La clé de la réussite en développement durable

Publié le 07/11/2009 à 00:00

La clé de la réussite en développement durable

Publié le 07/11/2009 à 00:00

Par Claudine Hébert

Les efforts de Victoriaville pour développer une économie verte ne datent pas d'hier. Reconnue comme une pionnière en matière de recyclage et de gestion des matières résiduelles, la Ville a fait du développement durable un moteur important de son activité économique. Au fil des ans, plusieurs de ses entreprises se sont ainsi forgé une expertise dans le domaine des technologies et des méthodes de récupération ou de valorisation. Expertise qui a d'ailleurs permis à la région de se voir attribuer le créneau d'excellence Technologies et systèmes logistiques de récupération et de valorisation des matières résiduelles industrielles et municipales, dans le cadre du programme ACCORD du gouvernement du Québec. Ceci dit, la conscience verte n'est pas l'affaire que d'un secteur. Le bois ouvré et la fabrication de machinerie font, eux aussi, de l'environnement une priorité. Voici cinq entrepreneurs en développement durable qui illustrent bien le caractère entrepreneurial de la région.


GAUDREAU ENVIRONNEMENT


La décision de prioriser le marché local a été payante


Depuis un an, Gaudreau Environnement traverse la tempête économique comme si de rien n'était. Ce leader québécois en gestion de matières résiduelles, établie à Victoriaville, s'est doté d'une nouvelle usine de tri pour les plastiques transformés et d'un nouveau siège social, un investissement de 5 millions de dollars.

 

L'entreprise veut aussi croître par des acquisitions. Elle a récemment acquis Tri-Recy, une société de Bécancour spécialisée dans la location de conteneurs à déchets et dans la collecte de résidus provenant de la construction et de la démolition. Elle a d'autres cibles en vue.

 

La recette du succès ? " Une vision à long terme et le développement de partenariats avec nos clients ", répond tout simplement John Izzi, directeur général de Gaudreau Environnement. Pendant que la compétition vendait au prix fort ses tonnes de matières recyclées au marché asiatique, Gaudreau Environnement a plutôt choisi de vendre ses matières à prix réduit au marché local... en échange de contrats à long terme. " Lorsque le marché des matières s'est effondré l'an dernier, nos partenaires ont dû respecter les ententes établies ", explique M. Izzi.

 

Un tournant majeur


Depuis son arrivée, en 2004, ce gestionnaire spécialisé en environnement a donné des ailes à l'entreprise familiale dont les premières collectes de déchets remontent à 1958. En moins de cinq ans, le chiffre d'affaires a triplé. L'entreprise est devenue l'une des rares à récupérer et recycler un maximum de matières, dont la styromousse, les sacs d'épicerie et les contenants de plastique d'huile à moteur.

 

Le nombre d'employés est passé de 125 à 350 et devrait atteindre 400 à la fin de 2010. Une expansion liée aux futures acquisitions ainsi qu'à l'évolution du centre de tri et l'usine de recyclage qui parvient à valoriser plus de 65 % des matières résiduelles de la population de Victoriaville.

 

Responsable de plus de 80 % de la collecte des matières résiduelles dans la région des Bois-Francs, Gaudreau Environnement a l'intention d'en faire de même pour tout l'Est de la province. Déjà présente dans la région de Québec (où elle détient plus du tiers du marché de la collecte des matières des secteurs industriels, commerciaux et institutionnels) et de Charlevoix, Gaudreau a la Beauce, le Bas Saint-Laurent et la Gaspésie dans sa mire. " On aime les marchés composés de petites municipalités. Des marchés où les contacts et le service sont personnalisés ", résume John Izzi.

 

Gaudreau Environnement ne cache pas qu'elle lorgne aussi le marché des Maritimes et une partie de celui du Nord-Est américain. Des premiers pourparlers ont déjà eu lieu entre l'entreprise de Victoriaville et certaines municipalités du Vermont et du New Hampshire.

