Et si vous déterminiez votre salaire ?

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Septembre 2016

Et si vous déterminiez votre salaire ?

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Septembre 2016

[Photo : Shutterstock]

Il est rare de parler de son salaire et de la valeur de son travail entre collègues. Pourtant, ce silence engendre souvent des non-dits et des tensions au sein d'une organisation. Percolab, une firme spécialisée dans l'accompagnement des entreprises dans leur processus de transformation et d'innovation, a expérimenté une nouvelle approche de rémunération pour faire tomber les tabous touchant ces questions, tout en accordant un pouvoir d'agir à ses associés.

En décembre 2015, la PME de Montréal a aboli les salaires fixes pour laisser ses équipes, sur chacun de leur projet, déterminer la manière dont ils seront payés. À chaque nouveau mandat, les employés concernés discutent et négocient entre eux pour indiquer dans une entente la répartition du budget ou la façon dont leur travail sera rétribué : tarif forfaitaire, pourcentage sur les revenus ou tarif horaire.

À lire aussi : Les employés veulent avoir le choix

«Avoir une conversation explicite sur l'argent, ça nous permet de repérer les tensions», dit Elizabeth Hunt, associée chez Percolab. Bref, finies les conversations de couloir ou les rumeurs qui exacerbent les frustrations relatives aux salaires.

Pour Samantha Slade, cofondatrice de Percolab, ce modèle réunit les avantages d'être salarié et ceux d'être travailleur autonome, soit ceux d'avoir une stabilité et une certaine sécurité d'emploi, tout en ayant la liberté et le pouvoir de choisir et de négocier ses mandats. La dizaine de collaborateurs externes auxquels l'entreprise fait appel lors de plus gros contrats ne participent pas à ce mode de rémunération autogéré : celui-ci est réservé aux huit associés du bureau montréalais et aux deux associés du bureau de Saint-Martin-de-Londres, en France.

Dépersonnaliser la proposition

Pour structurer la discussion, l'entreprise a adapté pour la rémunération un protocole de décision intégrée d'autogestion. Lorsqu'un membre de l'équipe émet une proposition au cours d'une discussion, chaque autre membre est invité à se prononcer, à commenter ou à demander des clarifications ; puis, la personne qui a lancé l'idée la retouche à l'aune de ce qui a été exprimé. La prise de décision ne se fait pas par consensus, mais par consentement. «On dépersonnalise la proposition, explique Samantha Slade. On se demande si la proposition créerait un risque ou nous ferait reculer. Si la réponse est non, ça suffit. La décision est assez bonne.»

Selon elle, les travailleurs de Percolab ont ainsi développé leur capacité à prendre part, de manière constructive, à une conversation difficile sans chercher à gagner. «Les gens commencent à être plus clairs sur ce qui est pour eux non négociable et sur quoi ils sont prêts à lâcher prise», souligne-t-elle.

«Les gens sont amenés à exprimer une opinion sur quelque chose qui les touche. Et ça, c'est toujours bénéfique, que ce soit au sujet de leur salaire ou d'autre chose», commente Jacques Forest, CRHA, psychologue et professeur titulaire à l'ESG UQAM. Il rappelle aussi que les travailleurs sont en mesure de tolérer un écart salarial lorsque celui-ci est équitable et justifié.

Samantha Slade a constaté que la démarche a amélioré chez les associés leur compréhension de la gestion de l'entreprise ainsi que leur littératie financière. À titre d'exemple, elle évoque que, lorsque la nouvelle approche a été instaurée, la plupart de ses collègues croyaient à tort que l'on pouvait dépenser dans un projet les taxes facturées à un client. «Quelqu'un qui n'a jamais été en gestion ou sur l'arrière-scène d'une organisation n'a pas l'occasion de vraiment comprendre et connaître ces principes de base», indique-t-elle.

La même information pour tout le monde

Chez Percolab, la transparence est devenue un mot d'ordre. La somme versée à un associé est dévoilée par défaut aux personnes qui collaborent au même projet, mais toutes celles qui travaillent dans l'entreprise peuvent aussi connaître cette information. La PME utilise un système en ligne où tous les membres du personnel entrent les données relatives à leur mandat, dont celles de la facturation et de la répartition du budget.

«Personne n'a accès à plus d'informations que les autres, précise Mme Slade. Donc, on a tous une vue d'ensemble de nos finances.» Elizabeth Hunt apprécie cette transparence : «Je trouve que ça égalise beaucoup les dynamiques de pouvoir», observe-t-elle.

Aux yeux de Samantha Slade, leur nouvelle façon de faire a incité les associés à s'engager davantage dans leur travail et à consacrer des efforts supplémentaires dans le développement des affaires. Elle affirme que les revenus de l'organisation ont augmenté de 20 % depuis le début de l'expérience, avec près de 200 contrats réalisés dans la dernière année.

«La façon dont j'interprète ces effets bénéfiques, c'est qu'on redonne le pouvoir aux individus dans un climat de confiance», commente Jacques Forest. Selon lui, la transparence satisfait les besoins d'autonomie et d'affiliation sociale des personnes.

«Lorsque vous divulguez toute l'information, cela donne le goût aux gens de s'investir. Vous leur accordez de l'autonomie, car ils s'impliquent à leur façon avec toute l'information possible. Leur compétence peut s'exprimer. Et comme il n'y a pas de cachettes, de non-dits ou de jeux politiques et que tout est sur la table, ça facilite l'aisance dans les rapports sociaux», dit-il.

Un article scientifique, que Jacques Forest a cosigné en 2015 dans le Scandinavian Journal of Psychology, conclut d'ailleurs que la procédure mise en place pour déterminer une rétribution a plus d'influence sur la motivation que la quantité d'argent versé.

RÉMUNÉRATION

Série 1 de 2. Des exemples d'entreprises qui revoient leurs stratégies de rémunération pour fidéliser et stimuler leurs employés.

À lire aussi : Les employés veulent avoir le choix

 

 


image

DevOps

Mercredi 11 septembre


image

Gestion du changement

Mardi 17 septembre


image

Gestion de l’innovation

Mercredi 18 septembre


image

Usine 4.0

Mardi 24 septembre


image

Marché du cannabis

Mercredi 23 octobre


image

Service à la clientèle

Mercredi 23 octobre


image

Communication interne

Mardi 26 novembre


image

Marché de l'habitation

Mercredi 04 décembre


image

Gestion de la formation

Jeudi 05 décembre


image

Sommet énergie

Mardi 21 janvier


image

Santé psychologique

Mercredi 22 janvier


image

Contrats publics

Mardi 28 janvier

Sur le même sujet

Comment (enfin) savourer vos congés d'été?

21/06/2019 | Olivier Schmouker

BLOGUE. C'est qu'étrangement les Québécois ont le chic pour... rater leurs vacances!

Le conseil oublié d'Einstein pour être heureux au travail!

17/06/2019 | Olivier Schmouker

BLOGUE. Il a été déniché dans des notes rédigées au Japon en 1922 et dévoilées seulement en 2017...

À la une

Le G7 Finances fait un pas vers la taxation des géants du numérique

15:31 | AFP

Le G7 s’est aussi entendu sur « pour instaurer une taxation minimale à l’impôt sur les sociétés ».

FaceApp aspire vos données, mais ce n'est pas la seule

15:15 | AFP

Outre le fait que la société est russe, sont en cause les conditions générales d’utilisation.

États-Unis: mises en garde sur la populaire application russe FaceApp

10:49 | AFP

Un sénateur appelle la police à enquêter sur les «risques pour la sécurité nationale et la vie privée».