L'innovation ouverte, ou comment accéder vite aux technologies

Publié le 19/09/2009 à 00:00

L'innovation ouverte, ou comment accéder vite aux technologies

Publié le 19/09/2009 à 00:00

Par Suzanne Dansereau

L'innovation ouverte permet de partager les coûts.

Lorsque Apple a dévoilé son iPod, le public a crié au génie. Pourtant, l'entreprise dirigée par Steve Jobs n'avait rien inventé. Elle avait simplement eu l'intelligence d'intégrer des technologies en usage - dont le format de compression de fichier MP3 et une puce conçue par une obscure PME américaine appelée Portal Player - dans un nouveau produit.

L'iPod, considéré comme une révolution, est le fruit de l'innovation ouverte. C'est le nouveau paradigme, la nouvelle façon de faire, en développement de produits.

" Les grandes multinationales comme IBM et Pratt & Whitney ont recours depuis quelques années à cette approche lorsqu'elles souhaitent innover ", dit Christian Roy, expert en innovation de la firme de consultants Secor. Plutôt que de se fier seulement à leur service de R-D pour développer des technologies qui les amèneront à créer un nouveau produit ou service, elles s'ouvrent à des partenaires extérieurs, que ce soit des clients, des fournisseurs, des chercheurs universitaires ou des entreprises de secteurs connexes.

Ensemble, elles travailleront plus vite pour commercialiser plus vite. " Dans les secteurs à haute intensité technologique, l'expertise ne peut plus être concentrée dans une seule entreprise, poursuit M. Roy. La technologie évolue tellement vite qu'il coûterait trop cher à celle-ci de tout développer ", poursuit-il.

Mais avoir accès à la propriété intellectuelle des autres signifie qu'ils auront accès à la vôtre. Cela implique des contrats de partage de la propriété intellectuelle, des risques et des revenus.

L'innovation ouverte compte plusieurs avantages : elle augmente l'effet de levier des dépenses en R-D, tout en accroissant les débouchés. Vos coûts fixes se transforment en coûts variables, votre propriété intellectuelle est mieux exploitée. Elle peut devenir génératrice de revenus, même si elle n'est pas prioritaire pour vous. Finalement, vous alimentez votre chaîne de valeur.

C'est dans cette optique que le géant Philips vient de mettre sur pied un centre de recherche conjoint avec d'autres entreprises et des universités dans le domaine de la santé, un secteur où il part de zéro. Alors que son ancien centre de recherche comptait 1 500 chercheurs, le nouveau, qui regroupe 75 entreprises partenaires, en emploie plus de 5 500. Certains droits de propriété intellectuelle sont exclusifs à Philips, d'autres sont partagés.

Hydro-Québec s'y met

Au Québec, l'Institut de recherche d'Hydro-Québec (IREQ), sous la direction de son nouveau pdg, Denis Faubert, démarre un processus complet d'innovation ouverte, avec l'aide de la firme Secor et l'École de technologie supérieure. Le SIO (système d'innovation ouverte) devait être mis en vigueur à la fin 2010, mais ses responsables disent déjà que l'échéancier sera reporté.

" La démarche est très complexe ", reconnaît Charles Gagnon, directeur, valorisation de la technologie, de l'IREQ.

C'est surtout un changement radical de culture pour une entreprise monopolistique dont les chercheurs sont habitués au secret. " Le SIO va inciter les chercheurs à échanger plus tôt leurs idées, indique Christian Roy, qui conseille l'IREQ dans sa démarche. Car la clé d'un système d'innovation ouverte, c'est de s'ouvrir à l'extérieur avant même d'avoir une idée sur le produit à développer. "

En innovation ouverte, une bonne partie des efforts de l'entreprise et de ses budgets devront être consacrés à la cartographie des expertises : les chercheurs de l'IREQ devront sortir davantage, aller à des conférences, identifier les besoins dans le marché et trouver les experts avec qui ils voudront travailler.

Charles Gagnon admet que, dans le passé " nous avons trop souvent été en mode réponse, au lieu d'aller nous-mêmes trouver les bonnes enterprises avec qui collaborer ".

Un autre objectif que l'IREQ s'est fixé en instaurant le SIO est d'intégrer l'innovation ouverte plus tôt dans sa recherche, par exemple dès la validation du concept.

De plus, elle favorisera dorénavant les licences non exclusives afin de tirer un meilleur profit de ses recherches. L'IREQ promet d'être plus ouverte aux besoins de ses partenaires plutôt que de se limiter à ses propres besoins.

" Jusqu'à maintenant, il n'a pas été facile pour une PME de s'associer avec un géant comme l'IREQ ", note Christian Roy.

Charles Gagnon rêve du jour où l'IREQ pourra travailler avec des dizaines d'entreprises en innovation ouverte. " C'est notre vision, affirme-t-il. Mais elle prendra une bonne quinzaine d'années avant de se réaliser, parce que le tissu industriel du Québec en matière d'énergie n'est pas encore développé. "

Selon Christian Roy, l'IREQ a une formidable occasion, avec l'innovation ouverte, de développer au Québec une grappe de technologies propres.

" Nous avons ici un noyau d'experts en fabrication métallique, en télécommunications, en informatique, en logiciel, en génie hydraulique, etc. Plutôt que de penser produire une voiture électrique, pourquoi ne pas développer une expertise mondiale en stockage et en distribution d'électricité ? "

suzanne.dansereau@transcontinental.ca

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