Et si vous arrêtiez les évaluations annuelles de la performance...


Édition du 10 Décembre 2016

Et si vous arrêtiez les évaluations annuelles de la performance...


Édition du 10 Décembre 2016

Par Olivier Schmouker

[Photo : 123RF/adiruch]

Qui dit fin d'année dit évaluation individuelle de la performance des employés. Et donc, une grosse dose de stress pour tout le monde : pour l'employeur, qui croise les doigts en espérant que les primes accordées ici et là vont relancer la productivité globale ; pour l'employé, qui s'inquiète à l'idée que ses efforts ne soient pas reconnus à leur juste valeur.

Un tel stress est-il payant ? La réponse est «non» dans la vaste majorité des cas. Un sondage mené l'an dernier en Amérique du Nord par le cabinet-conseil Willis Towers Watson montre que :

> 55 % des employeurs considèrent que ces évaluations individuelles leur sont «inutiles» ;

> 65 % des gestionnaires estiment qu'elles sont «sans intérêt» pour eux ;

> 68 % des employés pensent aussi qu'elles sont «sans intérêt» pour eux.

Ce n'est pas tout. Près du tiers des employeurs interrogés reconnaissent qu'ils ne regardent même pas si les évaluations individuelles de la performance ont été bien faites ! Autrement dit, il n'en tient aucun compte. Cela ne l'intéresse pas une seconde.

Pourquoi ça ? Parce que ces employeurs-là considèrent que les évaluations faites aujourd'hui «ne collent ni à la réalité ni aux besoins futurs de l'entreprise». Ce qui ne surprend guère Leen Sawalha, blogueuse et consultante en ressources humaines, du cabinet-conseil montréalais AtmanCo : «Il suffit d'un rien pour qu'une évaluation de la performance n'aboutisse à rien : une mauvaise relation entre le gestionnaire et l'employé, une grille d'évaluation inadaptée, etc. C'est alors une perte de temps et d'argent, voire de confiance de l'évalué envers son évaluateur et peut-être même envers son employeur», dit-elle, en soulignant que «le risque est alors de voir prédominer le cynisme au sein de l'organisation».

Revoir les grilles d'analyse

La question saute aux yeux : convient-il, dès lors, d'arrêter immédiatement d'effectuer des évaluations de la performance en bonne et due forme ? Une interrogation d'autant plus pressante que nombre d'entreprises ont d'ores et déjà franchi le pas en ce sens ; les cabinets-conseils Accenture et Deloitte, par exemple, n'en font plus depuis maintenant deux ans, et ne semblent pas s'en porter plus mal pour autant. Ils ont ainsi suivi un mouvement amorcé par, entre autres, Microsoft, Adobe, Gap et Medtronic.

«Les évaluations sont un outil nécessaire au travail du gestionnaire, pourvu, bien sûr, que cet outil soit bien fait et bien manié, estime quant à elle Josée Marcotte, présidente d'Émergence, une firme de Granby spécialisée dans la gestion des talents. En effet, cela peut permettre de déterminer des voies de développement pour l'employé, ou a contrario des zones de défaillance à surveiller de près pour éviter tout dérapage professionnel [comme une compétence pas assez bien maîtrisée].»

D'après Mme Marcotte, le préjugé selon lequel les gens n'aiment pas être évalués ou n'aiment pas recevoir de rétroaction est erroné : «Ce qu'ils n'apprécient pas, c'est d'être évalués injustement, en fonction de critères peu représentatifs de leurs propres valeurs au travail», dit-elle.

Comment corriger le tir ? Une simple recommandation, provenant des experts de Willis Towers Watson : priser le dialogue continuel, c'est-à-dire ne pas se contenter d'un entretien annuel ou même bisannuel, mais viser de multiples et fréquentes rencontres tout au long de l'année ; et ce, en recourant, au besoin, aux nouvelles technologies (par exemple, les logiciels de reconnaissance, d'engagement). «L'important, c'est que chacune de ces rencontres donne un sens au travail de celui qui est évalué, ce qui se produit si, et seulement si, la grille d'analyse colle parfaitement à l'ADN de l'entreprise», ajoute Mme Marcotte.

→ D'après l'étude «2015 Talent Management and Rewards Pulse Survey», de Willis Towers Watson, 26 % des employeurs envisagent le plus sérieusement du monde d'abandonner leur politique d'évaluation individuelle de la performance.

→ Selon la même étude, 11 % des employeurs interrogés envisagent d'abandonner toute forme d'évaluation.

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