Le secret de la performance!

Publié le 01/04/2009 à 00:00

Le secret de la performance!

Publié le 01/04/2009 à 00:00

Bien plus que de savoir gérer son temps pour être performant au bureau, il faut savoir gérer son énergie. Et ça passe par le plaisir.

Annick-Isabelle Marcoux donne des complexes. Déjà, les 55 heures qu'elle consacre chaque semaine à diriger une équipe de 27 personnes et à accroître les actifs sous gestion de BMO Banque privée Harris sont impressionnantes. Cela ne l'a pas empêchée de se lancer dans un MBA qu'elle terminera cette année. " Un EMBA, corrige-t-elle, pour Executive MBA ". Elle est aussi instructeur de spinning, un cours d'exercice cardiovasculaire sur vélo stationnaire, au Club Mansfield. Elle s'entraîne également 15 heures par semaine en prévision des compétitions Masters Mondiaux de cyclisme sur route.

Superwoman s'est-elle recyclée dans le secteur bancaire ? " Non ", vous dirait l'ancienne championne de vélo de montagne. Le secret de cette infatigable blonde de 39 ans ? Beaucoup d'ambition, mais aussi une gestion rigoureuse de son énergie.

Les professionnels, les cadres et les gens d'affaires s'appliquent surtout à mieux gérer leur agenda. Téléphone intelligent, ordinateur, logiciels... Les outils mis en marché pour nous aider à jongler avec nos rendez-vous et nos tâches reflètent notre obsession du temps. Pourtant, pour abattre plus de travail, pour être plus concentré et plus créatif, il est plus rentable de gérer son énergie, affirment de plus en plus de spécialistes.

" On ne peut pas ajouter d'heures à une journée, dit Annick-Isabelle Marcoux. Par contre, on peut renouveler son énergie. " Elle met en pratique les principes qui lui ont valu de remporter un championnat de vélo. Tout commence bien sûr par une alimentation saine et de bonnes nuits de sommeil. Elle se couche à 9 h 30 tous les soirs. Mais il y a plus. La directrice régionale, Expansion des affaires, de BMO Banque privée Harris planifie ses pauses de la journée. Elle pratique le yoga dans son bureau. Comme les athlètes, elle fait de la visualisation. Par exemple, elle se donne un objectif précis et imagine ses réussites, qu'il s'agisse d'une victoire lors d'une course cycliste ou de l'obtention d'un contrat avec un client convoité. Surtout, elle s'assure d'avoir du plaisir le plus souvent possible. " C'est à vélo que je trippe ", dit-elle.

L'énergie est à la base de notre rendement. Nous tirons notre vitalité de plusieurs sources : la nourriture et le repos, mais aussi l'exercice, qui nous donne de l'endurance et réduit le stress, le plaisir, la reconnaissance des autres ainsi que les petites victoires et les grandes. Pensez seulement à cette fois où vous avez terminé avec brio un dossier important et stimulant. La satisfaction que vous avez tirée de cette réalisation vous a probablement galvanisé. L'énergie recèle donc à la fois une dimension physique et une dimension psychologique.

" La bonne nouvelle, c'est que nous pouvons contrôler ce qui a un impact sur notre niveau d'énergie, explique Andrée Tremblay. Les athlètes d'élite, dont l'objectif est d'atteindre des niveaux de performance très élevés, ont compris depuis longtemps l'importance de bien gérer de leur énergie. " Andrée Tremblay est con-férencière et consultante au Groupe Con-seil CFC, une firme spécialisée en management et ressources humaines. Elle s'intéresse à la question de l'énergie personnelle depuis plusieurs années. On la regardait d'un oeil perplexe, lorsqu'elle a tenté d'intéresser le milieu des affaires à cette notion, il y a six ans. Aujourd'hui, les formations et les conférences qu'elle donne sur le sujet sont courues.

Ce n'est pas pour rien. Les exigences au travail sont grandes, et les méthodes de gestion du temps ont leurs limites. De plus, certaines études montrent des gains de performance significatifs chez les travailleurs qui savent recharger leurs batteries. En 2007, Tony Schwartz, spécialiste américain de la performance, a mené une expérience au sein d'un groupe pilote à la banque américaine Wachovia. Il a soumis ce groupe à un programme de gestion de l'énergie, puis il a comparé ses performances à celles d'un groupe-témoin. Non seulement le groupe pilote était plus performant (par exemple, il a généré plus de prêts hypothécaires), mais aussi, on a constaté des améliorations notables dans les relations avec la clientèle et dans la satisfaction au travail.

