L'investissement sportif spéculatif, un jeu risqué


Édition du 01 Mars 2014

L'investissement sportif spéculatif, un jeu risqué


Édition du 01 Mars 2014

Par Marc Gosselin

Les hockeyeurs Sidney Crosby et Carey Price ou le jeune quart-arrière champion du Super Bowl, Russell Wilson, font rêver les jeunes qui s'échangent des cartes de leurs idoles. Et si leurs parents, des passionnés de sport, se procuraient des actions de ces athlètes, en espérant que leur mise leur rapporte gros...

Ce marché nouveau genre, c'est celui de Fantex Holdings, entreprise de San Francisco, spécialisée dans l'investissement spéculatif.

Fantex, qui se définit comme un service de courtier, avance aux athlètes professionnels un pourcentage de leurs gains futurs, par exemple 20 %, selon la qualité et le profil du joueur. En retour, il reçoit immédiatement un paiement forfaitaire assorti d'un contrat selon lequel il devra remettre 20 % de ses gains futurs à Fantex, et pas seulement ceux qu'il obtient sur le terrain. Cela couvre l'après-carrière et les commandites. L'entreprise de San Francisco émet ensuite un nombre d'actions sur le joueur, vendues 10 $ chacune dans le cas d'Arian Foster.

Celui-ci, premier joueur de la Ligue nationale de football (NFL), a accepté la proposition de Fantex Holdings, l'automne dernier. Il aurait reçu une avance de 10 millions de dollars américains, soit l'équivalent de 20 % de ses gains futurs selon l'évaluation de Fantex, si l'entente avait été conclue. Or, au moment d'amorcer le processus de premier appel public à l'épargne, le porteur de ballon vedette des Texans de Houston s'est blessé au dos, ce qui a mis fin à sa saison et remis aux calendes grecques le projet de Fantex.

Les blessures sont le facteur de risque le plus important qui menace les gains potentiels des joueurs à long terme, explique Jesse David, associé de la firme américaine Edgeworth Economics. «Notre firme étudie l'évolution des blessures dans la NFL depuis 2004. Le nombre total de blessures a augmenté constamment, passant de 2 623, en 2004, à 3 126 lors de la saison 2012. Pour vous donner une idée, un peu plus de 2 000 footballeurs jouent dans la NFL chaque saison. Donc, en moyenne, on compte 1,5 blessure par joueur, par saison», dit-il.

Des contrats incertains

Selon M. David, il n'est pas surprenant que les premiers joueurs professionnels à se lancer avec Fantex Holdings soient ceux de la NFL. Deux raisons expliquent cela, ajoute-t-il : les contrats de la NFL ne sont pas totalement garantis et les carrières sont plus courtes que dans d'autres sports professionnels. Selon l'Association des joueurs de la NFL, la carrière moyenne d'un joueur est de trois saisons et demie.

Dans l'Association nationale de basket-ball (NBA), elle est de 4,8 années, de 5,6 dans la Ligue majeure de baseball (MLB) et de 5,5 dans la Ligue nationale de hockey (NHL), selon RAM Financial Group.

«Les joueurs veulent réduire leur risque en empochant un montant garanti tandis que leurs contrats ne sont pas garantis», [c.-à-d. que contrairement à la LNH, dont les contrats sont garantis aux deux tiers de la valeur totale, la NFL ne garantit aucune somme dans ses contrats] renchérit Bruno Delorme, professeur en gestion du sport au Collège Marianopolis, de Montréal.

Selon M. Delorme, la possibilité d'obtenir une avance d'une partie de ses gains futurs pourrait intéresser des joueurs qui ne sont pas des vedettes. «Ça ne s'adresse pas aux Peyton Manning de ce monde, qui empochent de plus grands gains à l'extérieur du terrain.» Comme c'est le cas avec Twitter, le phénomène Fantex Holdings permettra aux professionnels de se rapprocher de leurs partisans. «Fantex veut capitaliser sur le côté émotif du sport», dit M. Delorme.

«Ce que propose Fantex tient beaucoup plus du pari que de l'investissement. Les investisseurs institutionnels n'investiront pas là-dedans», note Jesse David.

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4 M$ - Fantex Holdings est en processus de premier appel à l'épargne avec l'ailier rapproché des 49ers de San Francisco, Vernon Davis (ci-contre). La firme lui avance 4 M$ US en échange de 10 % de ses gains futurs. Elle émettra 421 100 actions à 10 $ US l'unité. Il s'agit de la deuxième proposition de l'entreprise de San Francisco, la première ayant avorté à la suite d'une blessure de l'athlète.

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