Faire briller la créativité de Montréal


Édition du 07 Décembre 2013

Faire briller la créativité de Montréal


Édition du 07 Décembre 2013

Par Olivier Schmouker

Éric Fournier, associé et producteur exécutif du studio montréalais multimédias Moment Factory. Photo: Daphné Caron

Montréal dispose d'atouts indéniables pour devenir un pôle mondial de la créativité, mais elle n'arrive pas à en tirer parti, faute d'un véritable écosystème créatif. C'est ce que confirme une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Pour trouver des remèdes, la Chambre organisait, le 6 décembre, le Forum stratégique sur les industries créatives. Entrevue avec un des artisans de ce Forum, Éric Fournier, associé et producteur exécutif du studio montréalais multimédias Moment Factory.

Les Affaires - Quel est votre plus gros coup à l'échelle internationale ?

Éric Fournier - Le plus gros coup est toujours le dernier, car nous ne cessons de grandir. C'est notre contribution à la transformation de l'aéroport international de Los Angeles. Nous avons créé plus de quatre heures de contenu vidéo original, présenté sous forme de capsules diffusées un peu partout dans l'édifice. Certaines capsules sont interactives : le contenu change en temps réel en fonction du mouvement des gens et des renseignements aéroportuaires. Une équipe de 60 personnes a travaillé un an à temps plein sur ce projet, avec l'aide de quelque 250 collaborateurs. Nous l'avons décroché par appel d'offres. On nous a signalé que l'aéroport de Los Angeles voulait se moderniser, nous avons sauté sur l'occasion. Nous sentions que c'était dans nos cordes.

L.A. - Comment des «petits gars de Montréal» ont-ils pu supplanter les Américains chez eux ?

É.F. - Nous avons un atout dur à battre : nous sommes vraiment uniques. Nous disposons d'une palette de talents inusitée, avec des architectes, des geeks, des scénaristes, etc. Nous avons mené à bien des projets complètement fous, pour des clients aussi différents que Disney, Sony Pictures, Microsoft et autres NFL. Et nous savons dépasser les attentes, c'est-à-dire aller plus loin que ce qu'imaginait au départ le client. Notre portfolio en atteste.

L.A. - La clé de votre succès, c'est donc votre portfolio ?

É.F. - Oui. Nous diffusons tout ce que nous faisons sur les médias sociaux. Nous jouons à fond cette carte-là, car nous constatons jour après jour tout ce que ça nous apporte. Par exemple, nos vidéos diffusées sur Vimeo permettent aux clients potentiels de voir si nous pouvons les aider, ou pas, dans leur projet. Ça nous permet d'épargner beaucoup d'argent en représentation et en marketing.

L.A. - Pourtant, rien ne vaut le contact humain...

É.F. - Exact. Les médias sociaux nous servent, en fait, de filtre. Ils nous évitent d'entrer en contact avec les clients qui frappent à toutes les portes, un peu au hasard. Ils nous font gagner temps et argent. Une fois un premier contact établi, l'humain prend, bien sûr, le relais. Il est même si important que nous songeons à ouvrir des antennes un peu partout sur la planète, afin d'être proches physiquement de nos clients.

L.A. - Des antennes ?

É.F. - Il s'agit de bureaux permanents, avec une poignée d'employés sur place. Nous allons bientôt en ouvrir un premier à Los Angeles, qui nous permettra de rayonner jusqu'au Mexique et même jusqu'en Asie. Et nous songeons sérieusement à en ouvrir un autre quelque part en Europe. L'intérêt principal que nous y voyons, c'est que nous pourrons ainsi offrir un meilleur service à nos clients : on ne peut pas être vraiment créatif par Skype.

L.A. - L'essentiel de vos forces va-t-il demeurer à Montréal ?

É.F. - Nous tirons toute notre force de Montréal. Par conséquent, il n'est pas question de partir d'ici, ni même de nous y affaiblir. Nous avons besoin de Montréal pour vivre. Car c'est de Montréal que nous vient notre singularité. Moment Factory est à la croisée du multimédia, des effets spéciaux du cinéma et du spectacle, autant d'industries créatives qui sont florissantes à Montréal. Nulle part ailleurs sur la planète nous ne pourrions trouver un terreau plus fertile pour notre entreprise.

L.A. - Nulle part ailleurs ?

É.F. - Oui, nulle part ailleurs. Bon, peut-être à Los Angeles, mais c'est tout. Pas à New York. Pas à Paris, ni même à Londres. Nulle part.

L.A. - D'autres, comme Ubisoft, clament aussi haut et fort que rien ne vaut Montréal. Y a-t-il une guerre du talent entre les différents acteurs de la créativité montréalaise ?

É.F. - Non, je ne dirais pas qu'il y a une guerre du talent. Mais une compétition. Une compétition féroce. Parce que les jeunes diplômés des universités montréalaises ne suffisent pas à répondre à la demande. C'est bien simple, il m'arrive aujourd'hui d'écarter des projets parce que je ne dispose pas des talents nécessaires pour les mener à bien. Oui, le manque de talents est un frein à notre croissance. Un frein majeur.

L.A. - N'y a-t-il pas de jeunes prodiges étrangers qui rêveraient de venir travailler ici pour vous ?

