiers et autres négociants en valeurs mobilières à standardiser l’information qu’elles transmettent à leurs clients. À la fin, le client saura combien il paye pour le service et qu’est-ce qu’il en retire. Avouez qu’il fallait y penser! Le plus drôle, dans l’industrie, c’est qu’on parle de «révolution»! C’est vous dire comment l’opacité faisait partie du modèle d’affaires.

Auparavant, quand vous receviez un état de compte de vos placements, vous deviez vous lever de bonne heure pour connaître le rendement réel de votre portefeuille, surtout si la composition en était régulièrement modifiée. Pour y parvenir, il fallait être fort en maths, aimer tripoter Excel et tenir un registre détaillé des transactions. Bref, ne pas avoir de vie. Avec le MRCC2, la firme avec laquelle vous faites affaire doit le calculer pour vous.

Les courtiers doivent aussi fournir à leurs clients, à même l’état de compte, une description des indices de référence (ce qui permet de comparer les performances du portefeuille avec celles du marché).

Et à compter de vendredi, les firmes doivent être prêtes pour l’étape ultime: la divulgation des frais qu’elles perçoivent pour les services rendus, et en dollars SVP.

Pour connaître combien la firme encaissait, il fallait jusque-là fouiller dans le prospectus des produits financiers du portefeuille, trouver les frais exprimés en pourcentage, et calculer soi-même combien le courtier se mettait dans les poches. Plus maintenant. Ce sera dans un rapport remis au client, à compter du début 2017. Il comprendra les commissions intégrées, les frais administratifs des REER, les frais de substitution, les commissions aux points de vente (ça ne comprend celles sur les CPG et les billets boursiers), et ce, pour une période de 12 mois.

Entendons-nous. La somme exprimée en dollars ne représentera pas tous les frais payés par le client. Il ne s’agit que de la part encaissée par le négociant (ce peut être un gestionnaire privé, un cabinet indépendant d’épargne collective ou l’institution financière où vous avez votre REER, etc.). Et quand je parle de «courtier» et de «négociant», j’entends par là la firme, et non l’individu qui donne des conseils.

Par exemple, si vous avez un portefeuille composé de fonds communs de placement, comme la majorité des épargnants, vous payez des frais de gestion basés sur un pourcentage de l’actif du portefeuille. Ces frais sont discrètement retirés de l’actif par la société qui gère les fonds communs. Ils sont soustraits des rendements ou ajoutés aux pertes. Une partie de ces frais est retournée sous forme de commission de suivi (ou intégrée) par la compagnie de fonds à la firme qui a vendu les parts au client. Eh bien cette portion sera comprise dans les frais indiqués au rapport. Mais pas celle que la société de fonds garde pour elle.

Enfin, le client verra combien il a fait d’argent et combien il en a versé pour les services. Il pourra aussi constater qu’il paie même lorsque son portefeuille a connu une mauvaise année. Ça risque de créer des remous.

Mais on ne peut pas en vouloir à un conseiller ni à sa firme pour les mauvaises performances des marchés boursiers. Après tout, on doit payer son avocat même dans une cause perdue. Par contre, si le conseiller se contente d’appeler une fois par année pour inciter son client à contribuer au REER, le frais de 2000 dollars qui apparaît au relevé peut passer de travers.

Comme me disait un proche de l’industrie, dans ce milieu, il est facile de faire de l’argent en étant moyen. Ce sera plus difficile à compter de 2017. Plusieurs s’attendent à ce que le MRCC2 écrème le marché en purgeant l’industrie des conseillers en épargnes collectives et des gestionnaires de portefeuilles les moins attentionnés et les moins performants.

C’est peut-être ce qu’on voulait dire par «révolution».

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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain