L'intelligence artificielle de Meta capable de traduire 200 langues entre elles

Publié le 06/07/2022 à 13:28

L'intelligence artificielle de Meta capable de traduire 200 langues entre elles

Publié le 06/07/2022 à 13:28

Par AFP

Meta indique que son nouveau système est capable de performances «44% supérieures» à celles de son précédent modèle à 100 langues. (Photo: 123RF)

Paris —Les intelligences artificielles sont désormais capables de traduire une très grande quantité de langues différentes, rendant presque accessible le vieux rêve d’un monde où la barrière linguistique serait abolie.

Meta, la maison mère de Facebook, a annoncé mercredi que son intelligence artificielle dans ce domaine était désormais capable de traduire 200 langues entre elles, quelle que soit la combinaison, contre 100 jusqu’à maintenant.

«Beaucoup» des langues concernées par cette extension «n’étaient pas accessibles pour l’instant à la traduction automatique», s’est félicité Mark Zuckerberg, le fondateur de Meta dans un post de blogue.

Cette annonce est un exemple de la course à la traduction automatique chez les grands groupes d’internet, soucieux de rendre leurs services et produits disponibles pour n’importe quel habitant de la planète.

Des chercheurs de Google avaient ainsi publié en mai un article scientifique intitulé Construire des systèmes de traduction automatique pour les 1 000 prochaines langues, dont le titre résume bien l’ambition des spécialistes.

Les intelligences artificielles mises au point par Google, Microsoft ou Meta sont désormais capables de traduire des langues pour lesquelles il existe très peu de données parallèles, c’est-à-dire des langues qui ont été très peu traduites dans un quelconque langage.

Elles permettent une traduction entre deux langues très localisées sur la planète, comme le quechua (parlé notamment au Pérou) et le peul (langue d’Afrique de l’Ouest), même si aucun humain ne s’est jamais attelé à cette tâche.

L’enjeu de la traduction automatique «est particulièrement important pour Facebook, qui doit parvenir à filtrer les messages de haine» qui apparaissent dans le monde entier, dans toutes les langues, souligne notamment François Yvon, chercheur au CNRS et spécialiste du traitement du langage.

La traduction automatique peut permettre notamment aux modérateurs en langue anglaise d’intervenir sur des contenus publiés dans d’autres langues, explique-t-il.

Reste à évaluer la fiabilité de ces outils. Meta indique que son nouveau système est capable de performances «44% supérieures» à celles de son précédent modèle à 100 langues.

«Pour certaines langues africaines et autochtones, cette différence dépasse 70% par rapport aux systèmes de traduction récents», fait également valoir l’entreprise.

Mais pour François Yvon, les traductions automatiques fournies par les moteurs de Google ou de Facebook resteront forcément inégales en qualité en fonction des langues.

Un jour, parler en 200 langues

«Les langues très traduites, comme les langues européennes, conserveront probablement toujours un avantage», estime-t-il.

Diagnostic voisin pour Vincent Godard, le PDG de Systran, entreprise française pionnière dans la traduction automatique qui travaille de son côté sur 56 langues.

La technologie que ce groupe utilise est au départ la même que celle de Meta et Google, mais elle a été enrichie par le travail de vrais linguistes pour éviter les erreurs, raconte-t-il.

«Quand on travaille sur la traduction d’un manuel de montage d’un avion de chasse, on ne peut pas se permettre une seule erreur», alors que celles-ci peuvent être admissibles quand il s’agit de traduire un avis sur un restaurant, détaille-t-il.

Alors, est-on proche de disposer de traduction automatique de la parole, pour pouvoir parler en direct avec n’importe qui sur la planète, par exemple dans le futur metavers?

«On n’y est pas encore, mais on y travaille», répond Antoine Bordes, le directeur général de Fair, laboratoire de recherche en intelligence artificielle de Meta.

«Nous avons un autre projet sur la traduction automatique de la parole, qui pour l’instant fonctionne avec beaucoup moins de langages», indique-t-il.

«Mais l’intérêt sera de connecter les deux projets, pour qu’un jour on puisse être capable de parler dans 200 langues en gardant les intonations, l’émotion, les accents…», anticipe-t-il.

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