Québec mise sur l'expertise à l'interne et la transparence pour ses projets de TI


Édition du 13 Août 2016

Québec mise sur l'expertise à l'interne et la transparence pour ses projets de TI


Édition du 13 Août 2016

Par Denis Lalonde

«Quand il est question de stratégie, le personnel externe ne devrait pas être impliqué. Il faut avoir les compétences nécessaires à l’interne », affirme Benoit Boivin, dirigeant principal de l’information au gouvernement du Québec. (Photo: Christian Blais

Les entreprises québécoises de l'industrie des technologies de l'information (TI) qui misent uniquement sur les services gouvernementaux feraient mieux de revoir leur plan d'affaires.

En ce moment, environ les deux tiers des quelque 8 900 personnes travaillant en TI au gouvernement sont des employés de l'État, alors qu'un tiers sont employés par des entreprises externes. Cet écart risque toutefois de croître au cours des prochaines années.

«Nous voulons embaucher dans des secteurs bien précis, notamment du côté de l'architecture d'entreprise, du conseil stratégique, de la sécurité de l'information et de la gestion de projet», précise Benoit Boivin, nommé dirigeant principal de l'information au gouvernement du Québec ainsi que secrétaire associé au Conseil du trésor en juin.

L'octroi de contrats en TI au gouvernement a fait l'objet de nombreuses critiques récemment. Dans un rapport publié en mai dernier, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a noté de nombreuses lacunes pour deux contrats d'achats regroupés de biens en TI. Cette dernière a décliné une demande d'entrevue, sa porte-parole indiquant que Mme Leclerc ne s'adressait aux médias que le jour et le lendemain de la publication de ses rapports.

En mars 2015, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a aussi effectué huit arrestations relativement à l'octroi d'un contrat en TI de 24 millions de dollars à Revenu Québec. L'UPAC précise que les individus, deux fonctionnaires et six employés des firmes Informatique EBR et IBM, subissent leur procès.

Cet événement a-t-il créé un bris de confiance de la population à l'égard des services TI du gouvernement ? «Oui, on ne peut pas le nier. L'UPAC et la vérificatrice générale ont publié des rapports là-dessus. Il y a eu une Commission de l'administration publique au mois de mars... Il s'agit d'un événement isolé, mais grave, qui a entaché le travail de plusieurs milliers de personnes», affirme M. Boivin.

Dans ce cas précis, le dirigeant principal de l'information explique que des correctifs ont été mis en place pour qu'il y ait plus d'étanchéité entre les donneurs d'ouvrage et ceux qui participent à la conception des appels d'offres. «Quand il est question d'orientation et de stratégie, le personnel externe ne devrait pas être impliqué. Il faut avoir les compétences nécessaires à l'interne», affirme-t-il.

Pour remédier à cette situation, le gouvernement a lancé un appel de candidatures l'automne dernier. Plus de 5 000 personnes ont soumis leur curriculum vitæ, 2 800 se sont présentées aux examens et 1 400 les ont réussis. «J'étais renversé. Moi qui pensais que les conditions de travail étaient moyennes au gouvernement !» souligne Benoit Boivin.

Résultat : de 200 à 250 employés ont été embauchés entre février et juin, précise-t-il.

Des PME préoccupées

Pour Alain Lavoie, président et chef de la direction de la firme-conseil Irosoft, de Montréal, l'embauche de personnel en TI au gouvernement n'est pas une surprise. «C'est la onzième mesure de la stratégie gouvernementale en TI, qui en compte 36», dit-il.

À son avis, l'objectif est d'aller chercher des gens pour mieux guider le gouvernement dans ses projets informatiques. «S'il y a plus d'employés permanents, le gouvernement va pouvoir garder une mémoire, une certaine traçabilité, des projets informatiques. On ne peut pas être contre ça. Par contre, le risque est que le gouvernement se mette à vouloir tout faire à l'interne. C'est utopique pour le moment, mais ça pourrait devenir préoccupant pour l'industrie», explique Alain Lavoie.

La pdg de l'Association québécoise des technologies (AQT), Nicole Martel, juge que Québec devrait considérer ses infrastructures TI comme s'il s'agissait de routes ou de ponts. «Si on néglige les TI trop longtemps, on se retrouvera tôt ou tard avec des infrastructures désuètes», souligne-t-elle. L'AQT, inscrite au registre des lobbyistes du gouvernement du Québec, compte 500 PME membres.

