«Je n'ose pas demander de l'aide à mes collègues...»

Publié le 08/11/2022 à 07:30

«Je n'ose pas demander de l'aide à mes collègues...»

Publié le 08/11/2022 à 07:30

Par Olivier Schmouker

Demander de l'aide, c'est surmonter certaines peurs... (Photo: 123RF)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudis. Vous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «On m’a récemment donné davantage de responsabilités, ce qui me demande d’utiliser des compétences que je ne maîtrise pas complètement. Je m’en sortirais mieux si des collègues me donnaient un coup de main, mais je n’ose pas le leur demander. Ça enverrait le message que je ne suis pas à la hauteur…» – Lucas

R. — Cher Lucas, vous mettez le doigt sur un sujet sensible. Il y a en effet mille et une mauvaises raisons de ne pas demander de l’aide à ses collègues lorsqu’on en a pourtant terriblement besoin:

– On peut craindre de devoir rembourser la faveur accordée, sans savoir ce que l’autre pourrait bien nous demander à ce moment-là.

– On peut avoir peur de mettre l’autre dans une position inconfortable: s’il avait vraiment le choix, il dirait «non» (pas le temps, pas la bonne personne pour l’aide demandée, etc.), mais là, de peur par exemple de passer pour un sans-cœur, il ne peut faire autrement que de dire «oui».

– On peut encore, comme dans votre cas, semble-t-il, redouter de montrer aux autres qu’on a besoin d’eux, de passer pour quelqu’un d’incompétent.

Résultat? Celui qui a vraiment besoin d’un coup de main n’ose pas demander. Et celui qui pourrait aider n’ose pas non plus proposer son aide, de peur de vexer l’autre, de passer pour quelqu’un d’arrogant, ou bien de mettre la main dans une machine qui va lui avaler le bras entier. On tombe dès lors dans le «piège de l’attentisme», si courant et dommageable, où personne n’ose faire le premier pas alors que les deux ne rêvent que de ça.

Comment s’extraire d’un tel piège? La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un moyen d’y parvenir. C’est du moins ce qui ressort d’une récente étude pilotée par Roland Bénabou, professeur d’économie à l’Université de Princeton, aux États-Unis.

Le chercheur français et son équipe ont concocté un modèle de calcul permettant d’évaluer la meilleure attitude à adopter dans différents cas de figure où une personne se doit de demander de l’aider à autrui. Par exemple, ce modèle de calcul permet de découvrir les conditions à réunir pour qu’un adolescent qui demande un ordinateur puissant à ses parents obtienne ce qu’il souhaite. Autre exemple: les conditions gagnantes pour une start-up qui a besoin d’argent, lorsqu’elle mène une opération de financement participatif (crowdfunding, en anglais).

Donc, dans le cas d’un coup de main au travail que l’on n’ose pas demander, le modèle de calcul de Roland Bénabou et son équipe met au jour plusieurs choses fort intéressantes:

– Remédier à l’incertitude. En général, celui qui a besoin d’aide ne sait pas comment l’autre va réagir, et inversement, celui qui est prêt à offrir son aide ne sait pas comment l’autre va réagir si jamais il abordait le sujet. Et c’est la paralysie, le piège de l’attentisme. D’où l’intérêt d’oser faire un premier pas timide. Par exemple, évoquer le sujet avec l’autre avec une phrase du genre: «T’est-il déjà arrivé de donner un coup de main à un collègue?» Comme ça, on peut savoir si le terrain est favorable, ou pas.

– Faire vibrer une corde sensible. Celui qui a besoin d’aide doit identifier la personne la plus à même de l’aider, soit celle qui est en mesure d’aider et qui est susceptible de dire «oui». Cela fait, elle doit l’approcher en veillant à faire vibrer chez elle une corde sensible: par exemple, jouer sur son empathie, ou bien souligner le fait que son coup de main aura nécessairement un impact positif sur sa réputation.

– Passer par un intermédiaire. Si jamais la difficulté à surmonter est avant tout la peur de demander, il peut être bon de passer par un intermédiaire neutre. Comme ça, on évite le sentiment de gêne, pour ne pas dire de honte.

Voilà, Lucas. Ces quelques pistes méritent d’être explorées, sachant que le plus dur, me semble-t-il, est d’oser s’ouvrir franchement aux autres. Oui, aujourd’hui, vous avez besoin d’aide, mais retenez que ça n’a rien de honteux, que ça peut même donner l’occasion à l’un de vos collègues d’avoir la joie d’aider. Et n’oubliez pas que demain, ce sera à votre tour de donner un coup de main, et d’en tirer une grande satisfaction.

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