L'ether, une cryptomonnaie victime du succès de sa blockchain

Publié le 21/09/2018 à 07:19

L'ether, une cryptomonnaie victime du succès de sa blockchain

Publié le 21/09/2018 à 07:19

Par AFP

[Photo: 123rf]

L’ether, la deuxième monnaie virtuelle en matière de capitalisation derrière le bitcoin, a subi une chute de son cours ces dernières semaines. En cause, des inquiétudes sur la capacité de sa blockchain, Ethereum, à faire face à son succès.


Si l’ensemble des cryptomonnaies a connu un début de mois difficile, l’ether, né en 2015 avec la blockchain Ethereum, a été particulièrement éprouvé, lâchant près de 20 % en trois semaines.


Au-delà de la décision de Goldman Sachs de suspendre son projet de plateforme d’échanges, qui a pénalisé l’ensemble du secteur, l’ether a souffert de propos tenus par Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, un protocole d’échanges décentralisé et inviolable.


« L’espace de la blockchain arrive à un point où il y a un plafond en vue », a déclaré le 8 septembre à l’agence Bloomberg le programmeur russo-canadien de 24 ans, qui a depuis cherché à atténuer ses propos. 


Vitalik Buterin, devenu multimillionnaire grâce à Ethereum, « ne fait pas le boulot qu’il est censé faire: accroître la confiance des entreprises dans la technologie et leur apporter ce dont elles ont besoin, c’est-à-dire de la scalabilité », a jugé Naeem Aslam, analyste pour Think Markets et détenteur de cryptomonnaies.


Embouteillage sur la blockchain


Scalabilité. Ce terme, qui exprime la capacité d’une blockchain à gérer une quantité croissante d’utilisateurs, est « probablement le défi numéro un » auquel est confronté Ethereum, selon des propos tenus il y a un an par M. Buterin.


Contrairement à la blockchain Bitcoin, Ethereum n’a pas pour principale fonction de créer une seule monnaie, mais d’héberger des logiciels ou des « smart contracts » (contrats intelligents). 


Ces programmes permettent notamment de déclencher automatiquement des transactions lorsqu’une certaine condition est remplie. Par exemple, dans le cas de paris sportifs, l’argent misé pourrait être instantanément réparti entre les gagnants une fois le résultat connu, sans nécessiter l’intervention d’une tierce partie.


C’est également à partir d’Ethereum qu’ont été effectués plus des deux tiers des ICO (initial coin offerings), des collectes de fonds en monnaies virtuelles - souvent en ether.


Le nombre d’ICO a explosé en 2017, contribuant à la hausse des cours de l’ether dont le prix a été multiplié par plus de 160 en un an, avant de commencer à s’effondrer en janvier.


Problème : l’engouement autour des ICO a parfois saturé le réseau de la blockchain.


« Plus vous avez de besoins et plus vous avez de probabilités d’engorgement du réseau », souligne auprès de l’AFP Jérôme de Tychey, président d’Asseth, une association dédiée à la promotion d’Ethereum.


Lorsque le réseau peine à faire face au nombre de transactions, les frais augmentent et il faut payer plus cher pour voir son opération traitée en priorité. Alors que les frais moyens oscillaient dernièrement autour de quelques cents, ceux-ci ont temporairement dépassé 5,50 dollars début juillet, un record, selon le site bitinfocharts.


Pour améliorer la scalabilité de la blockchain, des modifications profondes de son architecture sont prévues, mais les retards s’accumulent, explique M. de Tychey, ce qui pourrait avoir découragé certains investisseurs.


Depuis début août, l’ether a perdu plus de 50 % de sa valeur et presque 75 % depuis le mois de mai, faisant passer sa capitalisation d’environ 82,5 milliards de dollars à 23,12 milliards. Une chute brutale, mais qui ne fait que ramener les prix au niveau observé il y a un peu plus d’un an, soit environ 220 dollars pour un ether.


« Immenses réserves »


 Autre phénomène qui pèse sur les cours : le succès de nombreuses ICO passées. 


Une étude de Diar, une revue en ligne spécialisée sur les cryptoactifs, a révélé que les entreprises ayant effectué une collecte de fonds avant l’explosion des cours « sont assises sur d’immenses réserves » de cryptomonnaies, supérieures pour certaines au montant de leur capitalisation.


Selon Larry Cermak, analyste pour Diar, elles détiendraient actuellement « environ 3,7 % du total de la masse d’ethers », mais auraient déjà déplacé ou liquidé presque les deux tiers des montants levés.


« Si vous admettez qu’elles auront besoin de couvrir leurs dépenses d’exploitation en monnaie fiduciaire, cela signifie qu’elles vont avoir besoin de vendre leurs ethers », explique-t-il.


Depuis avril, la quantité d’ethers détenue par ces compagnies a diminué d’environ 20 %, et ce mouvement de vente a mécaniquement contribué à baisser les prix.


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