Entrevue n°311 : Nicholas Oliver, fondateur, people.io


Édition du 26 Novembre 2016

Entrevue n°311 : Nicholas Oliver, fondateur, people.io


Édition du 26 Novembre 2016

Par Diane Bérard

«Les entreprises devraient nous payer pour accéder à nos données personnelles»- Nicholas Oliver, fondateur, people.io

Le trentenaire britannique Nicholas Oliver est en croisade. Cet entrepreneur lutte contre l'appropriation de l'information par le nouveau 1 % de la population. Il parle des Google, Amazon et IBM de ce monde qui détiendront 99 % des données dans le monde sans avoir payé pour les obtenir. La start-up de Nicholas Oliver, people.io, permet aux citoyens de se réapproprier leurs données personnelles et d'en tirer un revenu.

 

Diane Bérard - Quelle est la mission de people.io ?

Nicholas Oliver - Notre application récompense les consommateurs chaque fois qu'ils regardent le matériel promotionnel d'une entreprise ou qu'ils fournissent des renseignements sur leurs habitudes de consommation.

D.B. - Nous vivons à l'ère post-Snowden. On dénonce l'intrusion dans la vie privée des citoyens et des consommateurs. Votre entreprise propose qu'ils se livrent encore plus...

N.O. - Il existe en effet un mouvement pour resserrer la réglementation autour de la sollicitation de renseignements personnels. Cela m'inquiète. On est en train de tuer dans l'oeuf les possibilités infinies de créativité qu'offre l'univers numérique. Les entreprises ont besoin d'information pour se développer. Elles pourraient offrir des produits et des services encore plus pertinents si elles avaient accès à davantage de données. Mais au lieu de permettre cette circulation d'information, on la restreint. Ce n'est pas aux autorités de réglementation de décider des informations que nous pouvons ou ne pouvons pas divulguer.

D.B. - Vous croyez que les entreprises devraient avoir accès à toutes les données personnelles de leurs clients ?

N.O. - Les entreprises détiennent déjà une foule de données personnelles sur nous. Mon entreprise propose de renverser le rapport de force. Pour l'instant, ces données appartiennent aux entreprises qui les ont collectées. Elles les emmagasinent chez elles. Cela n'a aucun sens. Il s'agit de nos données personnelles. people.io croit que nous devons tous demeurer propriétaires de nos informations personnelles. Celles-ci ont une très grande valeur. Il nous appartient de décider à qui nous les communiquons. Et lorsque les organisations à qui nous les transmettons en tirent un revenu, nous devrions être payés pour notre collaboration.

D.B. - Quel rôle people.io joue-t-elle dans la divulgation de données personnelles ?

N.O. - Notre application agit comme un intermédiaire entre les marques et les consommateurs. Nous bâtissons un mur entre vos données et les entreprises. Lorsque vous téléchargez notre application, on vous demande de remplir un questionnaire général. Il servira à établir votre profil. Puis, tous les jours, vous recevrez quelques questions sur divers sujets. Elles sont issues de différentes organisations. Vous avez le choix d'y répondre ou pas. Vous êtes rémunéré pour chaque réponse. On peut vous demander, par exemple, à quel moment vous buvez votre premier café matinal. Puis, au sortir du métro, une chaîne de cafés peut vous envoyer un coupon rabais ou un rappel qu'il y a une succursale pas très loin de vous. Un fleuriste de votre quartier pourrait aussi vous proposer un bouquet de fleurs pour votre copine ou votre mère le jour de son anniversaire.

D.B. - Une entreprise comme la vôtre a besoin d'une bonne politique de sécurité...

N.O. - Toutes les données vous appartiennent. Nous ne vendons rien aux entreprises. Les entreprises ne voient jamais vos données personnelles. Elles voient des informations agrégées. Toutes les demandes d'information des entreprises transitent par people.io.

D.B. - Votre modèle d'entreprise comporte ses défis. Expliquez-nous.

