Manufacturier 4.0: le retard du Québec menace les exportations

Publié le 26/03/2019 à 07:00

Manufacturier 4.0: le retard du Québec menace les exportations

Publié le 26/03/2019 à 07:00

Par François Normand

Une employée travaillant dans une usine 4.0 (source image: Getty)

Les entreprises québécoises ne se convertissent pas assez rapidement au manufacturier 4.0 (ou intelligent), une situation qui mine leur compétitivité et réduit potentiellement la capacité du Québec à continuer d’accroître ses exportations.


«Les exportations sont à risque», affirme à Les Affaires Louis J. Duhamel, président de LJD Conseils, une firme spécialisée dans la stratégie des organisations, en marge de la publication d’une récente étude de Deloitte (L’humain au cœur de la 4e révolution industrielle).


Pour être entièrement 4.0, une usine doit être avant tout interconnectée : les machines doivent se parler entre elles et s'ajuster en temps réel à l'offre et à la demande. Une telle transformation implique des investissements importants pour acquérir de nouvelles technologies.


Or, les entreprises d’ici n’en font pas, selon Louis Duhamel. «Les investissements privés sont au beau fixe; ça ne bouge pas», déplore le consultant qui a réalisé l’étude de Deloitte de concert avec Antoine Audy-Julien, de LJD Conseils, et Mathieu Antoine, de Deloitte.


Plusieurs organismes comme Investissement Québec ou le Centre de recherche industriel du Québec (CRIQ) font la promotion du manufacturier 4.0 auprès des entreprises, mais les progrès sont lents comparativement à des pays comme l’Allemagne.


L’enjeu est de taille, car un manufacturier intelligent est plus efficace dans sa gestion des opérations, ce qui lui permet de faire des gains de productivité, de réduire ses coûts et de mieux se coller à la demande du marché en raison des mégadonnées (Big Data).


Autant de facteurs qui renforcent la compétitivité des entreprises sur leur marché local (contre les produits de pays à faibles coûts de production) et sur les marchés étrangers (contre les produits des autres exportateurs).


Depuis 10 ans, les exportations de marchandises du Québec ont pratiquement progressé tous les ans pour atteindre 92,3 milliards de dollars canadiens en 2018, soit une hausse de 31% par rapport à 2008, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).


Malgré tout, cet élan est à risque si les entreprises manufacturières du Québec ne se convertissent pas davantage au 4.0, car les industriels de par le monde deviennent de plus en plus intelligents.


Les statistiques comparatives à l’échelle internationale sont plutôt rares.


Il existe toutefois certaines études qui permettent de mesurer la modernisation des entreprises québécoises par rapport à celles des principaux pays industrialisés, comme Le manufacturier avancé : enquête sur l'automatisation du secteur manufacturier au Québec, publiée en 2017 par l'Alliance canadienne pour les technologies avancées.


Seulement le quart des entreprises québécoises ont automatisé leur processus


Ainsi, selon cette étude, 75% des entreprises allemandes ont automatisé leurs processus, comparativement à 55% des entreprises américaines et à seulement 25% des entreprises québécoises.


L’automatisation des procédés est une étape importante pour devenir 4.0, mais ce n’est pas suffisant, disent les spécialistes. Par contre, le niveau d’automatisation indique la prédisposition d'une usine à devenir intelligente.


Le secteur manufacturier occupe une place importante dans les exportations du Québec, souligne l’étude de Deloitte. À lui seul, il représente 81% du total des exportations québécoises à l’étranger (incluant les services).


Les emplois dans ce secteur sont aussi stratégiques pour l’économie québécoise et les travailleurs de la classe moyenne, car le salaire moyen y est 23% supérieur à celui des services, et ce, en hausse constante depuis 2014.


La fabrication est aussi un secteur qui innove beaucoup puisque plus de 1 dollar sur 2 investi en R-D au Québec provient du secteur manufacturier.


Enfin, l’industrie est une vache à lait pour les gouvernements, car elle génère à elle seule des revenus fiscaux directs et indirects de 13 milliards de dollars canadiens par année.


Dans ce contexte, comment stimuler davantage le virage vers le manufacturier 4.0 au Québec?


L’étude de Deloitte propose quatre avenues, explique Louis Duhamel:



  • Le système d’éducation doit s’adapter : comme il l’a fait pour la deuxième révolution industrielle (chaînes de montage) et la troisième révolution industrielle (l’automatisation des procédés), les écoles (cégeps, universités, écoles techniques) doivent mieux former les étudiants aux emplois de la quatrième révolution industrielle (numérisation).

  • Les gouvernements doivent soutenir les entreprises au niveau technique et financier, sans parler de légiférer pour protéger les données des entreprises, car l’incertitude limite leur volonté d’investir de crainte de se faire voler des informations stratégiques.

  • Les partenaires financiers (banques, capital-risqueurs, etc.) doivent être plus patients et partager le risque, car transformer une entreprise en manufacturier intelligent peut nécessiter plusieurs années et comprendre une bonne dose d’inconnu.

  • Les entreprises doivent s’assurer qu’elles disposent des bonnes compétences à l’interne pour se transformer et, si ce n’est pas le cas, requalifier certains travailleurs, car la pénurie de main-d’œuvre fait en sorte que les spécialistes sont rares sur le marché.


 


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