La base

Bruno Ouellette est un psychologue de la performance. Il a oeuvré au sein de nombreuses entreprises dans le domaine des changements organisationnels avant de s'orienter vers le milieu sportif. Il a accompagné vers la victoire une vingtaine de champions du monde et autant de médaillés olympiques, dont Alexandre Despatie. Ce grand mince au crâne rasé est à ses athlètes ce que l'horloger suisse est à ses montres : il veille à ce qu'ils fonctionnent au quart de tour.

Il est aussi conférencier et formateur chez IDE Conseil, une firme qui se spécialise dans le développement et l'accompagnement des leaders en entreprise. " Dans les organisations, les gens sont en général sous-performants, constate-t-il. Ils ne respectent pas la base, comme boire de l'eau en quantité, manger des fruits et des légumes, et faire de bonnes nuits de sommeil. Les gens efficaces qui dorment cinq heures par nuit, c'est un mythe ", affirme-t-il.

Bruno Ouellette met de l'avant un concept simple pour aider les gens d'affaires, les professionnels et les cadres à devenir plus performants. " On doit avoir une vie qui a du sens, S-E-N-S pour sommeil, exercice, nutrition, soutien interpersonnel. "

Il recommande des nuits de sommeil d'au moins sept heures. Pour être alerte et en forme toute la journée, c'est la même rengaine : un petit-déjeuner copieux, des repas plus légers pendant la journée, mais plus nombreux, et des aliments sains. " Le régime optimal diffère d'une personne à l'autre, en fonction des besoins du corps et de la demande énergétique du moment ", dit Andrée Tremblay.

Claude Paquet, psychologue du travail et des organisations et associé chez Dolmen Capital humain, doit régulièrement évaluer le potentiel de candidats à des promotions. " En plus de porter attention à leur alimentation et à leur sommeil, les individus qui réussissent dans des postes de gestion font de l'exercice et s'accordent souvent de longues vacances ", observe-t-il. Un de ces clients court des marathons. Un autre parcourt entre 5 000 et 6 000 kilomètres en vélo chaque année.

Pour Bruno Ouellette, il n'est pas nécessaire d'accomplir de tels exploits pour accroître sa performance au travail. " La demi-heure par jour que les médecins recommandent, je n'en fais pas une obligation. Mais il faut commencer à bouger un peu chaque jour. " L'activité physique augmente notre endurance et produit des changements biochimiques qui ont un effet béné-fique sur le stress, la santé et le niveau d'énergie. Chez ceux qui font de l'exercice, on remarque en effet une hausse des neurotransmetteurs du bien-être, tels que la séretonine, la dopamine et les endorphines. Pour Andrée Tremblay, l'essentiel est que nous éprouvions du plaisir à pratiquer une activité physique. " Si c'est une corvée d'aller au gym, ça n'apportera aucun bénéfice. Ce sera seulement une frustration de plus ", dit-elle.

Savoir récupérer

Le sport est au coeur de la vie de l'athlète d'élite, qui est soumis à un cycle de performance très différent de celui d'un vice-président d'entreprise. Il s'entraîne 25 heures par semaine dans le but d'atteindre son plus niveau de performance à un moment précis de l'année. Le cadre de haut niveau, lui, doit être performant la plus grande partie de l'année. " Et, contrairement à l'athlète, il doit se dépasser à des moments imprévi-sibles ", dit Jacques Forest, professeur de psychologie organisationnelle à l'Université du Québec à Montréal. Si un athlète con-naît la date des prochains Jeux olympiques, le vice-président, lui, ne sait pas quand se présentera une nouvelle occasion d'affaires.

Jacques Forest est un mordu de la planche à neige, un sport qu'il pratique depuis 21 ans. À tel point qu'il a été commentateur à Radio-Canada lors des championnats du monde dans cette discipline en 2003 et en 2005. Il se passionne aussi pour le fonctionnement du corps humain. Un de ses dadas : le rituel de récupération. " Tous les bons athlètes dosent la durée, la fréquence et l'intensité des entraînements, et entrecoupent les périodes d'efforts par des périodes de récupération plus ou moins longues ", explique-t-il.

Les efforts que l'on demande aux cadres et aux gens d'affaires sont importants. Selon Jacques Forest, il est essentiel qu'ils adoptent des rituels de récupération. Cela commence par de vraies vacances, mais aussi par de multiples gestes au quotidien. " La jasette à la machine à café est bénéfique ", dit-il.

