Facebook aurait «gelé» face à la désinformation vaccinale

Publié le 26/10/2021 à 09:07

Facebook aurait «gelé» face à la désinformation vaccinale

Publié le 26/10/2021 à 09:07

Par La Presse Canadienne

En modifiant subtilement la manière dont les vaccins étaient classés sur le fil de nouvelles des utilisateurs, les chercheurs de la compagnie ont réalisé qu’ils pourraient endiguer la désinformation concernant les vaccins contre la COVID-19 et plutôt offrir aux usagers des messages provenant de sources crédibles, comme l’Organisation mondiale de la Santé. (Photo: La Presse Canadienne)

Washington — En mars, au moment où des allégations concernant le danger et l’inefficacité des vaccins contre le coronavirus déferlaient sur les réseaux sociaux et minaient la campagne de vaccination, des employés de Facebook croyaient avoir trouvé une solution.

En modifiant subtilement la manière dont les vaccins étaient classés sur le fil de nouvelles des utilisateurs, les chercheurs de la compagnie ont réalisé qu’ils pourraient endiguer la désinformation concernant les vaccins contre la COVID-19 et plutôt offrir aux usagers des messages provenant de sources crédibles, comme l’Organisation mondiale de la Santé.

«Compte tenu de ces résultats, j’imagine que nous irons de l’avant dès que possible», a écrit un employé de Facebook en mars, en réaction à une note interne concernant l’étude.

Facebook a plutôt choisi de tabletter certaines suggestions de l’étude. D’autres changements n’ont été apportés qu’en avril.

Quand un autre chercheur de Facebook a suggéré, en mars, de désactiver les commentaires associés aux messages sur la vaccination jusqu’à ce que la compagnie soit mieux outillée pour neutraliser les informations contre la vaccination qui s’y cachaient, la proposition a été ignorée.

Ses détracteurs reprochent à Facebook d’avoir tardé à agir par crainte que cela ne nuise à ses profits.

«Pourquoi est-ce qu’on ne retirerait pas les commentaires? Parce que la participation est la seule chose qui compte, a dit Imran Ahmed, le patron du Center for Countering Digital Hate, un groupe de surveillance du Web. Ça génère de l’attention, et l’attention correspond à des yeux, et des yeux correspondent à des revenus publicitaires.»

Dans un communiqué envoyé par courriel, Facebook rétorque avoir réalisé des «progrès considérables» cette année pour combattre la désinformation vaccinale sur le fil des usagers.

Ces discussions internes de Facebook ont notamment été étalées au grand jour grâce à la lanceuse d’alerte Frances Haugen, une ancienne gestionnaire du réseau social.

Les «Facebook Papers» montrent qu’en plein cœur de la pandémie de COVID-19, Facebook a soigneusement étudié comment ses plateformes étaient utilisées pour propager de la désinformation au sujet des vaccins. Ils révèlent aussi que des employés ont régulièrement suggéré des solutions pour combattre cette désinformation sur le site, mais sans succès. 

Cette inactivité soulève des questions quant à savoir si Facebook a priorisé la controverse et la division face à la santé de ses usagers.

«Ces gens-là vendent de la peur et de la colère, a dit Roger McNamee, un des premiers investisseurs de Facebook qui compte maintenant parmi ses principaux détracteurs. Ce n’est pas un cas isolé. C’est un modèle d’affaires.»

Facebook classe typiquement les messages en fonction des réactions qu’ils génèrent, le nombre de «j’aime» ou de commentaires qu’ils suscitent ou le nombre de fois où ils sont partagés. Ce système fonctionne bien pour des sujets inoffensifs comme des recettes ou des vidéos de chiens qui dansent, mais les documents internes de Facebook montrent que pour des sujets épineux comme la vaccination, cette stratégie ne fait qu’aviver la dissension, la polarisation et le doute.

Pour étudier comment combattre la désinformation, les chercheurs de Facebook ont altéré la classification des messages de plus de 6000 usagers aux États-Unis, au Mexique, au Brésil et aux Philippines. Au lieu de leur présenter des messages en fonction des réactions générées, on leur présentait des messages choisis pour leur fiabilité.

Les résultats ont été frappants: une baisse de près de 12% du contenu présentant des allégations mensongères et une hausse de 8% du contenu provenant de sources sérieuses comme l’OMS ou les Centres de contrôle et de prévention de la maladie des États-Unis.

Les employés de la compagnie étaient euphoriques, selon des documents internes.

«Est-ce qu’il y a une raison pour laquelle nous ne ferions pas ça?» a demandé un employé.

Facebook assure avoir mis en œuvre plusieurs des conclusions de l’étude — mais seulement après un mois, un délai qui s’est produit à un moment crucial de la campagne de vaccination.

Une porte-parole a déclaré par voie de communiqué que les documents internes «ne représentent pas les progrès considérables que nous avons réalisés depuis ce moment pour fournir une information fiable au sujet de la COVID-19 et pour neutraliser la désinformation concernant la COVID et la vaccination».

La compagnie ajoute qu’il a fallu du temps pour étudier et déployer les changements.

L’urgence d’agir était pourtant évidente. À ce moment, les États-Unis offraient le vaccin aux plus vulnérables, seulement 10% de la population avait reçu une première dose et un tiers des Américains envisageaient de ne pas être vaccinés du tout.

Malgré tout, des employés de Facebook ont admis qu’ils ne «réalisaient pas» à quel point les messages anti-vaccination étaient virulents sur leur site. Des recherches menées par la compagnie en février ont constaté que jusqu’à 60% des commentaires générés par des messages sur la vaccination y étaient opposés.

Pire encore, des employés ont admis ne pas savoir comment dénicher ces messages ou les retirer.

«Notre capacité à détecter (l’hésitation vaccinale) dans les commentaires est mauvaise en anglais, et essentiellement inexistante ailleurs», souligne un autre document interne en date du 2 mars.

Des employés ont proposé de désactiver les commentaires pour tous les messages sur la vaccination en attendant que la compagnie ait trouvé une solution. La suggestion a été jugée «très intéressante», mais n’a jamais été appliquée.

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a plutôt annoncé le 15 mars que la compagnie commencerait à étiqueter les messages qui décrivaient les vaccins comme étant sécuritaires.

Cela a permis à Facebook de continuer à générer des réactions — et donc des profits — à partir des commentaires contre la vaccination, a dit M. Ahmed du Center for Countering Digital Hate.

«Des gens ont reçu de la désinformation et sont morts en raison des décisions prises par Facebook, a-t-il dénoncé. Il devrait y avoir une enquête pour meurtre.»

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