Le mentorat : une relation gagnante-gagnante

Publié le 08/04/2010 à 17:57

Le mentorat : une relation gagnante-gagnante

Publié le 08/04/2010 à 17:57

Par Aude Marie Marcoux

Deux duos de mentor-mentoré, deux expériences de mentorat. Un point flagrant en commun : les bénéfices mutuels engendrés par leur relation.



Dans le cadre du programme Urgence Leadership du journal Les Affaires, deux mentors et leur protégé ont témoigné de l'impact personnel et professionnel de leur relation dans le cadre d'un déjeuner-conférence.

Ce sont Vivianne Gravel, présidente de LIPSO Systèmes et sa protégée, Géraldine Roy, associée principale chez BNurture, de même que Christian Primeau, vice-président, gestion du service et déploiement, chez Bell Canada et son protégé, Louis Côté, associé chez HINT Innovation.

Une relation gagnante-gagnante
Si les avantages d'une telle relation pour le mentoré sont assez évidents, les mentors présents ont tenu à souligner qu'eux aussi profitaient grandement de l'expérience.

«En tant que mentor, on apprend énormément. Ce n'est pas une relation à sens unique, où le mentor transmet son savoir et où le mentoré apprend. C'est vraiment une expérience très riche», affirme Mme Gravel.

Comment réussir un programme de mentorat? Voici sept conseils pratiques.

1. S'assurer d'un bon jumelage
Le jumelage de Mme Gravel et Mme Roy s'est fait dans le cadre du programme de mentorat de la Jeune chambre de commerce de Montréal.

«J'avais un choix bien défini, note Géraldine Roy. J'avais trouvé son parcours très courageux et je me disais que j'avais probablement beaucoup à apprendre d'une personne qui avait eu cette expérience.»

Mme Gravel, qui se rappelle avoir été très surprise de recevoir une telle demande, entre autres parce qu'elle se trouvait trop jeune, fut donc son premier choix.  «Je crois beaucoup au relationnel. C'est important de voir la personne, de savoir qui elle est, d'où elle vient et ce qu'elle fait», soutient la mentor qui a manifestement eu un intérêt pour sa protégée depuis maintenant trois ans.

Du côté de M. Côté et M. Primeau, leur relation est issue d'une autre initiative de la Jeune chambre, soit de jumeler les gens du comité de direction - M. Côté étant à la vice-présidence entrepreneuriat - avec des membres du conseil des parrains - M. Primeau étant parrain - de l'organisme. «On est issu d'un mariage forcé!», a lancé avec humour le mentor.

2. Tester la chimie
Choix bien défini ou association imposée de l'externe, c'est la première rencontre respective entre les deux duos qui a été déterminante. «L'idée est vraiment de tester la chimie, parce que c'est très relationnel. Il faut se donner l'opportunité d'avoir une première, une deuxième rencontre. Et si on pense que ça n'ira nulle part, il faut être capable de dire si la chimie passe ou pas», conseille M. Primeau.

Admettre et faire part du fait que le courant ne passe pas peut être délicat, mais c'est essentiel. «Les attentes sont très grandes et si tu penses ne pas être capable de remplir ces attentes, je pense qu'il y a une façon gentille et efficace de dire : je ne pourrai pas t'apporter ce que tu recherches », renchérit M. Primeau.

3. Faire preuve d'ouverture
Autre élément essentiel : l'ouverture.  Les thèmes discutés lors des rencontres peuvent être très personnels, parce qu'il y a des choses très personnelles qui se passent dans la vie du mentoré, ou très business, très structurels ou organisationnels.

Ainsi, les premières discussions de M. Côté et M. Primeau portaient sur des sujets plus professionnels, mais au fur et à mesure que leur relation avançait, ils ont abordé des sujets plus personnels. «Je pense que c'est très corrélé au lien de confiance qui s'établit à travers les discussions. Cela prend quelques rencontres pour bâtir progressivement ce lien de confiance et en arriver à avoir des discussions plus personnelles, comme la conciliation travail - vie personnelle», note M. Côté.

«Il faut vraiment être à l'écoute et utiliser ces rencontres comme étant un véhicule ou un environnement qui est non menaçant pour le mentoré, dans lequel tu as le droit de parler d'à peu près tout ce qui se passe et dans lequel ton mentor n'a aucun parti pris», précise M. Primeau.

