Montréal : une intelligence qui n'a rien d'artificiel


Édition du 08 Octobre 2016

Montréal : une intelligence qui n'a rien d'artificiel


Édition du 08 Octobre 2016

Par Alain McKenna

[Photo : 123RF/Johan Swanepoel]

Des sommités internationales accessibles, un centre de recherche à l'écoute et un nombre important d'entreprises locales et étrangères investissant dans la technologie. Les entreprises montréalaises désireuses de profiter des innovations issues de l'apprentissage profond et de l'intelligence artificielle (IA) sont choyées ! En voici trois exemples.

CAE : de meilleurs pilotes grâce à l'apprentissage machine

Même si l'IA pourrait remplacer les conducteurs de milliers de voitures d'ici 2021, il y aura toujours un pilote dans l'avion, assure Marc St-Hilaire, vice-président, innovation et technologie, de CAE. Mais il sera bien plus expérimenté.

«Nos programmes de formation destinés aux pilotes civils et militaires génèrent énormément de données. Grâce aux bons algorithmes et à l'apprentissage machine, on pourra mieux évaluer les réactions des pilotes. L'IA remplacera les évaluations subjectives et améliorera leur formation sur tous les plans.»

CAE n'est pas la seule entreprise à miser sur les nouvelles technologies afin d'améliorer la formation qu'elle dispense. C'est toutefois la seule au Canada à développer une expertise interne en IA. «C'est un atout énorme pour nous, ça nous maintient en tête du marché avec une formation sur mesure unique au monde», dit M. St-Hilaire.

Ainsi, une bonne IA pourrait aider un pilote à faire atterrir son avion face à un fort vent tranversal. «On pourrait aussi savoir si c'est un cas isolé ou si plusieurs pilotes éprouvent le même problème. On pourrait ajuster notre formation en conséquence.»

Depuis le début de l'été, une partie de cette technologie est employée par CAE dans un partenariat avec la société Air Asia, en Malaisie. Les algorithmes puisent dans les données générées par ses simulateurs afin de mieux former les pilotes de la compagnie aérienne asiatique.

CAE espère également élargir son offre d'outils de formation à d'autres secteurs que l'aviation. À la médecine, par exemple. «On sait que nos pilotes seront meilleurs grâce à ces technologies. On veut que ce soit la même chose chez les médecins», souligne Marc St-Hilaire.

nGuvu : l'IA au secours des centres d'appels

On compte 20 millions d'agents en centre d'appels dans le monde, mais le taux de roulement est effarant : jusqu'à 100 % par année ! Tout ce qui peut fidéliser les employés vaut donc de l'or. Pierre Donaldson a fondé nGuvu à Montréal en estimant qu'à la croisée de l'apprentissage profond et de la ludification du milieu de travail se trouvait la solution à ce problème.

«Des algorithmes prédisant le comportement des agents rendront leur travail plus agréable, surtout en ce qui concerne la génération Y. On n'a qu'à utiliser les quantités de données gigantesques produites par ces agences sur leurs agents pour anticiper leurs gestes et ajuster leur charge de travail en conséquence.»

En centre d'appels, tout est calculé par tranche de cinq minutes : l'heure d'arrivée, le nombre d'appels effectués, etc. On connaît l'âge, le sexe et l'ancienneté des agents. Bref, tous les ingrédients sont en place pour élaborer des algorithmes améliorant la productivité et la motivation des employés.

«Si on parvient à retenir ne serait-ce qu'un employé sur 100, on aura réduit de beaucoup les coûts de gestion de ces centres», explique Pierre Donaldson.

nGuvu compte parmi ses clients la Banque Nationale, Desjardins, Lasik MD et Vidéotron.

Cela dit, il reste encore beaucoup de chemin à faire. L'aspect ludique, où l'agent gagne des points en accomplissant une variété de tâches de façon satisfaisante, est facile à implanter. L'intelligence machine, elle, n'est pas encore tout à fait au point. «On n'a pas encore gagné la guerre, mais je m'attends à ce qu'on puisse implanter un système où une IA créera automatiquement des incitatifs amusants pour motiver les agents, et qu'on pourra mesurer leur impact positif au plus tard dans six mois», assure M. Donaldson. Et les agents conversationnels (chatbots) ? «Au téléphone, ce n'est pas pour demain. Les robots automatiseront de nombreuses tâches répétitives, mais ne remplaceront pas les humains de sitôt.»

Si au moins ils réussissent à motiver un peu le personnel, nGuvu aura remporté son pari...

Imagia : des algorithmes pour venir à bout du cancer

On estime qu'un humain sur deux développera une forme ou une autre de cancer dans sa vie. Les traitements, eux, sont imprécis, coûteux et éprouvants. L'IA pourrait changer tout ça en diagnostiquant plus rapidement la nature du cancer, puis en personnalisant les soins destinés à chaque patient.

«L'oncologie est un domaine médical où il y a énormément de données. Le médecin doit les filtrer dans le but de cibler l'information clé. Une intelligence artificielle pourrait l'aider dans cette tâche, et accélérer le processus afin de traiter la maladie plus tôt et plus efficacement», explique Alexandre Le Bouthillier, pdg d'Imagia, de Montréal, qui se spécialise dans l'analyse automatisée d'imagerie médicale.

Dans 70 % des cas, un cancer qui n'a pas été détecté à temps par un radiologue a pu être repéré rétrospectivement sur la radiographie. Il y a donc place à l'amélioration et une intelligence machine peut y contribuer. «Une bonne intelligence artificielle pourrait visionner l'image et aider le médecin à déterminer, en direct, s'il faut opérer ou non», dit Alexandre Le Bouthillier. Ce dernier propose, en somme, de traiter «des données massives à très petite échelle». Il n'est pas le seul : des chercheurs de partout dans le monde pensent que de bons algorithmes contribueront à venir à bout de maladies graves comme le cancer, le diabète et l'épilepsie.

Imagia est sur la bonne voie : les gastroentérologues effectuant une coloscopie optique ont un taux de détection moyen de 80 %. Cette précision grimpe à 90 % avec l'intelligence artificielle. Et en combinant les deux, les résultats seront encore meilleurs. «Les lacunes de l'humain et de la machine ne sont pas les mêmes, ils s'aident l'un l'autre à être plus efficaces», dit M. Le Bouthillier.

Voilà qui résume précisément tous les espoirs qui se fondent actuellement sur l'émergence de l'IA, en fait : une assistance cognitive décuplant le traitement de l'information des humains.

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