Le pari du transport électrique de la Norvège


Édition du 16 Juin 2018

Le pari du transport électrique de la Norvège


Édition du 16 Juin 2018

À ­Oslo, les véhicules électriques sont exemptés de péages, de frais de traversiers, de stationnement, et les bornes de recharge sont gratuites. Il leur est aussi permis d’emprunter les voies de bus.

Les belles demeures en bois du quartier de Kampen, dans la capitale norvégienne, défilent, tandis que la voiture se dirige vers la banlieue en quête de ronds-points. « J'ai besoin de m'entraîner », indique Inge, au volant d'une Nissan Leaf électrique auto-école. ABC Trafikkskole, créée en 2012 par Lise Skauge, est la première auto-école électrique du pays. « Je voulais faire partie d'un projet pionnier. L'électrique, c'est le futur ! », raconte la fondatrice. Son entreprise est emblématique d'un engouement pour les véhicules zéro émission, à tel point que la Norvège cessera la vente de véhicules à moteur à explosion dès 2025. Le pays scandinave, premier exportateur de pétrole en Europe, possède le plus important parc automobile électrique de la planète : 100 000 véhicules hybrides et 180 000 véhicules électriques, soit 52 % de part de marché pour les nouveaux véhicules. Et le marché a progressé de 12 % en un an.

Des raisons écologiques, mais pas seulement

Inge appartient à une nouvelle génération de conducteurs qui ne conduiront jamais de voiture conventionnelle. Ses motivations ? « Le respect de l'environnement. En fait, je n'envisageais pas d'acheter une voiture, j'utilisais les transports en commun. Mais nous venons d'avoir un enfant et nous voulons voyager. » L'écologiste Inge n'est pas représentative des adeptes de l'électrique. Seuls 25 % d'entre eux mettent en avant l'environnement, contre 75 % qui pointent des raisons financières. C'est justement sur ce terrain, pragmatique et politique, que se joue la transition qui place la Norvège avec seulement 5,3 millions d'habitants et au 42e rang du marché automobile, juste derrière les États-Unis et au même rang que la Chine quant au nombre de véhicules électriques achetés.

Une politique d'aide ambitieuse

À Oslo, 61 % de la pollution au CO2 est attribuée au trafic routier. Ainsi, pour tenir les engagements de l'Accord de Paris sur le climat, le gouvernement a conçu, en 2008, un programme double : favoriser l'achat et l'usage de véhicules électriques, d'une part, et, d'autre part, taxer les pollueurs. L'enveloppe annuelle d'aide du gouvernement, s'élevant à 161 millions de dollars, est impressionnante. Le gouvernement de coalition de centre droit a engagé une politique ancrée sur la défiscalisation et l'aide. Cette politique s'appuie sur un consensus qui recoupe tous les partis politiques et sur un choix politique envisagé à long terme. À l'achat, un véhicule électrique est exempté de taxe d'importation, de TVA, de frais d'enregistrement, ce qui équivaut à 15 600 $. Une Tesla S coûtera ainsi à son nouvel acquéreur 98 000 $, soit 26 500 $ de moins que dans la Suède voisine. Le second éventail d'avantages s'apprécie au quotidien. À Oslo, les véhicules électriques sont exemptés de péages, de frais de traversiers, de stationnement, les bornes de recharge sont gratuites et il leur est permis d'emprunter les voies de bus... Pour équilibrer ces aides conséquentes, les véhicules traditionnels sont pénalisés à hauteur de leurs émissions de carbone. Oslo et sa banlieue n'ont pas l'apanage de la première place quant au nombre de véhicules électriques ; celle-ci revient à l'archipel des îles Finnøy, près de Stavanger, la riche cité pétrolière dans la mer du Nord. Depuis la construction, en 2009, du tunnel qui relie l'île, de nombreux conducteurs ont opté pour l'électrique. Une manière d'économiser 25 $ à chaque passage du péage. « Le tout électrique est une décision politique, explique Petter Haugneland, du Norwegian EV Association. L'aspect financier est une motivation dans un pays où les distances sont énormes et où l'on dépend de la voiture. »

Multiplier les bornes

Pour Sture Portvik, d'Electro Mobility, une agence gouvernementale qui travaille à la transition électrique d'Oslo, « même les plus optimistes n'avaient pas anticipé ce scénario. C'est pourquoi nous avons pris du retard dans l'installation de bornes de recharge ». Oslo possède toutefois l'infrastructure de recharge la plus développée du monde, où 2 000 bornes jalonnent la ville. Parmi celles-ci, 700 sont des super chargers pour lesquels 20 minutes suffisent au lieu des 7 heures habituelles. D'ici 2020, 18 000 nouvelles bornes seront installées. Quand on déambule en ville, elles sont omniprésentes, comme les véhicules électriques, d'ailleurs, qui filent silencieusement dans les rues. Du stationnement du musée Munch à l'ancien abri sous la citadelle du 12e siècle sur le port, les bornes de recharge se multiplient pour faire face à la demande croissante.

Le tout électrique dès 2025 ? Bård Nielsen reste dubitatif. Cet ancien ingénieur appartient au plus vieux club automobile d'Oslo, créé en 1952. Pour l'amateur de vieux moteurs, « les deux types de véhicules cohabiteront longtemps. Vous imaginez rester coincé dans une voiture électrique en pleine montagne l'hiver ? » s'exclame-t-il. « L'électrique en ville, je comprends, mais à la campagne, c'est une autre histoire ! »

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