 

( PROFIL )


Entreprise: Gaudreau Environnement

Activité: Gestion des matières résiduelles

Siège social: Victoriaville

Employés: 350, dont 188 à Victoriaville

Chiffre d'affaires: n.d

Marché: Québec

Actionnaire: Daniel Gaudreau

Année de fondation: 1958

Site Web: www.groupegaudreau.com

 

FOURNITURES FUNÉRAIRES VICTORIAVILLE


Des cerceuils écologiques en bois véritable


On ne change pas les traditions du milieu funéraire en claquant des doigts. N'empêche que le virage vert s'amorce peu à peu dans cette industrie. Particulièrement chez Fournitures Funéraires Victoriaville (Groupe Victoriaville), qui a lancé l'an dernier une collection de trois cercueils écologiques, appelée Nouvel Air.

 

Conçus pour répondre aux attentes des écologistes, ces cercueils sont composés de bois jointé de peuplier ou d'érable provenant de résidus de bois, garnis de coton naturel et peints d'une peinture à base d'eau ou d'huile naturelle. Ces boîtes tout bois se vendent entre 2 000 et 5 000 $.

 

Ces produits, accrédités par l'American Green Burial Council, peinent à percer le marché nord-américain. Ils représentent moins de 2 % de la production du manufacturier de cercueils. " Les succès instantanés dans le milieu funéraire sont très rares ", rappelle Alain Dumont, président de Groupe Victoriaville, première entreprise en Amérique du Nord à produire ces coffres autrement que de façon artisanale.

 

Une longue tradition


En fait, ce n'est pas d'hier que ce fabricant de cercueils de bois, le plus important au Canada et troisième en Amérique du Nord, conçoit des produits écologiques. Depuis la création de l'entreprise familiale en 1948, il jouit d'une solide réputation auprès de la communauté juive nord-américaine, qui veut des cercueils tout bois ne contenant aucune colle animale, qui ne sont pas usinés les samedis et sont pourvus de 7 à 13 trous comme le veut la coutume.

 

Fournitures Funéraires Victoriaville est d'ailleurs le seul groupe industriel canadien oeuvrant dans le domaine funéraire à posséder un centre de production spécialisé pour ce marché. Des tests sont effectués pendant tout le processus de fabrication et une certification de conformité est apposée une fois que le cercueil a franchi avec succès un détecteur de métal. Les rabbins de diverses communautés concernées vont également une fois par année à l'usine pour veiller à ce que la production soit conforme à leurs normes. Ce marché correspond à 25 % de la production totale.

 

Ceci dit, le virage écologique ne se limite pas aux matériaux de fabrication. Voitures hybrides pour les gestionnaires, un parc de camions équipés de technologies pour réduire les émissions de carburant, recyclage des matériaux, utilisation de bois provenant de programme de reforestation font partie des nouvelles actions écologiques du fabricant.

 

( PROFIL )


Entreprise: Fournitures Funéraires Victoriaville

Activité : Fabrication de cercueils en bois

Siège social : Victoriaville

Employés: 450, dont 400 à Victoriaville

Marchés: Surtout l'Amérique du Nord

Actionnaire : Famille Dumont

Année de fondation: 1948

Site Web: www.victoriavillegroup.com

 

CANLAC


Valoriser les sous-produits dérivés du lait de vache


Étonnant jusqu'où la récupération peut mener les gens. Dans le cas de Chantal Héroux, directrice de l'usine Canlac, à Victoriaville, la valorisation de quelque 275 millions de litres de petit lait par année (matière autrefois déversée dans les champs et rivières) la conduit en Europe une ou deux fois par mois.

 

À la tête d'une des usines les plus performantes au monde en fabrication de lactulose, (un produit dérivé de sous-produits de lait de vache aux propriétés laxatives et utilisé en gastroentérologie), Chantal Héroux a, depuis deux ans, hérité de nouvelles fonctions. Vice-présidente des opérations de la production de lactulose chez Solvay Pharma (une multinationale belge qui possédait Canlac depuis 1996), cette dame de 54 ans veille à orienter et à développer une vision pour plus de la moitié de la production mondiale de ce dérivé du lait aux vertus pharmaceutiques. Malgré la récente acquisition de Solvay Pharma par Laboratoires Abbott au coût de 7,6 milliards de dollars américains, Mme Héroux demeure en poste jusqu'en mars 2010.

