Le bitcoin ne remplace pas le «cash», au contraire

Publié le 20/06/2022 à 12:00, mis à jour le 20/06/2022 à 12:07

Le bitcoin ne remplace pas le «cash», au contraire

Publié le 20/06/2022 à 12:00, mis à jour le 20/06/2022 à 12:07

Par François Remy

Le département monétaire de la Banque du Canada, avec le soutien du Laboratoire d’Économie d’Orléans, s’est intéressé aux effets du bitcoin sur le niveau des avoirs en «cash» des consommateurs canadiens. (Photo: 123RF)

LES CLÉS DE LA CRYPTO est une rubrique qui décode patiemment l’univers de la cryptomonnaie et ses secousses boursières, industrielles et médiatiques. François Remy se donne pour mission d’identifier les entrepreneurs prometteurs, de décoder les progrès techniques et d’anticiper les impacts industriel et sociétal de cette monnaie numérique.


(Illustration: Camille Charbonneau)

Un résultat «surprenant»: la Banque du Canada s’étonne de l’utilisation de l’argent comptant qu’ont les détenteurs de cryptomonnaies. «Cela permet de rejeter l’hypothèse selon laquelle les nouvelles monnaies ou technologies numériques, telles que le bitcoin, entraîneraient une baisse des avoirs en espèces.»

De l’argent en poche, de l’argent dans le nuage. Derrière cette envolée presque lyrique se cache en réalité l’intitulé d’un document de travail de la Banque du Canada. Son département monétaire, avec le soutien du Laboratoire d’Économie d’Orléans, s’est intéressé aux effets du bitcoin sur le niveau des avoirs en «cash» des consommateurs canadiens.

Le fait de posséder de la crypto et de conserver des billets de banque entretiendrait une corrélation positive. Les bitcoineurs détiendraient significativement plus de liquide (83%) que celles et ceux ne disposant pas de devises numériques. Un constat dont la Banque du Canada se sert volontiers pour démentir le grand remplacement de l’argent en espèces par l’argent électronique échangé de pair-à-pair.

Quelle coïncidence de calendrier, la banque centrale canadienne relance les mêmes réflexions sur les actifs crypto que celles qui alimentaient le débat en 2017. Année marquante s’il en est où le cours du bitcoin poursuivait son envol vers les 20 000 $ US pour la première fois de son histoire. Cours historique sous lequel le BTC est temporairement repassé en fin de semaine dernière.

 

Un rôle complémentaire

Cela pique la curiosité du grand public, des régulateurs et du secteur financier. Et une question existentielle s’impose: comment les gens utilisent concrètement le bitcoin? «Était-ce un véhicule pour la spéculation et l’investissement ou un moyen accommodant de transférer de l’argent pour les criminels», osent s’interroger les rapporteurs de la Banque du Canada. Avant de se demander, plus modérément, si les détenteurs en ont un usage fidèle au concept original soit celui de la monnaie décentralisée qui ouvre de nouveaux canaux transactionnels impossibles autrement.

«Les réponses à ces questions demeurent largement indécises», estime le personnel de l’institution monétaire du pays. «Mais ces réponses deviennent de plus en plus pertinentes face aux projets de monnaies numériques de banques centrales devant surmonter la prétendue “mort du cash”».

Exploitant les données de l’enquête omnibus sur Bitcoin, les auteurs du document de travail soulignent «un résultat étonnant» qui suggère que les monnaies numériques en fait jouent un rôle complémentaire aux méthodes de paiement et systèmes financiers existants. «Au lieu de les supplanter», insistent-ils.

Compte tenu des limites de son enquête, la Banque du Canada ne parvient pas à lever le voile sur les raisons spécifiques qui poussent les détenteurs de bitcoin à posséder (bien) davantage d’argent en espèces. Les rapporteurs citent la littérature scientifique pour ne pas rester les bras croisés et au moins offrir des pistes de raisonnement.

 

À creuser

Une étude européenne produite par Helmut Stix de Banque nationale d'Autriche indique que les bitcoineurs croient fortement aux atouts de la cryptomonnaie sur les moyens conventionnels qui ne s’imposeront que dans le futur. C’est aussi du côté des croyances et convictions qu’une étude de la Banque du Canada à paraître va chercher les explications les plus plausibles.

Autrement dit, d’autres travaux seront nécessaires pour percer le mystère de l’adoption du bitcoin. La Banque du Canada reconnaît qu’il serait nécessaire d’identifier les spécificités précises qui conduisent les utilisateurs à adopter et à utiliser les cryptos. Il serait à ce propos utile de classer les bitcoineurs selon différents profils (investisseurs, utilisateurs occasionnels, etc.). Car, concèdent les rapporteurs, «il n’est pas déraisonnable de supposer que les détenteurs de bitcoins sont eux-mêmes hétérogènes» (sic).

Surtout que cette disparité se traduirait encore différemment d’un pays à un autre. Les habitants des autres continents entretenant déjà un autre rapport à l’argent, leur recours au «cash numérique» varierait inévitablement.

«Le Canada peut être considéré comme relativement avancé en termes d’inclusion financière et de structure de ses institutions», s’enthousiasme-t-on au sein de la banque centrale canadienne.

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