Le lab: La créativité, c'est quoi au juste ?


Édition du 09 Novembre 2013

Le lab: La créativité, c'est quoi au juste ?


Édition du 09 Novembre 2013

Par Olivier Schmouker

Gaëtan Namouric. Photo: Jérôme Lavallée

J'ai eu une drôle d'idée : faire, un jour, une entrevue autrement, où la personne interrogée se poserait elle-même les questions. Les questions que personne n'a jamais osé lui poser. Bref, faire faire à quelqu'un son «auto-Q&R».

Quand je lui en ai parlé, Gaëtan Namouric, 39 ans, s'est exclamé : «Quoi ? ! Tu veux balancer une grenade dans mon bureau et te tirer avant que ça pète ?» Le directeur de la création de l'agence de publicité Bleublancrouge - que nombre de ses pairs reconnaissent être l'une des plus créatives du Québec - a réfléchi deux secondes et a dit : «OK, ça me tente !» Voici le résultat...

Gaëtan Namouric - Dis-moi, Gaëtan, tu ne t'étonnes pas que la créativité soit omniprésente dans les discussions d'affaires ?

Gaëtan Namouric - Non. Primo, parce que la créativité est un éternel mystère. Si la productivité ou la rentabilité sont faciles à définir pour nous tous, l'idée, elle, est plus floue. Par exemple, une idée doit-elle changer le monde ou simplement notre perception ? Doit-elle être une rupture avec le passé ou juste une amélioration ? À toutes ces interrogations, les gens d'affaires - en quête de clarté - cherchent une réponse universelle... qui n'existe pas. Secundo, parce qu'il y a un star-system de la créativité - Jobs, Branson, Obama... -, autant de vedettes qui donnent l'impression de détenir une vérité à laquelle nous n'aurons jamais accès. Ces stars jouent un rôle nocif : elles intimident plus qu'elles ne guident.

G.N. - Mystère. Star-system. Pourtant, moi, je dois être créatif tous les jours au travail, comme beaucoup de gens...

G.N. - Pour être bien franc, Gaëtan, nous sommes tous victimes d'une dictature de la créativité. C'est comme si elle était devenue une métadiscipline maîtresse de toutes les autres. Or, la créativité est une qualité qui vaut celles d'être organisé, didactique, érudit ou rassembleur : si l'on ne demande pas à tout le monde d'être un bon comptable, ne demandons pas à tous d'être créatifs.

G.N. - Euh... Tu veux dire que nous ne sommes pas tous capables de créativité ?

G.N. - C'est ça. Tout le monde n'a pas accès au monde des idées... et ce n'est pas grave. Certains ont cette disposition comme d'autres ont une bonne mémoire ou une grande capacité d'analyse. Pour une personne créative, une idée est une succession de gestes logiques, tandis que les personnes logiques croient souvent que la créativité est un monde à part, imaginaire.

G.N. - Mais... mais j'aimerais tant, un jour, que m'arrive un coup de génie !

G.N. - Je comprends, Gaëtan, mais personne ne sait comment il arrive. Il y a beaucoup de mythes à son sujet. Un exemple : le fantasme du brainstorming - où c'est en réalité le plus bavard qui gagne, pas le plus créatif. Et aussi celui du flash sous la douche. En fait, une bonne idée est toujours un bébé prématuré qui a peu de chances de survie. Il lui faut alors de l'amour (prodigué par l'idéateur), des soins (le savoir et le talent) et une couveuse (les outils et les processus). Le plus grand défi est de protéger cette idée, à tout prix, en dépit parfois du bon sens ou des statistiques.

G.N. - De l'amour ?

G.N. - La créativité, c'est la capacité à rester naïf, comme un amoureux. Après mille revers, il faut y croire encore. Les bons idéateurs - quels que soient leur âge et leur domaine - sont des gens émerveillés et curieux de tout. Ils se questionnent beaucoup. Ils sont à l'aise dans le flou - ne parle-t-on pas de flou artistique ?

G.N. - Et toi, te poses-tu encore beaucoup de questions sur la créativité ?

G.N. - À ton avis ?

G.N. - Ce n'est pas une réponse, ça !

G.N. - C'est vrai, mais la créativité n'est pas une réponse. C'est une question.

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