 

" De l'approvisionnement auprès des fournisseurs à la livraison aux clients, je continue d'assurer toutes les étapes de la chaîne de production pour l'usine de Victoriaville et pour une autre, située à Weesp, en Hollande ", explique-t-elle, en entrevue. Mandat qui l'amène également en France, un autre important site d'affaires de Solvay.

 

Des gestes verts


Tout un parcours pour cette diplômée en agronomie embauchée par Lactancia en 1979. Même si le laboratoire de Victoriaville où elle travaille depuis sa sortie de l'Université Laval a changé de mains à quelques reprises (Parmalat, Alimentation Ault, Solvay Pharma et aujourd'hui Laboratoires Abbott), Chantal Héroux a participé à l'évolution de Canlac au sein du marché pharmaceutique depuis sa création en 1992. " On ne réalise pas toujours la portée de nos petits gestes sur l'environnement. Je n'aurais jamais cru que ma formation en sciences et technologie des aliments me réserverait une carrière aussi exaltante ", concède-t-elle.

 

Grâce à un procédé d'ultrafiltration unique en Amérique du Nord, Canlac transforme le petit-lait du fromage (lactoserum) en un perméat de lactosérum. Depuis cinq ans, la production de l'usine de Victoriaville a plus que doublé passant de 4 millions de kilogrammes à près de 9 millions. Plus de 70 % de cette production est destiné aux marchés d'exportation, principalement l'Angleterre et les États-Unis.

 

Canlac pourrait également devenir un acteur important dans la fabrication d'aliments prébiotiques. Un marché dans lequel évolue le nouveau propriétaire de l'usine, Laboratoires Abbott. Pour le moment, seulement 5 % de la production de Canlac est liée à ce type de glucides qui aident à contrôler la flore intestinale.

 

( PROFIL )


Entreprise: Canlac, une division de Solvay Pharma

Activité: Fabrication de lactulose à partir de sous-produits de lait

Siège social: Bruxelles, en Belgique

Employés: 9 000, dont 25 à Victoriaville

Chiffre d'affaires: 3,3 milliards de dollars américains

Marché: International

Actionnaire: Solvay

Année de fondation: 1980 (1992 pour l'usine Canlac)

Site Web: www.solvay.com

 

GROUPE SOTECK


Des économies d'énergie qui font toute la différence


Géothermie, planchers radiants, murs solaires, conversion du lactosérum en méthane, le Groupe Soteck multiplie les solutions pour permettre aux entreprises québécoises de réduire le coût annuel de leur facture énergétique. " Des économies moyennes d'au moins 25 % ", soutient Sylvain Ouellette, président et fondateur de cette entreprise de services de Victoriaville.

 

Ce qui se voulait au départ une entreprise de calibration d'air et de système de ventilation est vite devenue une société spécialisée en conception et intégration de systèmes informatisés en gestion d'énergie et en ambiance contrôlée.

 

La clientèle du Groupe Soteck, soit plus de 90 % de son chiffre d'affaires, est constituée d'industries, un milieu qui consomme à lui seul plus du tiers de l'énergie produite au Québec. Ce sont pour la plupart des entreprises liées à la transformation alimentaire, aux imprimeries, à la transformation de métal et à la fabrication de produits de consommation en papier, tels les produits sanitaires.

 

Prioriser les contacts directs


" Les petites et moyennes entreprises présentent l'avantage qu'on peut avoir un accès direct à leur propriétaire ", explique l'homme d'affaires de 51 ans.

 

Une façon de faire essentielle dans un domaine où l'offre de service s'avère plutôt complexe. " Ce n'est pas évident d'entraîner les gens à utiliser des méthodes non traditionnelles ", reconnaît le frigoriste de formation. Pour justement gagner la confiance de ses clients, Soteck garantit l'efficacité de ses services et de ses procédés de réduction d'énergie. Selon les systèmes employés, les économies varient de 15 à 60 %. Et la plupart des clients rentabilisent leur investissement en deux ans.

 

Sylvain Ouellette peut compter sur une équipe formée d'ingénieurs, de techniciens, de programmeurs, de plombiers, de ferblantiers et d'électriciens. Au total, ils sont environ une trentaine à oeuvrer chez Soteck. Le ralentissement économique a forcé la direction à faire une dizaine de mises à pied.

