La formation des leaders, un nouveau service

Publié le 20/11/2008 à 13:19

La formation des leaders, un nouveau service

Publié le 20/11/2008 à 13:19

Par lesaffaires.com
S'il est encore impossible de reprogrammer le cerveau, on peut tout au moins stimuler ses habiletés.

Série 4 de 8

Est-ce que parce que le monde moderne est devenu aussi compliqué qu'on s'intéresse autant à la question du leadership ?

Lorsque le temps est instable, on cherche une personne solide pour tenir le gouvernail, c'est vrai. Quelqu'un de fiable, qui voit loin et qui sait diriger sans pour autant brusquer ses collaborateurs. La définition contemporaine d'un leader.

Il fut un temps où on croyait que ces dispositions étaient instinctives. On l'avait ou on ne l'avait pas. Mais de plus en plus d'experts soutiennent aujourd'hui que ces attitudes peuvent se développer, si on s'y prend comme il faut. Une des approches nouvelles, qui se veut prometteuse, touche la neuropsychologie.

"Il faut nourrir son cerveau", dit Michel Gilbert, docteur en psychologie et cofondateur du Département de psychologie de l'UQAM. À se yeux, il importe de nourrir et de stimuler adéquatement cet organe si on veut en libérer tout le potentiel. "Nous savons maintenant que le cerveau est malléable. On sait mieux quelle zone fait quoi, et l'avancement des technologies nous fournit de plus en plus d'information", dit-il.

M. Gilbert, qui a cofondé l'entreprise PDG Neuronature après ses années d'enseignement à l'UQAM, ne va pas jusqu'à croire qu'on pourra bientôt agir au plus profond de la pensée humaine. "Nous ne sommes pas encore capables de déterminer où et comment se produisent les échanges responsables de la conscience, de la volonté, des attitudes... Et encore, le jour où on saura identifier ces zones, cela ne signifie pas qu'on pourra les modifier." En d'autres mots, si on sait régénérer des circuits dans le cerveau, on est encore loin de pouvoir les programmer.

M. Gilbert le souligne : le cerveau est à la mode. Le leadership aussi. Pas étonnant qu'on se plaise maintenant à conjuguer les deux. Et la quête du leadership mène à toutes sortes de programmes conçus pour aider les dirigeants à améliorer leur jeu. Celui auquel il contribue s'appelle Top Cerveau, avec comme mantra : "Le cerveau est comme un parachute : il fonctionne mieux quand il est ouvert !"

Faire ses gammes

Évidemment, l'ambition d'agir au niveau même des connexions neuronales pour les infléchir, voire pour "fabriquer" un leader exceptionnel, subsiste. "La CIA essaie depuis des années", fait remarquer Vincent Sabourin, directeur du Département de stratégie et de responsabilité sociale à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Pour lui, le savant russe Ivan Pavlov a ouvert la voie quand il a mis en lumière le principe des réflexes conditionnels, à la fin du 19e siècle. Depuis, on avance, souvent à tâtons. "À la limite, on pourrait littéralement reprogrammer des attitudes. C'est peut-être souhaitable, dit-il, mais en vérité, c'est plus que difficile."

En attendant, on peut modeler les attitudes des dirigeants sans chercher pour autant à intervenir au fin fond de leur cerveau. Vincent Sabourin est également responsable du programme Performex, qui veut améliorer la productivité dans les organisations en développant notamment des habiletés de leadership.

"Le leadership demeure lié à une situation concrète, dit-il. À supposer que vous possédiez des compétences, l'essentiel est de les adapter. Pensez à un pianiste aux mains extraordinairement déliées. Les amateurs vont applaudir son talent, en oubliant les heures et les heures de gammes auxquelles il a dû s'astreindre. C'est pareil pour les gestionnaires. Leur succès relève d'un travail constant." C'est pourquoi, à ses yeux, les leaders se fabriquent par les événements qu'ils vivent et dont ils tirent des leçons.

Mais il faut au moins des dispositions fondamentales. "Essayez d'apprendre à faire de la planche à voile en lisant un manuel !" dit Laurent Lapierre, titulaire de la chaire de leadership Pierre-Péladeau de HEC Montréal. "Il faut plutôt commencer sur l'eau, quand il ne vente pas trop. On peut bien enseigner pendant quatre ans l'art du leadership, le succès n'est pas garanti."

Pas une science exacte

Il n'existe donc pas de recette magique, mais la connaissance du fonctionnement de notre matière grise demeure un des objectifs de tous ceux qui s'intéressent à la psychologie du leadership.

Les outils vont se développer d'abord et avant tout parce que la demande ira croissant. Ce qui ne veut pas dire que la psychologie du leadership va devenir du jour au lendemain une science exacte et qu'on pourra choisir la formule idéale pour façonner tel aspect de son leadership.

Mais le seul fait qu'on se penche sur cet enjeu, avec toujours plus de connaissances et d'ambition, montre que les possibilités sont aujourd'hui plus grandes que jamais. S'il est admis que personne ne naît avec tous les attributs d'un leader, l'espoir est de mise pour les personnes qui entendent le devenir.

Revaloriser l'instinct

"Je note une tendance dramatique chez les dirigeants, note Michel Gilbert, psychologue et cofondateur de l'entreprise PDG Neuronature : en devenant trop logiques à force de normes et de rapports, ils perdent leur instinct, leur intuition, leur créativité. Or, il ne peut y avoir de leadership sans créativité. Il ne s'est pas produit beaucoup de découvertes exceptionnelles à partir de déductions purement logiques", affirme-t-il. Pas de doute à ses yeux : il faut donc réveiller le cerveau, "lui redonner une marge de manoeuvre, et arrêter de l'appauvrir en le surspécialisant."

Michel Gilbert offre ce qui est, à ses yeux, une clé pour le déverrouiller : reconnaître l'importance des sens. "Bien avant les émotions, ce sont les sens qui importent, parce qu'ils nourrissent la créativité, dit-il. Les entrepreneurs créatifs savent où ils vont avant même de pouvoir l'expliquer. Dans le même esprit, ceux qui regardent les attitudes corporelles des autres apprennent davantage qu'en les écoutant."

Cet article a été publié dans le Journal Les Affaires le 22 novembre 2008.

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