Appelez-moi Bernard

Publié le 18/02/2010 à 15:15

Appelez-moi Bernard

Publié le 18/02/2010 à 15:15

Par lesaffaires.com

Bernard Lemaire a l'entrepreneuriat dans le sang. Il a fondé Papiers Cascades avec son frère Laurent, en 1964, et a présidé ce géant québécois jusqu'en 1992.


Voici le premier article d'une série de cinq qui va vous présenter des hommes et des femmes au vécu entrepreneurial exceptionnel. Leurs histoires, et surtout leur leadership, ont façonné et continuent d'influencer le Québec. Cette semaine, entrevue avec Bernard Lemaire.

C'était vers la fin des années 1980. Le président de Cascades, Bernard Lemaire, me faisait faire la tournée de l'usine de Kingsey Falls alors que nous tournions un documentaire sur l'économie québécoise. Entre deux explications, un contremaître s'approche et lui désigne une machine à papier qui fonctionne mal. Bernard Lemaire s'excuse, enlève son veston et se dirige vers la machine devant laquelle il s'accroupit. Les ouvriers lui parlent, ils discutent, ils ont l'air de s'entendre et se donnent la main. Le contremaître revient avec son président vers la caméra et lui dit tout bonnement : " Merci, Bernard ".

Cascades était déjà une grande entreprise, mais son président se mêlait de problèmes techniques. " Les gars aiment bien me parler et j'aime voir comment cela se passe. Je les connais, les machines. Mais ce n'est pas moi qui vais la réparer ! ", nous dit-il.

Cascades a été une des premières entreprises québécoises à avoir instauré un régime de participation des employés aux bénéfices. Elle portait déjà le sceau de l'aîné des frères Lemaire. Un leader, un vrai, plus à l'aise dans l'action que dans la dissertation. Encore aujourd'hui, il parle de Cascades avec fierté et émotion.

La fierté d'un entrepreneur-né

Les Affaires - Si on vous avait dit aux débuts de Cascades que l'entreprise atteindrait la taille qu'elle a aujourd'hui, comment auriez-vous réagi ?

Bernard Lemaire - J'aurais dit : " C'est impossible. " Jamais je n'aurais pensé que j'aurais parlé un jour de milliards de dollars ! Avant, lorsque nous avions fait un million, dix millions, puis cent millions, c'était énorme. Aujourd'hui, on parle de milliards, parce que Cascades, c'est quatre milliards de chiffre d'affaires. J'en suis bien fier.

L. A. - Vous avez raison d'en être fier, parce que vous y avez joué un rôle important. Je présume que vous allez parler de votre équipe, de vos frères, mais comment évaluer votre rôle dans cette évolution ?

B.L. - J'ai eu un héritage : je suis né entrepreneur. J'ai toujours voulu être entrepreneur. J'ai commencé à passer les journaux à 10 ans. Par la suite, quand j'ai commencé mon cours d'ingénieur civil, ce n'était pas pour devenir ingénieur : je voulais devenir entrepreneur en construction, construire des routes, des ponts, etc. Dans la famille, j'étais celui qui voulait pousser. Ce que j'aime, ce sont les projets, voir comment nous pouvons nous développer, quels créneaux nous devons privilégier. Il y a eu mes frères, surtout Laurent, qui me calmaient. Je voulais toujours aller plus loin, aller plus vite. Laurent me modérait. Alain, de son côté, a plus le sens de l'entrepreneur. Ensemble, nous avons fait une bonne équipe pour créer ce qu'est devenue Cascades.

L. A. - Comment avez-vous fait tout au long de cette période, pour que les gens autour de vous disent : " Ça va, on embarque avec lui ".

B.L. - J'ai le sens de l'équipe. Je savais ce que je voulais faire, mais je savais qu'avec une équipe, nous pouvions aller beaucoup loin. Créer une entreprise, c'est cela.

L. A. - Comment avez-vous convaincu vos gens ?

B.L. - Nous avons toujours été très engagés avec les employés, avec plein de fêtes et d'organisations, des parties de balle... nous participions beaucoup. Cela a été une de nos forces, de nous mêler à notre monde, mais cela exige de longues journées. Dans le temps des fêtes, cela commençait au début décembre, avec des parties les deux soirs des fins de semaine. J'y allais en disant " Ouf... ", mais j'avais du plaisir une fois arrivé sur place. J'étais capable de parler en profondeur de l'entreprise aux employés, quel que soit leur métier. On pouvait jaser, avec une petite bière dans le corps, ça aidait ! Et si quelque chose n'était pas à leur goût, ils me le disaient. Cette atmosphère de participation a permis de réaliser de belles choses.

PLUS: LA SUITE DE L'ENTREVUE: D'ABORD MOTIVER LES GENS

PLUS: EXTRAITS DE NOTRE ENTREVUE VIDÉO

 

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