Le bon vent de Patrick Lemaire

Publié le 24/10/2008 à 18:26

Le bon vent de Patrick Lemaire

Publié le 24/10/2008 à 18:26

Par lesaffaires.com

Au royaume de l'hydroélectricité, Boralex mise sur le vent et les éoliennes pour tripler sa puissance.


En mai, l'entreprise de Kingsey Falls a récolté des contrats dans le cadre de l'appel d'offres de 2 000 mégawatts d'Hydro-Québec pour l'implantation de deux parcs d'éoliennes. Ces mastodontes seront mis en service d'ici la fin de 2013 sur les terres privées de la Seigneurie de Beaupré, qui appartiennent au Séminaire de Québec.

Ce fruit d'un partenariat à parts égales avec Gaz Métro nécessite un investissement d'environ 800 millions de dollars et la venue au Québec du fabricant d'éoliennes Enercon. Si ce projet a l'air audacieux, la stratégie dont il découle l'est encore plus. Dans le cadre d'un plan adopté peu après l'arrivée de Patrick Lemaire à la direction, Boralex entend tripler sa puissance électrique sous contrat et la faire passer de 330 megawatts récemment à 1 000 megawatts d'ici 2012.

La Seigneurie de Beaupré procure à Boralex et à Gaz Métro un total de 272 megawatts. " Nous sommes un peu puristes dans nos calculs, dit Patrick Lemaire en souriant. Nous divisons le chiffre par deux pour obtenir notre part de 136 megawatts. "

Pourquoi Boralex croit-elle au pouvoir des éoliennes au point d'en faire une partie importante de sa croissance ? Il s'agit de tirer profit de ses premiers pas faits au début des années 2000. " Lorsque le momentum éolien a eu lieu en Europe, dit le PDG, nous étions moins présents au Québec. À l'époque, Boralex a saisi l'occasion de se développer en France. Pendant un an ou deux, nous avons été le plus important producteur d'énergie éolienne sur ce territoire. Mais nous avons perdu ce titre en 2007. "

La demande d'Hydro-Québec pour 2 000 megawatts tombait donc à point. " Comme nous avons acquis une expertise avec nos parcs en Europe, ajoute le dirigeant, c'était le bon moment pour revenir ici avec confiance. Nous avions l'expertise nécessaire pour préparer des soumissions gagnantes. "

Afin d'obtenir le meilleur rendement possible des futures installations, le dirigeant admet qu'il a fallu faire quelques sacrifices financiers dans le choix de son fabricant. " Enercon nous fournit une des meilleures technologies du monde, si ce n'est LA meilleure. Elle nous coûte un peu plus cher, mais elle rapportera plus. Nous voulons des éoliennes qui sont disponibles et capables de produire quand le vent est là. Nous utilisons déjà trois types d'éoliennes dans nos parcs. Les rapports de production internes ont montré que les données des éoliennes d'Enercon ne comportent qu'un seul problème : les variations du vent ! "

Qui dit éoliennes dit habituellement opposition politique farouche de la part des habitants des environs, qui craignent la pollution visuelle et sonore. Comment l'équipe de Boralex compte-t-elle gérer cette résistance ? En premier lieu, explique Patrick Lemaire, les parcs de la Seigneurie de Beaupré seront situés à 15 kilomètres de Saint-Tite-des-Caps et à 60 kilomètres de Québec. " Y aura-t-il des protestations ? Peut-être, mais nous ne sommes pas dans la cour de quelqu'un. Si les gens veulent contester en nous disant qu'une éolienne située à un kilomètre de chez eux fait du bruit, je leur répondrai que nous sommes assez loin pour ne pas les déranger. Ceux qui craignent des problèmes de bruit ne souffriront pas d'un impact sonore et verront peu les éoliennes. "

Deuxièmement, le projet se situe à proximité de réseaux électriques, ce qui devrait minimiser l'impact de sa réalisation sur l'environnement. " L'accessibilité au site est déjà aménagée puisqu'il existe un réseau routier pour l'exploitation forestière, souligne le fils de Bernard Lemaire. La majeure partie des routes et des principaux axes sont déjà en place. Nous n'aurons qu'à cons-truire de petites routes qui se rendent aux éoliennes. Nous n'avons pas à raser une forêt à moitié mature. Nous avons de la chance d'avoir trouvé ce site. "

La puissance sous contrat dans la Seigneurie de Beaupré et dans d'autres parcs en Ontario devrait faire croître la puissance installée de Boralex à 500 megawatts. Comment la société peut-elle pousser plus loin et atteindre son objectif de 1 000 megawatts ? Le potentiel est-il bien présent au Québec, royaume de l'hydroélectricité ?

