Amazon: contrat de stockage de données avec les services secrets britanniques

Publié le 26/10/2021 à 08:51

Amazon: contrat de stockage de données avec les services secrets britanniques

Publié le 26/10/2021 à 08:51

Par AFP

Le contrat est estimé entre 500 millions de livres et un milliard de livres sur la prochaine décennie d'après des sources du Financial Times. (Photo: 123RF)

Londres — Le géant internet Amazon, par l'intermédiaire de sa filiale d'informatique dématérialisée («cloud») AWS, a passé un contrat de stockage de données confidentielles avec les services secrets britanniques, écrit mardi le Financial Times, citant des sources proches du dossier.

Le contrat est destiné notamment à doper l'analyse de données et l'intelligence artificielle pour l'espionnage par le service britannique de renseignements électroniques GCHQ et les agences de services secrets MI5 et MI6 ou d'autres services du ministère de la Défense lors d'opérations conjointes, ajoute le quotidien financier.

Le contrat est estimé entre 500 millions de livres et un milliard de livres sur la prochaine décennie, d'après des sources du FT, qui précise que les données sont censées être détenues au Royaume-Uni, et qu'Amazon n'y aura pas accès.

Ces informations pourraient toutefois relancer le débat sur la souveraineté du Royaume-Uni sur ses industries stratégiques, alors que le gouvernement serait notamment en train d'envisager d'exclure le chinois CGN du projet de centrale nucléaire Sizewell C, après avoir exclu l'équipementier télécoms Huawei du réseau 5G du pays.

Sollicités par l'AFP, Amazon, le ministère de la Défense et le GCHQ n'ont pas souhaité commenter.

Un porte-parole du gouvernement a toutefois fait valoir lors d'un breffage avec des journalistes que «nous avons utilisé des technologies du secteur privé pour des applications à la sécurité nationale depuis des décennies». 

«Et de toute évidence assurer la sécurité de cette technologie est une priorité absolue, les mêmes protections sont appliquées aux informations confidentielles, quel que soit le fournisseur de la technologie utilisée», a-t-il ajouté.

Alan Woodward, professeur de sécurité informatique à l'université du Surrey, explique à l'AFP qu'il ne s'agit pas «d'avoir des données sur internet».

«J'imagine qu'il s'agirait d'un site bâti par Amazon en utilisant leur technologie, mais géré par les services de renseignement» britannique, ajoute-t-il.

C'est pour lui un choix pratique pour le Royaume-Uni qui ne dispose pas d'un fournisseur d'informatique dématérialisée de l'ampleur d'Amazon, Microsoft ou Google.

«Le GCHQ dispose de beaucoup de données» et avec les technologies de groupes comme Amazon ou Microsoft il est possible d'y faire des recherches «en quelques minutes plutôt qu'en plusieurs jours», poursuit l'expert.

Le choix d'une entreprise américaine s'explique notamment par le fait que «nous sommes les alliés les plus proches» des États-Unis et Amazon «est cotée en Bourse» donc tenue à une certaine transparence alors que les entreprises chinoises que Londres tente de plus en plus de tenir à distance des contrats sur des actifs stratégiques sont soupçonnées d'être sous la coupe de Pékin.

Aux États-Unis, un rapport publié en septembre par des associations révélait que Microsoft, Amazon, Google, Facebook et Twitter ont touché plus de 44 milliards de dollars grâce à des contrats passés avec le gouvernement américain dans le cadre de «la guerre contre le terrorisme» menée après les attentats du 11 septembre 2001.

L'Europe et notamment la France s'inquiètent de confier les données sensibles, comme notamment les données personnelles sur la santé des citoyens, aux géants américains du numérique.

Le gouvernement français cherche à promouvoir des «clouds de confiance», utilisant la technologie des géants américains, mais exploités par des sociétés européennes, dans des centres de données situés en Europe.

Google et Thales ont annoncé un accord en ce sens début octobre, quelques mois après une annonce voisine de Microsoft avec un tandem Orange Capgemini.

«Il est logique d'essayer d'avoir une approche hybride», remarque Alan Woodward.

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