La quintessence du cliché français fête ses 30 ans

Publié le 23/02/2018 à 12:24

La quintessence du cliché français fête ses 30 ans

Publié le 23/02/2018 à 12:24

Par Catherine Charron

Aymeric Pasquier Photo: Catherine Charron

Le Dîner en Blanc se prépare à célébrer son édition parisienne qui soufflera ses 30 bougies le 3 juin prochain. Les Affaires a rencontré Aymeric Pasquier, le cofondateur de la branche internationale basée à Montréal pour permettre de comprendre ce qui a permis à l'organisation d’exporter sa formule partout dans le monde.


Dîner en Blanc international a d’abord dû revoir son concept. «Être illégal et gratuit pour tout le monde, je ne pense pas que ce soit vraiment faisable», s’amuse l’organisateur du Dîner en Blanc de Montréal. C’est pourquoi toute personne qui aspire à revêtir ses plus beaux habits blancs doit participer aux frais, contrairement à la recette originale. Ceux-ci sont toutefois plafonnés au plus bas coût, oscillant entre 30 et 40 dollars pour couvrir les assurances et les permis que devront se procurer les organisateurs.


L’un des éléments fondamentaux de ce rendez-vous annuel est le secret du lieu où se tiendra l’événement jusqu’à la dernière seconde. À Paris, ce concept va encore plus loin : même les autorités françaises ne le connaissent pas. Aymeric Pasquier imagine difficilement qu’une telle formule soit tolérée dans le contexte d’incertitude actuel, surtout si elle partait de 0. «Il n’y a que la France pour tolérer ça !», souligne-t-il. Ils ont donc bénéficié de la notoriété et de la bonne réputation de la mouture parisienne pour réussir à recréer l’événement un peu partout sur la planète.


Franchiser pour mieux s’exporter


Pour réussir à accueillir plus de 120 000 convives dans plus 80 villes, il faut déléguer. C’est pour assurer un contrôle de qualité des événements que Dîner en Blanc international a été créé. Cet organe délivre des licences aux comités organisateurs mandatés aux quatre coins du globe. «On fait beaucoup de formation à distance, nous leur offrons un cahier des charges qui explique tous les détails de l’organisation, toutes les inscriptions passent par notre plateforme, c’est nous qui créons les pages Facebook des événements», énumère Aymeric Pasquier.


Contrairement à d’autres systèmes de franchise, les licences sont gratuites. «Ça a permis d’éviter que des copies de l’événement se créent, et de développer rapidement à l’international», explique le cofondateur du Dîner en Blanc international. Bien que les transactions se fassent à partir de leur plateforme spécialement développée pour l’événement, Dîner en Blanc international ne perçoit pas de frais sur les inscriptions. C’est plutôt par l'entremise des frais d’adhésion annuels de 9 $ par membre et des partenariats avec des entreprises comme Evian, Boursin et J.P. Chenet qu’ils financent leurs activités.


Ne s’associent toutefois pas au Dîner en Blanc qui veut: les valeurs de l’entreprise doivent concorder avec celles de l’événement. C’est pourquoi aucun producteur de spiritueux ou de bière n’a négocié de partenariat avec Dîner en Blanc international, où ne sont acceptées que les bouteilles de vin et les bouteilles de champagne. «Beaucoup de commandites potentielles sont écartées pour nous rentabiliser, car ce n’est pas notre volonté d’aller vers le plus offrant», se justifie Aymeric Pasquier.


C’est que leur motivation n’est pas purement commerciale. Ils veulent offrir un événement de qualité pour faire le perdurer dans le temps. Et ça fonctionne. «50% des invités reviennent à l’édition suivante», se réjouit Aymeric.


La sélection des participants contribue elle aussi à remplir leur mandat. Cette formule singulière n’a d’ailleurs jamais changé: les invités des éditions passées sont invités l’année suivante, et sont encouragés à eux aussi convier un duo d’amis supplémentaire. «Il y a un noyau dur de participants qui reviennent d’année en année, c’est leur rendez-vous annuel si l’on veut, c’est un peu le secret de la recette», explique Aymeric Pasquier. Les places restantes sont comblées par les intéressés inscrits sur la liste d’attente qui contient de dizaines de milliers de curieux.   


Dans les quatre premières années, cette forte sollicitation a d’ailleurs mis à rude épreuve la plateforme d’inscription qu’ils avaient développée. Avec plus de 60 000 personnes sur la liste d’attente à Vancouver, et 70 000 à New York, ces connexions simultanées ont eu raison des serveurs à plusieurs reprises. Bien que ces soucis techniques soient maintenant chose du passé, Aymeric Pasquier croit que ça a permis d’ajouter à la notoriété de l’événement. «Ce n’est pas un conseil que je donne à d’autres organisations, mais ça a démontré l’intérêt des participants jusque dans une certaine mesure.»


Pousser le concept plus loin


La prochaine étape pour le Dîner en Blanc international: conquérir le web. «Nous avons presque 1 million de personnes dans notre base de données, et on ne l’utilise pas», explique Aymeric. Il aimerait surfer sur la vague des réseaux sociaux et permettre à tous ces amis d’amis d’échanger, de rester connectés tout au long de l’année. Rendre numérique cette histoire vieille de 30 ans, depuis ce premier dîner organisé au Bois de Boulogne par le fondateur du mouvement François Pasquier qui voulait reconnecter avec ses amis à son retour d’un long voyage à Tahiti.


Pour avoir un apperçu de l'événement, voici un vidéo récapitulatif de l'édition 2017 à Paris.



 


 

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