Hervé Juste est rédacteur en chef adjoint de Sélection du Readers Digest. Il est responsable du contenu original publié dans la version québécoise du magazine. C'est un professionnel très occupé. Malgré la pression et son air inquiet, il se montre toujours affable. Son travail est exigeant ; il fait du bénévolat, il fait partie d'une chorale et il s'entraîne dans les trois disciplines du triathlon (cyclisme, natation, course à pied). Il est l'opposé du type qu'on imagine en train de perdre son temps à un jeu vidéo pendant les heures de travail. Pourtant : " Quand je bloque sur une tâche, je passe quelques minutes sur Shanghai, un petit jeu vidéo en ligne. Ça me change les idées ", dit-il. De plus, chaque midi, ce père de deux enfants sort du bureau pour marcher et prendre l'air.

Ces habitudes sont salutaires. " Lorsqu'on commence une tâche, notre vigilance, notre concentration, entre autres, augmentent. Ces indicateurs baissent après 90 à 120 minutes, explique la consultante Andrée Tremblay. Il faut alors faire une pause, sortir du bureau, prendre une collation, décrocher. "

Gérer ses émotions

Dans son grand bureau tout en fenêtres du centre-ville de Montréal, Annick-Isabelle Marcoux a une vue saisissante du mont Royal. L'automne, elle s'arrête fréquemment pour en contempler les couleurs. Dans les moments plus intenses, elle enlève sa veste et pratique une Salutation au soleil, un enchaînement de postures de yoga. Ces mouvements la reposent, mais lui permettent aussi de contrôler ses émotions. Celles-ci jouent un rôle déterminant sur le plan de l'énergie. Les émotions ont ceci de particulier qu'elles peuvent aussi bien nous drainer que nous procurer de l'énergie pour la journée. La colère, la frustration, la déception sont des émotions qui peuvent hypothéquer notre niveau d'énergie. Quand nous nous mettons en colère, nous déchargeons notre énergie sur les autres. Déçus, nous ruminons et nous la gaspillons. À l'inverse, la joie et la satisfaction nous galvanisent. " Quand on est en amour, on est inépuisable ", fait remarquer Andrée Tremblay.

Dans ses formations, Andrée Tremblay propose une série de stratégies pour ré-duire l'impact des émotions négatives. La pleine conscience, ou présence attentive (Mindfulness), consiste à porter 100 % de son attention sur une chose tangible, la respiration par exemple. Cette technique de méditation est employée par les athlètes pour se détendre et régulariser leur pouls. Respirer profondément, visualiser des situations agréables (son prochain week-end de golf, par exemple), ou se répéter des affirmations positives (aujourd'hui, je suis meilleur qu'hier) sont autant de moyens de chasser les émotions énergivores.

Tous les lundis, depuis six ans, Hervé Juste se rend aux répétitions de l'ensemble vocal Choeurrisma. " Certains soirs, je quitte le bureau épuisé, mais j'y vais quand même. C'est énergisant pour moi de chanter ", raconte-t-il. Cet intellectuel puise beaucoup de son dynamisme dans le partage d'expériences et de projets avec des gens d'univers et de réseaux très différents. " Les milieux de travail sont des bulles qui, si on s'y limite, peuvent devenir aliénantes ", observe-t-il.

Les gens énergiques comme Hervé Juste et Annick-Isabelle Marcoux ont une vie remplie d'activités variées, sportives et intellectuelles, familiales et sociales. Une vie équilibrée, finalement. Jacques Forest, lui, y voit la clé de la performance : " On récolte la performance - et le bonheur - en s'engageant à fond dans différentes sphères de la vie ", dit-il.

Bruno Ouellette répète souvent qu'il y a " 86 400 secondes dans une journée ". C'est une façon de dire que la gestion de l'énergie est un travail de tous les instants. C'est un mode de vie qui demande un entraînement quotidien.

Échecs

Dans les tournois d'échecs, les joueurs bénéficient d'une pause toutes les deux heures. Sinon, ils ne parviennent plus à se concentrer.

Expérience

Dans cette étude, dont les résultats ont été publiés dans la Harvard Business Review, les sujets ont dû changer leurs habitudes alimentaires et ont été soumis à un programme d'exercice physique, ce qui a eu un impact sur leurs nuits de sommeil. Ils ont également adopté des rituels de récupération, c'est-à-dire une série de pauses plus ou moins programmées au cours de la journée.

Les 4 étapes du cycle de performance dans le milieu sportif :

1. Préparation à la performance

2. Performance

3. Évaluation constructive (feedback)

4. Récupération positive

Endorphines

Les endorphines sont des neurotransmetteurs qui, entre autres, atténuent la douleur, réduisent le stress, contrôlent la respiration et procurent une sensation de bien-être. L'extase des marathoniens, un phénomène bien connu, provient des endorphines sécrétées pendant la course.


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