Pleine conscience en entreprise: ne pas se tromper d'attentes

Publié le 07/08/2018 à 13:48

Pleine conscience en entreprise: ne pas se tromper d'attentes

Publié le 07/08/2018 à 13:48

Par The Conversation

[Photo: 123RF]

S’il existe de nombreuses études sur les bienfaits de la pratique de la pleine conscience, la question de son apprentissage et de son appropriation reste peu explorée. Comment les apprenants cheminent-ils vers la pleine conscience? Comment transposent-ils leurs acquis dans la vie quotidienne?

Pour répondre à ce challenge, la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix économique, en partenariat avec le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD) Rhône-Alpes, a mis en place un dispositif d’expérimentation de la pratique de la pleine conscience. Compte-rendu.

Analyser l’appropriation à travers le récit de sa pratique

Apprécier un apprentissage et, au-delà, un éventuel processus transformationnel nécessite d’analyser le phénomène sur la durée. C’est dans cet esprit qu’a été mobilisée la méthode des récits de vie la méthode des récits de vie. Cette approche, initiée en sociologie à partir des années 1900 pour étudier les trajectoires des populations immigrées à Chicago, consiste à examiner un objet social et à comprendre comment il se transforme à travers les rapports sociaux, les mécanismes, les processus et les logiques d’action qui le caractérisent. Elle a notamment été exploitée en France à partir des années 1970 dans le cadre de la recherche sur les trajectoires professionnelles.

Curieux de tester sa pertinence pour clarifier les rouages de l’apprentissage de la méditation de pleine conscience, des chercheurs de la Chaire ont proposé à sept dirigeants d’entreprise du CJD de participer à une étude basée sur cette méthode. Après avoir suivi un programme de pleine conscience en huit séances, des rencontres individuelles sous la forme d’entretiens non dirigés ont été initiées avec des chercheurs tous les trimestres afin d’alimenter une base de données qualitatives dans le cadre d’un suivi annuel. Ces échanges avaient pour objectif d’accéder au vécu, au ressenti, et aux représentations de l’expérience même de la pleine conscience et de son impact sur les activités professionnelles. Premières pistes de réflexion.

La difficulté d'une pratique régulière

Si la méditation de pleine conscience est de nature mobilisatrice dans un contexte de pratique en groupe, elle se révèle beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit de s’engager dans un entraînement de type individuel. En effet, nombreux sont les obstacles propices à venir entraver le chemin de l’apprenti méditant : non seulement l’environnement physique peut ne pas être propice, mais de plus l’environnement social peut aussi jouer un rôle bloquant, en fonction du degré d’acceptation de la pratique, de l’impact des normes sociales, de l’appréciation de son utilité… Enfin, des croyances erronées quant à la facilité de mise en œuvre de nouveaux comportements sont souvent source de découragement.

La difficulté liée à une pratique régulière de la pleine conscience questionne ainsi le processus d’autonomisation grâce auquel les participants vont s’approprier leur apprentissage et l’appliquer dans leur vie quotidienne.

Outil au service de la performance ?

L’étude en cours montre que les apprenants exercent exclusivement le volet attention focalisée de la pratique de pleine conscience.

Nous pouvons faire l’hypothèse que cette attention focalisée est plus facile à mettre en œuvre et que les bénéfices à court terme sont plus palpables (prise de conscience d’une perte de focalisation sur la tâche en cours et capacité à se recentrer). Cette restriction génère cependant le risque d’une recherche de « contrôle » via la mise en place systématique d’un geste intérieur réflexe basé sur le seul report de l’attention.

La conception traditionnelle d’un dirigeant d’entreprise nous amène à le considérer comme une personne sachant tout maîtriser et contrainte d’enrichir sans relâche ses compétences pour exercer son activité avec efficacité. La pratique de l’attention focalisée pourrait ainsi être envisagée dans le seul objectif stratégique de ralentir le multitâche, d’améliorer sa qualité d’écoute, de reconnaître son mode de fonctionnement, ou de ralentir intentionnellement la cadence pour être plus pleinement investi dans la tâche en cours. La pleine conscience se trouverait alors en quelque sorte instrumentalisée, détournée de sa philosophie première pour permettre au dirigeant d’accéder en quelque sorte à une « nouvelle voie » vers l’efficacité, critère indissociable du développement économique et de la pérennité de son entreprise.

Une attente de bénéfice contradictoire

L’attente consciente de résultats palpables, pratiques, directs et immédiats heurte cependant l’essence même de la pleine conscience dont l’appropriation passe par un cheminement qui est tout sauf rapide et automatique !

La nature non linéaire de ce processus pourrait ainsi aboutir à une impasse pour bon nombre de prétendants. En effet, seul l’engagement dans une pratique régulière va permettre l’émergence de changements dans le fonctionnement du méditant. La pleine conscience révèle bien plus de complexité que les paradigmes occidentaux auxquels nous avons toujours été habitués.

The ConversationAu-delà du gain de performance tant convoité par les dirigeants, elle contribuerait également à les faire évoluer au travers d’une transformation intérieure vers un management d’une nature nouvelle apte à trouver écho auprès de leurs collaborateurs pour converger vers une entreprise naturellement animée de valeurs basées sur la paix économique.

 

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Lionel Strub, Enseignant-chercheur - Chaire Mindfulness, bien-être au travail et Paix économmique, Grenoble École de Management (GEM) et Pierre-Yves Sanséau, Professeur de Gestion des Ressources Humaines, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix Economique à Grenoble Ecole de Management, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


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