N.O. - D'abord, nous devons éviter le piège des adopteurs précoces (early adopters). Si notre plateforme n'attire que les consommateurs avant-gardistes, nous passerons à côté de l'objectif. Nous visons le marché de masse. C'est un changement de mentalité auquel nous aspirons, pas un changement à la marge. Tout le monde doit se réapproprier ses données personnelles. Pour atteindre notre but, nous devons simplifier notre application au maximum. Et, pour susciter et soutenir l'intérêt, il faut que les récompenses soient instantanées. Je sais très bien que la plupart des gens téléchargeront mon application à cause des récompenses. Très peu le feront parce qu'ils adhèrent à la mission philosophique de réappropriation des données privées. Qu'importe, ils auront tout de même franchi une première étape.

D.B. - Les entreprises ne lâcheront pas le morceau facilement. Elles veulent être propriétaires des données concernant leurs clients.

N.O. - Je sais. Ma stratégie consiste à leur poser la question suivante : «Pourquoi avez-vous besoin de posséder ces informations ?» Ils répondent invariablement : «Pour pouvoir améliorer l'expérience client». Je leur réponds : «Je ne crois pas que votre méthode soit optimale». Les entreprises achètent souvent des données sur leur clientèle à un tiers qui a élaboré un modèle à partir de sondages. Cette information est incomplète. Imaginez que j'ai 50 amis et que je me fais couper les cheveux. Disons que seulement 5 sur 50 (10 %) me voient tout de suite après cette coupe de cheveux. Il faut un mois avant que je voie mes 50 amis et qu'ils sachent tous que j'ai une coupe de cheveux. Si un fabricant de produits capillaires avait sondé mes amis pendant ce mois, la plupart n'auraient pas pu lui dire que j'avais les cheveux courts. Il en va de même des données de consommation que les entreprises achètent d'un tiers. Elles sont incomplètes, parce qu'élaborées à partir d'un échantillon à partir duquel ce tiers extrapole. Ça donne quoi aux grandes marques d'être propriétaires de données partielles ? Les données auxquelles people.io donne accès sont complètes parce qu'elles viennent directement de chaque consommateur.

D.B. - D'où tirez-vous vos revenus ?

N.O. - Les marques paient pour avoir accès aux membres de l'application people.io. Pour chaque dollar qu'elles nous donnent, nous en remettons de 70 % à 80 % à nos membres.

D.B. - Votre application est en phase de test. Parlez-nous des derniers mois.

N.O. - En 2015, nous avons participé au programme de préaccélération de Techstars, Startup Next, et nous avons réalisé deux rondes de financement. En mai 2016, nous avons reçu un financement du fonds londonien Founders Factory. Ce fonds vise le passage à l'échelle de 200 start-up dans le monde, dans tous les secteurs d'activité. Nous sommes aussi membres de l'accélérateur Wayra Deutschland, fondé par Telefónica, la multinationale espagnole des télécommunications.

D.B. - Quelles sont les prochaines étapes ?

N.O. - Jusqu'à Noël, people.io sera offerte en Grande-Bretagne et en Allemagne. En 2017, nous visons l'Asie, l'Amérique du Sud et l'Amérique du Nord.

D.B. - Vous dites que votre entreprise lutte contre l'émergence du prochain 1 %. De quoi s'agit-il ?

N.O. - D'ici cinq ans, l'intelligence mondiale sera détenue par 1 % de la population. Le mouvement est très avancé. Les grandes sociétés technologiques comme Google, IBM et Amazon s'approprient de plus en plus de données. Ces données valent une fortune. Elles accroissent les revenus et la valeur de ces entreprises. Prenez le cas de Google DeepMind, la société de recherche en intelligence artificielle de Google. Elle s'est associée, entre autres, au National Health Service, le système de santé public du Royaume-Uni, pour avoir accès à des infos de santé sur les patients. Combien d'argent Google a-t-elle versé à ces patients ?

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