Aliments Si-Bon: des légumes difformes dans la sauce à spaghetti

Publié le 28/01/2016 à 13:43

Aliments Si-Bon: des légumes difformes dans la sauce à spaghetti

Publié le 28/01/2016 à 13:43

Les sauces Kitchen Lab d'Aliments Si-Bon. (Photo: courtoisie)

PME DE LA SEMAINE - Ils ont l’air de se dandiner sur les étiquettes, mal à l’aise d’être mis en avant : les légumes difformes sont les nouvelles stars des pots de sauces à spaghetti Kitchen Lab, une marque du Groupe Aliments Si-Bon.


Les légumes aux formes biscornues d’habitude cachés, puisque jetés voire même pas récoltés, s’étalent maintenant dans les circulaires d’une centaine de supermarchés Metro au Québec. C’est la PME d’une quarantaine d’employés, le Groupe Aliments Si-Bon qui a relevé le défi posé par la chaîne d’épicerie.


Des kilos et des kilos de légumes aux «gueules cassées» ne se rendent pas dans les assiettes des consommateurs et sont jetés chaque année dans les pays industrialisés. On parle de l’équivalent de 123 kilos de fruits et légumes pour une famille canadienne.


«C’est donc pour contribuer à réduire le gaspillage alimentaire», explique Kim Bédard, directrice, achats nationaux, épicerie chez Metro, que la chaîne a voulu ajouter dans ses rayons des sauces à spaghetti fabriquées avec ces légumes laissés pour compte. Une tendance au Québec, où plusieurs initiatives du genre ont émergé dernièrement dans les épiceries, notamment chez IGA et Loblaws, pour utiliser les légumes déclassés.


Restait à trouver l’entreprise capable, en quelques mois, de transformer ce vœu en réalité. La marque privée de Metro aurait pu prendre le projet en charge, mais la chaîne a finalement choisi le Groupe Aliments-Si Bon de Terrebonne, déjà fournisseur de Metro pour d’autres produits. «Vu la rapidité avec laquelle on voulait mener le projet, il fallait une petite structure dynamique avec une capacité de production suffisante pour nous assurer la sécurité alimentaire», affirme la directrice.


Flexibilité demandée


C’est avec enthousiasme et quelques sueurs froides que la PME a relevé le défi. Ou plutôt les défis. Le premier: «Il a fallu imaginer avec notre chef cuisinier de nouvelles recettes qui nous démarquent tout en restant abordables et familiales», indique François Woods, copropriétaire du Groupe Aliments Si-Bon. Résultat: courge-paprika fumé, aubergine-olive et sauce rosée à la betterave.


Deuxième difficulté: l’approvisionnement. Même si ces légumes étaient jetés et donc de la pure perte pour les agriculteurs, faire changer les habitudes à l’étape du tri n’est pas chose facile. «Notre approvisionnement, assuré par 3 ou 4 fournisseurs québécois, n’est pas encore stable. On planifie donc la production en fonction de la disponibilité des légumes», ajoute François Woods.


Le troisième écueil: traiter ces légumes offrant de nombreux recoins pour loger la saleté et rebelles à tout éplucheur en série. «La chaîne est très peu mécanisée car nous devons absolument laver et éplucher ces légumes à la main», explique François Woods.


Mais ce n’est pas le tout. Il faut maintenant faire accepter le produit Kitchen Lab aux consommateurs. «On a axé sur l’originalité des goûts ainsi que sur la liste des ingrédients –naturels- et pas uniquement sur la lutte contre le gaspillage alimentaire car on veut assurer la pérennité du produit. Pour cela, il fallait qu’il soit pertinent sans l’argument de la conscience sociale», estime le copropriétaire du Groupe Aliments-Si Bon.


L’innovation, une planche de salut


Effectivement, ce n’est pas parce qu’ils contribuent à lutter contre le gaspillage alimentaire que ces sauces vont se vendre comme des petits pains. « Dans l’épicerie, les sauces sont des produits très banalisés, interchangeables qui engagent peu la fidélité des clients. Pour se différencier, il faut apporter de quoi satisfaire deux types de consommateurs : les innovateurs, les visionnaires, qui représentent de 5 à 20 % du marché, et le segment des clients qui font des achats le plus socialement responsables possible, analyse Jean-François Ouellet, professeur agrégé au département d’entrepreneuriat et d’innovation à HEC Montréal. Mais ce marché était encore négligeable il y a peu car il y a eu beaucoup de mauvaises expériences avec des produits écolos mais moins performants ou qui demandaient des changements d’habitudes aux gens tout en étant plus chers. »


Ce sont pourtant des innovations salutaires dans l’industrie du commerce de détail alimentaire, «menacée par le commerce en ligne si elle n’améliore pas l’expérience client», prévient Jean-François Ouellet, qui note la dichotomie entre des épiceries au concept peu changeant et le goût prononcé des consommateurs pour l’expérience en cuisine.


L’heure est donc résolument à l’innovation qui, selon Jean-François Ouellet, passera par le produit de niche créé par des PME agiles, innovantes et dynamiques.


Groupe Aliments Si-Bon


- Date de création: 1985


- Lieu: Terrebonne


- Nombre d’employés: 40


- Objectif dans un an: solidifier la présence de l'entreprise au Québec tout en développant les activités dans le reste du Canada et à l'international

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