Patrick Lemaire s'avance prudemment sur ce terrain, mais il cache mal que des ambitions exportatrices du gouvernement et d'Hydro-Québec raviraient son équipe. " Le Québec veut-il devenir un exportateur en Ontario et aux États-Unis ? Si oui, l'éolien peut prendre de l'ampleur, dit le dirigeant. C'est un chargeur de piles pour Hydro-Québec et ses grands barrages. Quand il y a du vent, on peut ralentir le passage de l'eau et augmenter le niveau des réservoirs. Sinon, nous pouvons exporter vers des marchés où l'on trouve plus de valeur. "

Boralex ne demanderait pas mieux qu'un feu vert pour multiplier la puissance sur les terres du Séminaire de Québec. " Nous pourrions installer 3 000 ou 4 000 megawatts de capacité sur le site si nous le voulions ", résume Patrick Lemaire.

Toutefois, le dirigeant sent qu'il met le pied en terrain politique et redouble de prudence dans ses réponses. " Je ne dirai pas que le Québec doit devenir le plus grand exportateur du monde. Mais il faut tenir compte de ce qui se passe avec nos voisins du Sud. S'ils veulent acheter plus d'énergie verte, ce sera une occasion pour le Québec, car le potentiel est là. La population laissera-t-elle le développement se produire ? "

Les prix très élevés du pétrole pourraient servir d'argument majeur pour que Boralex vende son énergie " verte ". " Les États-Unis vont souffrir. Ils génèrent encore beaucoup d'énergie à partir de sources traditionnelles. Mais certains États veulent déjà intégrer un pourcentage d'énergie verte dans leur consommation. "

Les éoliennes comportent des risques, comme un coût plus important pour l'énergie. " L'éolien coûte plus cher, reconnaît Patrick Lemaire, mais quand Hydro-Québec sera en mesure d'exporter, les prix seront déjà assez favorables pour le faire. "

Le climat peut aussi mêler les cartes de façon imprévisible, enchaîne le PDG. " Le risque météo, c'est celui du réchauffement de la planète. Si le CO2 transforme notre climat, cela peut avoir un impact sur les vents ou le courant-jet. Mais nous ne savons pas s'il sera positif ou négatif. C'est comme les conséquences de la fonte des glaciers sur l'hydroélectricité. Où ira l'eau ? "

Par ailleurs, la production d'électricité au moyen d'éoliennes est un peu moins constante ou prévisible que celle d'un barrage hydroélectrique. Il faut compter avec un peu plus de temps morts. " Sur une valeur de 100 en matière de temps disponible, calcule Patrick Lemaire, l'hydroélectricité oscille dans les 45 à 60, tandis que l'éolien atteint plutôt les environs de 30. "

Mais les troupes de Boralex jurent qu'elles ont une longueur d'avance sur la concurrence à ce sujet. " Nous visons plus que l'acquisition et le développement d'un projet. Nous l'exploitons et l'optimisons nous-mêmes par la suite. Nous cherchons à développer des percées technologiques, comme la détection de glace, ce qui n'est pas offert par les constructeurs. "

Qu'en pense Daniel Shteyn, analyste financier du courtier Valeurs mobilières Desjardins ? Au-delà des risques habituels de construction, l'analyste souligne que la crise du crédit peut rendre plus difficile le financement de projets importants. C'est pourquoi il met en garde contre la surestimation du potentiel d'une source d'énergie.

Toutefois dans l'ensemble, il qualifie les plans de Boralex d'intéressants du point de vue stratégique. " Avant, rappelle l'analyste, Boralex n'avait presque pas de projets au Canada. Deux tiers de ses actifs étaient en France et le reste était aux États-Unis. Le Canada a repris une place primordiale dans la croissance de l'entreprise, ce qui est important. " Il croit Patrick Lemaire quand celui-ci parle d'éoliennes comme " chargeurs de piles " pour Hydro-Québec. " L'éolien et l'hydroélectricité sont complémentaires et non exclusifs. Le débit d'eau atteint son maximum en été, quand les vents sont faibles. L'hiver, tout gèle et Hydro-Québec génère de l'électricité à partir de réservoirs, mais le vent atteint son maximum. Combinez ces deux phases et vous verrez qu'il y a un effet de stabilisation. Le besoin est là, pour que le secteur privé fasse de l'éolien. "

En fin de compte, les éoliennes ne seraient pas que du vent...

Cet article a été publié dans la revue Commerce en juillet 2008.


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