4. Miser sur l'apprentissage par l'expérience
Contrairement à un coach qui vous accompagne pendant toutes les étapes, en poursuivant des objectifs bien précis, un mentor ne va pas vous dire comment faire les choses, selon Mme Roy. «C'est quelqu'un qui sera disponible si vous avez des questions, si vous voulez profiter de son expérience. Parfois, c'est juste d'écouter », note la mentorée.

Mme Roy dit avoir beaucoup appris de sa mentor. «Cela va au-delà du comment relever les défis. C'est aussi être capable de les relever, de ne pas se décourager. J'ai été témoin de cette attitude positive, de ce courage.»

5. Structurer, mais pas trop
Christian Primeau a été mentor à plusieurs reprises, et les résultats ont été variables. Sa première expérience par exemple fut un désastre. Le mentorat en question s'était fait dans le cadre d'un programme de mentorat très formel dans une grande société.

«On avait des formulaires et on essayait de s'en tenir aux formulaires. On essayait de formaliser la relation de mentorat en suivant un programme. C'était trop formel», a soutenu M. Primeau.

Pour Christian Primeau, c'est au mentoré de donner la direction qu'il souhaite que le mentorat prenne. «Je crois que la responsabilité du mentor est d'être flexible, à l'écoute et de donner l'opportunité au mentoré de prendre la direction de son choix», soutient M. Primeau.

Ce dernier conseille de ne pas trop encadrer la relation dans un programme très structuré, en fixant par exemple le sujet de la première rencontre et celui de la deuxième rencontre, et ainsi de suite...

«La teinte que prend la relation est très dépendante des problématiques que le mentoré va apporter sur la table pour discussion», ajoute M. Côté.

Géraldine Roy de son côté avait besoin d'un certain encadrement lors des premières rencontres. La relation étant nouvelle, elle préparait donc quelques questions afin d'assurer la productivité de leurs échanges. «Mais après, il y a une complicité qui s'installe et il n'y a pas ce besoin d'avoir des questions préparées. C'est plus un partage d'expérience, de ce que tu vis en ce moment», note Mme Roy.

Les deux duos s'entendent toutefois sur les bienfaits d'une certaine structure, d'un programme, quant au mariage initial. Cela peut faciliter la première approche et les chances de réciprocité et de développer des atomes crochus entre les deux participants.

6. Rester neutre
Selon M. Primeau, le succès d'un mentorat interne est par ailleurs lié à la neutralité. Les deux personnes ne doivent pas travailler directement ensemble et elles ne doivent pas être trop proches pour permettre une saine discussion. Le mentoré ne devrait pas avoir peur de parler de son patron ou de ses collègues par exemple.

«Il y a des sujets un peu plus sensibles que je ne pourrais pas aborder par exemple avec les employés ou les gens de l'externe», souligne M. Côté. «J'ai bien sûr mon partenaire Marco et quelques personnes stratégiques avec qui je peux discuter, mais avoir quelqu'un de crédible qui a de l'expérience et l'expertise sur qui tu peux te baser, c'est là qu'il y a vraiment un trou pour un mentor.»

7. Le faire pour les bonnes raisons

«J'ai eu la chance d'avoir plusieurs mentors, de gens très occupés et qui ont du temps à m'accorder et j'en bénéficie beaucoup. Des gens qui ont bien réussi et qui ont pris le temps avec moi. Je me suis dit c'est la moindre des choses aussi de redonner à la société, au moins d'aller voir», relate Mme Gravel.

Si le lien entre Mme Gravel et Mme Roy a évolué au point d'envisager une relation client-fournisseur, la mentorée rappelle qu'il faut avant tout se lancer dans l'aventure pour les bonnes raisons.

Si elle consent qu'il est bien qu'une relation évolue en ce sens, elle soutient que ce ne doit pas être l'objectif final d'une telle démarche. «Il faut garder le but premier du mentorat et si ça sert de prétexte, je pense que c'est voué à l'échec. Et le fait d'avoir une structure peut peut-être éviter de tomber dans ce piège», note la mentorée.

 

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