La révolution ne passera pas par la blockchain, mais par le courriel

Publié le 28/05/2018 à 13:51

La révolution ne passera pas par la blockchain, mais par le courriel

Publié le 28/05/2018 à 13:51

Amir Tajkarimi a étudié le droit pendant 7 ans avant de fonder Lexop, une jeune pousse montréalaise qui a fait beaucoup parler d’elle l’an dernier quand elle a été sélectionnée pour faire partie des 18 start-ups, tirées de plus de 3000 applications, composant la 23e cohorte de l’accélérateur californien 500 Startups, un des deux ou trois incontournables en son genre dans les technos sur la planète.


Le programme vient à terme à la fin juin. À ce moment, M. Tajkarimi et les 7 autres personnes qui composent son équipe (dont deux à temps partiel) espèrent profiter des journées de démonstration pour convaincre des investisseurs de mettre des sous dans son projet. L’objectif : nourrir une expansion aux États-Unis qui a déjà quand même le vent dans les voiles.


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L’entreprise se spécialise dans le suivi, la sécurisation et la certification de la transmission de documents par courriel. Elle compte déjà quelque 500 clients, dont 100 cabinets d’avocats et plusieurs agents immobiliers. «Pour être admissibles en cour, il est important que ce type d’échanges de documents soit certifié. C’est pour ça que le processus judiciaire repose encore beaucoup sur l’échange en mains propres de papiers transportés par des huissiers : c’est difficile de certifier qu’un courriel ou même un texto a bel et bien été reçu et consulté», explique M. Tajkarimi.


À partir d’une interface web somme toute classique, Lexop propose à n’importe quelle entreprise l’équivalent numérique (et par courriel) de ce huissier. Évidemment, le concept va au-delà de la simple notice légale. «La révision d’un bail de location, la gestion du paiement des factures mensuelles, des offres commerciales particulières, et plein d’autres transactions peuvent passer par notre technologie», ajoute-t-il.


Note à Hydro-Québec


Tout ce qui repose sur un envoi régulier de papier à des clients peut ainsi être numérisé simplement, d’une façon qui accélère aussi le paiement, dans le cas de factures, puisque Lexop intègre également la possibilité pour le destinataire du message de payer directement à partir du courriel, ce qui réduit les étapes et évite de perdre les clients dans le dédale de services en ligne parfois confus (comme les sites web des grandes banques, pas toujours très conviviaux).


«Les entreprises qui doivent gérer des clients difficiles font face à trois problèmes : les gens qui ont tendance à égarer leur courrier ne retrouvent peut-être pas leur facture. Les agences de recouvrement ne sont pas les meilleurs représentants auprès de la clientèle pour une grande compagnie, et de façon générale, ce qu’on a découvert, c’est qu’une bonne partie des factures impayées le seraient s’il existait un moyen simple et direct de les payer», dit le fondateur de Lexop.


En ce sens, il pense avoir des débouchés intéressants du côté des services publics comme Hydro-Québec, par exemple, qui doit s'assurer de collecter le paiement de clients malcommodes, mais qui ne doit pas pour autant perdre la face. «Le simple fait d'ajouter un bouton pour payer à même le courriel règle une partie du problème», assure le jeune entrepreneur montréalais.


La chaîne de blocs... éventuellement


Pour le prouver, la jeune entreprise va annoncer dans les prochains jours une entente avec un important détaillant québécois, ce qui lui permettra d’amasser un peu plus d’information sur l’efficacité de sa technologie. Contrairement à la chaîne de blocs, une technologie somme toute très pointue qui tarde à livrer les promesses faites ces dernières années relativement à sa capacité à transformer les industries de la finance, du droit et des transactions, le courriel existe depuis toujours (ou presque), et quoi qu’on en dise, demeure le moyen de communication de référence encore aujourd’hui.


Lexop a mandaté des développeurs de travailler sur la chaîne de blocs, afin de voir comment elle pourrait s’ajouter à sa plateforme actuelle.


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En ajoutant au courriel la preuve qu’il a été reçu, ouvert et lu par le destinataire, Lexop accomplit déjà la plus importante tâche qui manque à plusieurs industries pour effectuer un virage numérique qui les mènera peut-être, à terme, à la blockchain : elle permet de laisser tomber le papier.


C’est un effet transformateur majeur. Pas pour rien qu’elle ait séduit une organisation aussi réputée que 500 Startups.


Et pourtant, il n’est question que de courrier électronique…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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