 

Ceci dit, Sylvain Ouellette appréhende une sérieuse reprise de ses activités d'ici mai 2010. Groupe Soteck est actuellement en pourparlers afin de s'associer à une importante société canadienne liée à son domaine. Pour le moment, l'homme d'affaires préfère taire le nom de cette dernière. Si l'entente se conclut (la réponse est attendue en décembre), l'entreprise de Victoriaville se verra confier le contrat d'automatisation du système d'énergie d'une industrie américaine de l'Iowa. Ce qui représenterait une vitrine inespérée pour pénétrer le marché des États-Unis.

 

( PROFIL )


Entreprise: Groupe Soteck

Activités: Conception et réalisation de projets en efficacité énergétique et en atmosphère contrôlée en milieu industriel

Siège social : Victoriaville

Employés : de 30 à 40

Chiffre d'affaires: 5 millions de dollars

Marché: Québec

Actionnaire : Sylvain Ouellette

Année de fondation : 1998

Site Web: www.soteck.com

 

INDUSTEK


L'acier au service de l'environnement


Ce qui motive Louis Roy, c'est l'aide dont il bénéficie de la part des gens d'affaires de Victoriaville. Et il insiste sur ce point. Sans l'aide de sa communauté, et plus particulièrement celle de son premier client, Peintures récupérées du Québec, Industek n'aurait sûrement pas connu une progression aussi rapide. " Cette entreprise de récupération de peintures a accepté de m'aider financièrement et de me servir de référence auprès des fournisseurs d'acier avant même la première livraison ", raconte-t-il.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Louis Roy aime battre le fer pendant qu'il est chaud. Littéralement, dans son cas. Profitant de la vague du développement durable, cet homme passionné des possiblités de l'action a, à 39 ans, quitté un bon emploi pour se lancer dans la production de compacteurs de matières résiduelles sur mesure.

 

Quatre ans plus tard, Industek collectionne les commandes. La demande de compacteurs et de conteneurs d'acier est telle que la PME vient de quitter son local de Sainte-Clotilde-de-Horton pour une usine du parc industriel de Victoriaville.

 

En plus de tripler sa superficie de production et d'avoir de l'équipement moderne, Industek se rapproche de ses principaux fournisseurs, partenaires et clients. " À l'exception de l'acier, tout se trouve à moins d'un kilomètre à la ronde ", mentionne Louis Roy, président et fondateur d'Industek, emballé par l'espace de son nouvel établissement de 1,2 million de dollars. Un bâtiment vert composé d'acier récupéré, alimenté au gaz naturel et entouré d'asphalte concassé recyclé.

 

Aujourd'hui, l'équipementier spécialisé fournit non seulement les entreprises du territoire des Bois-Francs liées au recyclage et à la valorisation des matières résiduelles, ses compacteurs et autre contenants d'aciers se retrouvent partout au Québec. Notamment dans la cour de plusieurs marchés d'alimentation IGA et de plusieurs Rona. Ils récupèrent nourriture, cartons, peintures et bientôt le polyéthylène expansé.

 

" Nous sommes en voie de produire un compacteur qui pourra réduire de 80 fois le volume de ce type de mousse largement utilisée pour les emballages. Un compacteur qui devrait intéresser vivement les fournisseurs de meubles et d'électroménagers ", indique l'homme d'affaires.

 

Louis Roy travaille aussi en collaboration avec les entreprises de construction pour la fabrication de divers métaux ouvrés. Il flirte également avec le marché des camions de forage et des camions-citernes de pompiers. Autant de projets qui nécessiteront d'embaucher. L'entreprise souhaite doubler son équipe d'ici trois ans, à 30 personnes.

 

( PROFIL )


Entreprise : Industek

Activités: Conception et fabrication d'équipement pour la récupération et la gestion des matières résiduelles

Siège social : Victoriaville

Employés : 15

Chiffre d'affaires: 1,5 million de dollars

Marché: Québec

Année de fondation: 2005

Site Web : www.industek.ca

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