É.F. - Ce n'est pas aussi simple que ça. Il est complexe d'immigrer au Canada. Les procédures sont longues et tatillonnes, pour ne pas dire incertaines. Il faut la plupart du temps l'aide d'un avocat, ce qui coûte cher. Et même après ça, il faut relancer toutes les procédures si l'on veut que le nouvel employé immigré aille travailler sur un projet aux États-Unis. C'est comme si les gouvernements tenaient deux discours à la fois : d'un côté, ils nous incitent à décrocher des contrats à l'étranger, et de l'autre, ils nous mettent des bâtons dans les roues lorsqu'il nous faut remplir ces contrats.

L.A. - Avez-vous une solution à ce problème ?

É.F. - Je ferais en sorte que Montréal devienne un aimant irrésistible pour les jeunes talents, un aimant assez fort pour les inciter à y demeurer et à y exprimer toute leur créativité. J'ai une image en tête : Arcade Fire. Win Butler est un Texan venu étudier à McGill. Il est tombé amoureux de la ville et de son bouillonnement créatif, au point de décider d'y vivre et d'y grandir. Il faudrait favoriser ce genre de choses, à large échelle. Nous n'aurions plus alors à lutter entre nous pour attirer les jeunes bourrés de talent.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Photo: Gilles Delisle

La grappe créative n'est pas mûre

«Nous devons inciter les entreprises créatives d'ici à se développer à l'échelle internationale et les accompagner dans cette démarche, car tout le monde a à y gagner.» Telle est la leçon tirée par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), d'une étude qu'il a commandée à KPMG-Secor sur les industries créatives de Montréal.

Ces industries (architecture et design, arts, multimédia, médias, mode, publicité) représentent 4,6 % du total des emplois de la région métropolitaine de recensement (RMR), soit 91 000 personnes, et génèrent 8,6 milliards de dollars en retombées économiques directes et indirectes, d'après l'étude. Il conviendrait donc de leur donner un coup de pouce, «ne serait-ce que pour assurer leur pérennité».

Soulignons toutefois que l'étude n'évalue la créativité qu'en fonction d'un seul critère, à savoir la part des emplois des industries créatives dans le total des emplois. «Il nous fallait identifier une donnée quantifiable commune à toutes les métropoles retenues, et nous avons trouvé celle-là. Bien sûr, nous aurions pu en chercher d'autres, comme les investissements financiers effectués par ces industries-là ou leurs chiffres d'affaires», reconnaît M. Leblanc.

Cette donnée a permis à la CCMM de dresser différents palmarès des villes les plus créatives. Avec des résultats qui parfois surprennent, comme le fait que la créativité de Madrid surpasse celle de Barcelone.

«L'étude réserve quelques surprises, c'est vrai. Je n'ai pas d'explication pour Madrid et Barcelone. Comme je n'en ai pas non plus pour le fait qu'en réalité la créativité est quasiment la même à Montréal qu'à Toronto, alors que nous savons tous a priori que ce n'est pas le cas», explique Michel Leblanc, en ajoutant que «bousculer les a priori est toujours bénéfique».

L'étude refuse de parler de «grappe de la créativité», comme on parle notamment de la grappe aéronautique, pour préférer le terme d'«écosystème créatif». «Les conditions ne sont pas encore réunies pour pouvoir parler de grappe. Cela étant, il y a d'ores et déjà des points de convergence entre les différents acteurs, si bien qu'on peut parler d'écosystème», affirme M. Leblanc.

Ces points de convergence suffisent-ils vraiment pour former un espace de vie dont les acteurs sont vitalement interdépendants ? «Disons que cet écosystème est encore à l'état embryonnaire. Il ne tient qu'à nous de l'aider à se former et à grandir», répond M. Leblanc. O.S.

Le plancher de l'Usine C, nouvel espace de travail partagé

L'étude commandée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain recense des dizaines de pratiques qui pourraient contribuer à faire passer nos entreprises créatives à la vitesse industrielle. Parmi celles-ci, l'Usine C, théâtre du quartier Centre-Sud de Montréal, offre aux travailleurs autonomes un espace de travail partagé (coworking space). Objectif : briser l'isolement de ces professionnels. Dans le hall de ce centre de création, appelé «Le Plancher», les «plancheurs» se partagent entre autres tables de travail, connexion Wi-Fi, machine à expresso et imprimante laser.

Milan Gervais, contremaître à l'Usine C, précise : «Nous sommes ouverts à une mosaïque de talents et d'expertises complémentaires afin de favoriser l'échange, tout en proposant des tarifs accessibles».

Le Plancher peut accueillir de 20 à 30 personnes. La location individuelle d'un de ces espaces de travail est de 95 $ par mois. À titre de comparaison, le loyer moyen brut dans un immeuble de bureaux de classe A au centre-ville de Montréal était d'environ 41,80 $ le pied carré au troisième trimestre de 2012, selon la Ville. Camille Dufétel

***

7e - Montréal se classe au 7e rang dans le palmarès nord-américain des métropoles les plus créatives, derrière Vancouver et devant Boston. Source : Étude CCMM et KPMG-Secor

 

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