Dans le Plan québécois des infrastructures 2016-2026, le gouvernement prévoit des investissements de 88,7 milliards de dollars, dont 3,33 G$ doivent être alloués aux «ressources informationnelles».

Benoit Boivin estime les dépenses annuelles totales du gouvernement en TI à un peu plus de 3,3 G$ par année. «Ça peut paraître beaucoup, mais les dépenses étaient de 6 G$ il y a quelques années», précise Nicole Martel.

La pdg de l'AQT soutient que les dirigeants de plusieurs entreprises québécoises ont commencé à s'adapter à cette nouvelle réalité, en cherchant à diversifier davantage leur clientèle.

Plus de transparence

Afin de regagner la confiance du public, Québec a choisi de miser sur la transparence, indique Benoit Boivin. «Le tableau de bord de nos projets en TI est public, tout comme le portrait de la main-d'oeuvre en TI de la fonction publique au Québec. Il est par exemple possible de savoir, par ministère et organisme, combien de personnes travaillent en TI pour chaque type d'emploi», explique Benoit Boivin.

L'État a mis en place en juin 2012 un tableau de bord, sur Internet, des projets en «ressources informationnelles» terminés, suspendus et annulés. La dernière mise à jour du tableau a été effectuée le 4 août et couvre la période du 26 février au 27 mai. Elle montre que 147 projets se sont terminés depuis la dernière mise à jour, en octobre 2015. Ces projets avaient initialement été autorisés pour une somme totalisant 252,2 M$, alors que le coût réel de leur réalisation a été de 203,3 M$. De plus, sur 197 projets en cours de réalisation, 94,4 % d'entre eux respectent le budget qui leur a été alloué, alors que 74 % avancent selon l'échéancier prévu.

SAGIR, un exemple des erreurs à éviter

L'implantation des Solutions d'affaires en gestion intégrée des ressources (SAGIR) est un autre exemple des projets difficiles au gouvernement. Les deux premières phases ont donné lieu à des dépassements d'échéancier.

«J'aimerais vous dire que nous avons une note de 100 % pour le respect des échéanciers et des budgets de nos projets, mais ce n'est pas le cas. SAGIR est un exemple de livraison difficile. À l'avenir, nous serons très prudents avant de nous lancer dans d'aussi gros projets», dit M. Boivin.

Selon la dernière mise à jour, le déploiement de la phase 3 du projet SAGIR, qui «vise à pourvoir la communauté gouvernementale d'une solution de dotation en ligne en mode service», respectait les budgets (24 M$), mais sa mise en service a été reportée au 30 octobre, elle qui avait déjà été repoussée de cinq ans. Ce projet doit couvrir l'ensemble des activités de dotation du gouvernement, dont le recrutement, la promotion, l'affectation et la mutation du personnel. Quatre autres phases sont prévues au cours des prochaines années.

Cette phase du projet a été autorisée pour la première fois en 2007 avec un budget de 20,2 M$ et une livraison prévue en juin 2010. Toutefois, en 2010, l'intégration de la Sûreté du Québec au projet a porté le budget à 24 M$ et repoussé l'échéance au 30 juin 2015.

Portrait des projets en ressources informationnelles au gouvernement du Québec (à la fin mai 2016)

→ 385 projets déclarés

→ 743,76 M$ de budgets autorisés (470,5 M$ ont été dépensés jusqu'à maintenant)

→ 197 projets sont actifs (51,2 %) - Coût prévu : 428,49 M$ (240,94 M$ ont été dépensés jusqu'à maintenant)

→ 147 projets sont terminés (38,2 %) - Coût prévu : 252,24 M$ (le montant total réel dépensé est de 203,30 M$)

 

→ 15 projets sont annulés (3,9 %) - Coût prévu : 41,34 M$ (le montant total réel dépensé est de 17,59 M$)

 

→ 26 projets sont suspendus (6,8 %) - Coût prévu : 21,69 M$ (le montant total réel dépensé est de 8,65 M$)

Portrait des 147 projets terminés

→ 137 projets respectent les coûts 93,2 %

 

→ 119 projets respectent l'échéancier 81 %

 

118 projets respectent les coûts et l'échéancier 80,3 %

 

Source : Gouvernement du Québec

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