Un t-shirt intelligent issu de la rencontre entre un entrepreneur et une chercheuse


Édition du 22 Octobre 2016

Un t-shirt intelligent issu de la rencontre entre un entrepreneur et une chercheuse


Édition du 22 Octobre 2016

Par Benoîte Labrosse

Frédéric Chanay, cofondateur d’OMSignal. Il a donc fait appel au savoir-faire de Joanna Berzowska, fondatrice du XS Lab à l’Université Concordia.

Dans certains domaines d'avant-garde, les entrepreneurs qui pensent avoir repéré un bon filon n'ont d'autre choix que de se tourner vers les universitaires pour mettre au point leur produit.

«Dès 2011, nous étions convaincus que l'avenir des technologies biométriques était dans le textile, mais nous n'y avions aucune expertise, indique Frédéric Chanay, cofondateur de la start-up montréalaise OMSignal. Le secteur des textiles intelligents n'existait pas commercialement ; les seules personnes qui travaillaient dans ce domaine étaient dans les universités.»

C'est pourquoi, après avoir lu son nom dans un livre sur le sujet, Frédéric Chanay et son partenaire Stéphane Marceau ont communiqué avec la professeure Joanna Berzowska, fondatrice et directrice de recherche du XS Labs, le studio de recherche en textiles électroniques et intelligents de l'Université Concordia. «Nous sommes allés prendre un café ensemble. Alors que je lui expliquais notre plan d'affaires, elle m'a dit : "Effectivement, je pense que le moment où la technologie peut sortir du laboratoire pour être commercialisée est arrivé".»

R-D sur mesure

Si Mme Berzowska n'avait à l'époque jamais développé un tissu adapté à leur idée de t-shirt qui recueille les données biométriques - rythme cardiaque, respiration, etc. -, elle cumulait plus de 20 ans de recherche sur les textiles intelligents. Elle avait même déjà fondé une entreprise dans ce domaine à Boston au tournant des années 2000, sans toutefois commercialiser de vêtements. «Je n'avais jamais fait un produit comme celui que voulaient Stéphane et Frédéric, mais mes expérimentations me donnaient l'idée que ce serait possible», explique-t-elle.

Rapidement entrée chez OMSignal à titre de directrice de textiles intelligents, la professeure Berzowska a donc travaillé à mettre au point un prototype de chandail dans lesquels les capteurs sont intégrés directement dans le tissu grâce à du fil d'argent. D'autres équipes ont développé en parallèle le boîtier servant à analyser les données et l'application pour les lire.

«Ce qui était très frustrant, c'est que nous abandonnions les idées plus rapidement que ce dont j'avais l'habitude, se souvient la chercheuse. À l'université, nous pouvons passer trois mois à examiner une possibilité, alors qu'en entreprise, si nous faisons un essai durant deux semaines et que ça ne marche pas, il faut passer à autre chose.»

Un nouvel état d'esprit

Un constat qui ne surprend pas Xavier-Henri Hervé, fondateur et directeur de District 3, le centre d'innovation et d'entrepreneuriat de l'Université Concordia. «L'un des plus grands défis des chercheurs est de se mettre dans un nouvel état d'esprit, note-t-il. Ils doivent faire abstraction de leurs idées universitaires et se mettre dans la tête du client, quitte à changer un peu le produit. Et ils doivent travailler afin qu'autant les gens du marketing que les banquiers soient contents.»

Pour bien des chercheurs, l'adaptation aux impératifs du marché n'est pas naturelle. «J'ai trouvé ça un peu frustrant que certaines décisions soient prises par des gens qui n'avaient pas les mêmes connaissances que moi dans ce domaine, raconte Joanna Berzowska. Ils prenaient des décisions d'affaires basées sur la survie de la compagnie, alors qu'à l'université, j'aurais pu poursuivre des idées moins "pratiques" qui, parfois, peuvent devenir des produits à succès.»

Une attitude d'ouverture est alors essentielle. «C'est une chose de s'entourer d'un contexte multidisciplinaire, mais c'en est une autre d'écouter, de respecter et d'intégrer les priorités et les agendas, et les besoins de tous les types de personnes impliquées», fait valoir M. Hervé.

Production de masse et crédibilité

La première percée commerciale d'OMSignal s'est enclenchée un peu par hasard quand David Lauren, fils du célèbre Ralph Lauren, a abordé Frédéric Chanay après sa présentation d'un prototype du chandail biométrique dans une conférence new-yorkaise. «Quand je suis descendu de la scène, il est venu me voir et m'a dit : "Il faut absolument qu'on fasse quelque chose ensemble".»

Il s'en est suivi près de trois ans de travail en vue de développer un produit répondant aux standards élevés de la marque américaine, mais également aux exigences des usines de fabrication. «Beaucoup de grandes entreprises ont fait des prototypes de vêtements intelligents et annoncé des produits sans jamais les lancer, fait remarquer M. Chanay. Ce qui est très difficile, c'est de les rendre manufacturables dans un environnement de masse avec un très haut niveau de qualité et un très bas coût.» Sans oublier la facilité d'entretien et la résistance aux lavages répétés.

La professeure Berzowska et son équipe y sont parvenues, et Ralph Lauren a testé un prototype à l'occasion du US Open de 2014. Celui-ci a reçu un accueil enthousiaste. Le Polo Tech a été officiellement lancé à l'édition suivante du tournoi.

«Ça nous a apporté une grande crédibilité auprès des autres compagnies de vêtements, déclare le cofondateur. Depuis qu'on a travaillé avec eux, les gens de l'industrie de la mode ne remettent plus en question notre habileté.» Ce qui explique sans doute l'engouement pour leur nouveau produit, un soutien-gorge «intelligent» lancé il y a quelques semaines.

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