«La rigidité dans la gouvernance et le manque de transparence sont au coeur des difficultés de Samsung» - Kim Sang-Jo, professeur d'économie et directeur de l'ONG sud-coréenne Solidarity for Economic Reform


Édition du 22 Octobre 2016

«La rigidité dans la gouvernance et le manque de transparence sont au coeur des difficultés de Samsung» - Kim Sang-Jo, professeur d'économie et directeur de l'ONG sud-coréenne Solidarity for Economic Reform


Édition du 22 Octobre 2016

[Photo : Bloomberg]

Les récents déboires de Samsung s'expliquent par la rigidité excessive de sa gestion, selon Kim Sang-Jo, professeur d'économie et directeur de l'ONG sud-coréenne Solidarity for Economic Reform. Les Affaires a rencontré ce spécialiste des conglomérats coréens - les chaebols - à son bureau de l'Université de Hansung, à Séoul.

Les Affaires - Comment expliquez-vous le fiasco des piles du téléphone Galaxy Note 7 ?

Kim Sang-Jo - La structure de gouvernance du Groupe Samsung - composé de 63 entreprises affiliées - est aussi complexe que les semi-conducteurs qu'il produit ! La véritable tour de contrôle est formée d'une équipe dirigée par quatre personnes : c'est le bureau de marketing stratégique (ou FSO, pour Future Strategy Office). Ses décisions sont prises derrière des portes closes. Il y a quelques mois, cette équipe a voulu devancer Apple, qui s'apprêtait à commercialiser l'iPhone 7, en lançant la «phablette» Galaxy Note 7 avant la date prévue. Dans un premier temps, c'était une décision brillante, car ce produit est supérieur à celui d'Apple, tel que le présumait le FSO. Mais Samsung SDI, la filiale qui conçoit les piles, n'a pas eu le temps de tester les piles comme il se devait. Et ses dirigeants ne pouvaient pas sonner l'alarme : en raison de la structure décisionnelle du Groupe Samsung, seules des communications du sommet à la base (top-down) ont cours. Cette rigidité dans la gouvernance ainsi que le manque de transparence sont au coeur des difficultés de l'entreprise.

L.A. - Samsung n'est pas réputée tendre à l'égard de ses employés. A-t-elle fait pression sur eux afin de doubler Apple ?

K.S.-J. - De tous les chaebols coréens, le Groupe Samsung est celui qui exerce le contrôle le plus sévère sur ses employés. Il s'agit là aussi d'une orientation téléguidée par le bureau du marketing stratégique. En devançant le lancement du Galaxy Note 7, il a imposé un calendrier très serré qui a mis beaucoup de pression sur les employés ainsi que sur les sous-traitants de Samsung Electronics et de Samsung SDI. On ignore si le FSO a officiellement exigé des heures supplémentaires de leur part. Mais le résultat est le même : les conditions de travail se sont détériorées.

L.A. - Les déboires de Samsung peuvent-ils nuire à l'économie sud-coréenne ?

K.S.-J. - Ils risquent de plonger le pays dans une crise économique. Car si on tient compte du volume d'affaires des sous-traitants manufacturiers, la valeur des activités du Groupe Samsung représente 8 % du PIB de la Corée du Sud. C'est énorme. L'économie repose essentiellement sur deux géants : le Groupe Samsung et Hyundai Motor, qui connaissent tous deux des difficultés. Elle est aussi touchée par plusieurs autres facteurs comme la dette élevée des ménages et la hausse possible des taux d'intérêt par la banque centrale américaine. La situation est très sérieuse. À moyen terme, le pays doit absolument diversifier son économie.

L.A. - Outre Apple, les concurrents de Samsung Electronics pourraient-ils profiter de la situation pour s'imposer dans le marché des téléphones intelligents haut de gamme ?

K.S.-J. - Oui. De nos jours, le téléphone intelligent est un produit standardisé : en ce qui a trait à la qualité, les appareils sont relativement semblables. C'est la mise en marché qui change la donne, la marque étant un facteur déterminant dans la décision d'achat. À cet égard, Apple occupe le haut du pavé, suivie de Samsung Electronics. Mais comme son image s'est beaucoup ternie en raison des problèmes du Galaxy Note 7, ses concurrents chinois [comme Huawei, Lenovo, Xiaomi, voire la taïwanaise HTC] ont une occasion en or d'accaparer des parts des marchés. Pour conserver son statut, Samsung Electronics doit surmonter rapidement ses difficultés. Et une seule personne peut pour l'instant décider de son sort : Lee Jae-yong [ou «Jay Y.»], le fils de Lee Kun-Hee [l'actuel président dont l'état de santé est chancelant].

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