Innovation: piètre performance du Canada

Publié le 22/02/2010 à 12:16

Innovation: piètre performance du Canada

Publié le 22/02/2010 à 12:16

Le Canada continue d’obtenir un «D» en matière d’innovation et se classe ainsi en 14e position parmi les 17 pays comparés dans le dernier bilan du Conference Board du Canada.

Quels sont les impacts d’une piètre performance en innovation? Plusieurs études démontrent la relation étroite entre l’innovation et la compétitivité, de même que le lien entre l’innovation et la productivité et la croissance de la richesse d’un pays. L’écart important en termes de productivité entre le Canada et les États-Unis, de même que la faible réputation du Canada en matière d’innovation ont tout lieu de lancer des signaux d’alarme.

«Le manque d’innovation est en train d’avoir un impact assez important au pays. Et cela devient encore plus important avec tous les changements qui se produisent actuellement», affirme Gilles Rhéaume, vice-président aux politiques publiques au Conference Board et spécialiste de l’innovation depuis près de 17 ans.

La concurrence des nouveaux joueurs
Parmi ces changements, le rapport du Conference Board met l’accent sur les nouveaux acteurs de l’économie mondiale, comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Les entreprises de ces pays font de plus en plus concurrence aux entreprises canadiennes dans des produits et services à haute teneur en savoir et à forte valeur ajoutée.

M. Rhéaume indique qu’il faut arrêter de voir la Chine comme un simple fabricant de masse et l’Inde comme un simple fournisseur de services, notamment pour les centres d’appel. Ces pays développent maintenant des logiciels et des nouvelles technologies et perfectionnent leur secteur automobile.

« Ces économies émergentes investissent dans l’innovation. Le monde devient plus compétitif et plus innovateur, note M. Rhéaume. Ce changement qui se produit dans l’économie mondiale a déjà un impact sur l’économie canadienne. Si on ne se réveille pas sur la nécessité de devenir plus innovateur, on va avoir des problèmes.»

L’expert souligne que ces pays séduisent de plus en plus les multinationales et s’accaparent peu à peu de leurs investissements. Cette faiblesse sur le plan de l’innovation a donc un impact fondamental sur la capacité du Canada à attirer l’investissement étranger.

La réglementation pose obstacle à l’innovation
Tout n’est pas totalement sombre pour autant. Par exemple, le Canada investit dans la recherche et le développement universitaires et les institutions académiques du pays sont respectées à travers le monde. Le problème selon M. Rhéaume, c’est que le pays ne réussit pas à commercialiser ses découvertes scientifiques et technologiques pour en faire des produits et des services de réputation internationale.

C’est pourquoi les entreprises canadiennes sont rarement à la fine pointe des nouvelles technologies, rapporte le rapport. Selon l’expert du Conference Board, la pire barrière en ce sens est la réglementation canadienne.

M. Rhéaume donne l’exemple des biotechnologies. Il y a quelques années, le Canada était en avance dans le domaine. Les autres pays ont fait des changements importants au point de vue de leur réglementation et ils ont ajouté des ressources pour accélérer les étapes de l’évaluation et de l’approbation des produits.

Le même problème survient avec les produits pharmaceutiques, les produits alimentaires ou les biocombustibles. «Ce sont les nouveaux domaines de l’avenir, ceux qui vont créer les grosses industries et les prochaines multinationales. Et c’est là où on va manquer le bateau», déplore M. Rhéaume. «On a une opportunité, car on est quand même bien doté au point de vue de la recherche scientifique.»

L’expert en innovation affirme que la stratégie du gouvernement est de mettre l’accent sur la science et la technologie, mais à son avis, il faut aller plus loin.  «Il faut que cela devienne une politique de commercialisation, une politique de développement des secteurs industriels hautement innovateurs. C’est là où les gouvernements manquent le bateau.»

À la une

Ralentissement économique: le pire encore à venir, estime François Trahan

Il y a 20 minutes | Charles Poulin

Le creux le plus bas devrait survenir en 2025.

L'Asie du Sud-Est, la meilleure solution de rechange à la Chine

Édition du 20 Septembre 2023 | François Normand

ANALYSE. Le Canada a tout intérêt à se rapprocher de ce marché de consommateurs.

La Chine pâtit-elle d'une «COVID longue économique»?

22/09/2023 | François Normand

ANALYSE. Nous assistons à la fin du miracle économique chinois, selon un prestigieux think tank américain.