Pourquoi les travailleurs profitent si peu de la croissance économique

Offert par Les Affaires


Édition du 27 Janvier 2018

Pourquoi les travailleurs profitent si peu de la croissance économique

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Édition du 27 Janvier 2018

Par Laura O'Laughlin

Le meilleur moyen de «réparer» ces inefficacités liées au pouvoir de monopsone sur le marché du travail est tout simplement d'augmenter le salaire minimum. [Photo: 123RF]

Bien qu'il n'existe pas de loi économique ni politique selon laquelle les travailleurs devraient partager de manière égale et constante les avantages de la croissance économique, la part des revenus du travail dans le PIB a régulièrement diminué depuis les années 1960. Aujourd'hui, la part du revenu du travail est à son plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que les inégalités de revenus continuent de croître.

Il suffit de regarder les composants du PIB canadien. Le PIB est, en quelque sorte, un chèque de paie pour le Canada qui se décompose en deux parties. Une partie est «versée» aux travailleurs sous forme de revenu, l'autre est versée aux entreprises (et à leurs actionnaires) sous forme de capital. Depuis les années 1970, la part du PIB consacrée au «revenu du travail» diminue régulièrement, passant de 59,9% en 1976 à 53,3% en 2015.

Le même effet est visible quand on regarde la croissance réelle des salaires–elle a presque stagné pour tous, sauf pour les plus hauts revenus. Bref, le revenu des Canadiens croît moins vite que les entreprises qui les engagent, donnant l'impression que la croissance est réservée aux entreprises et aux fortunés.

Cependant, les inégalités ne sont pas la cause, elles sont un symptôme. De nombreux débats récents sur les causes des inégalités mettent en évidence une concentration croissante, parmi les producteurs, des prix de monopole sur les marchés des vendeurs; ou bien l'automatisation et la mécanisation qui déplacent les travailleurs. Pourtant, la cause des inégalités pourrait être ailleurs.

En fait, des recherches récentes montrent un autre côté de la médaille: la consolidation parmi les employeurs pourrait aussi contribuer de manière décisive à ralentir la croissance des salaires et à accroître l'inégalité des revenus.

S'il n'y a que deux employeurs sur un marché du travail, par exemple, ces derniers n'ont pas besoin d'être aussi compétitifs en cherchant des employés.

Cette concurrence réduite pour les travailleurs donne à ces entreprises des pouvoirs de «monopsone» sur le marché du travail.

Dans un tel marché, les travailleurs sont plus enclins à «accepter» les conditions de travail offertes par les employeurs, et ces sociétés n'ont pas à s'inquiéter de perdre leurs travailleurs au profit des employeurs concurrents.

Ce manque de concurrence dans le marché de l'emploi permet aux entreprises de payer un salaire inférieur à celui qui prévaudrait sur un marché concurrentiel. Il donne lieu aussi a des inégalités de revenu entre travailleurs– favorisant des salaires plus élevés pour ceux qui ont un pouvoir de négociation (ex.: ceux qui sont plus éduqués ou ceux qui sont plus mobiles).

Il est intéressant de noter que le meilleur moyen de «réparer» ces inefficacités liées au pouvoir de monopsone sur le marché du travail est tout simplement d'augmenter le salaire minimum.

Dans le cas où le nombre d'employeurs potentiels est limité - ou trop concentré -, les hausses du salaire minimum ne nuisent pas à l'emploi (une critique souvent faite par ceux qui s'y opposent).

Ces hausses exigent simplement que les employeurs paient davantage leurs travailleurs. En effet, quelques études récentes montrent que des hausses de salaire minimum n'ont pas eu d'effet néfaste.

Bien sûr, l'impact ultime de la législation sur le salaire minimum est une question ouverte, mais les données jusqu'à maintenant montrent que ces hausses ne torpillent pas l'emploi. Peut-être l'augmentation du salaire minimum est-elle une manière efficace de garantir que les travailleurs obtiennent une part meilleure et plus équitable des retombées économiques de leur travail, tout en luttant contre l'augmentation des inégalités.

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