L'entrevue n°179: Emmanuel Druon, pdg de Pocheco et auteur


Édition du 09 Novembre 2013

L'entrevue n°179: Emmanuel Druon, pdg de Pocheco et auteur


Édition du 09 Novembre 2013

Par Diane Bérard

Emmanuel Druon, pdg de Pocheco et auteur.

Emmanuel Druon dirige la PME française Pocheco depuis 15 ans. Entreprise atypique maintes fois récompensée, le fabricant d'enveloppes Pocheco accueille chaque semaine des visiteurs curieux d'en apprendre davantage sur l'écolonomie. Une stratégie combinant écologie et économie dont Emmanuel Druon est l'un des principaux porte-parole.

Diane Bérard - Harcèlement moral et sexuel, matières toxiques enterrées dans la cour, pertes financières récurrentes... Quand vous avez pris la direction de Pocheco, la situation ne pouvait que s'améliorer...

Emmanuel Druon - En effet, il est plus facile et rapide d'implanter des changements dans une entreprise en difficulté. Et plus les difficultés sont importantes, plus grand est l'espace pour le changement. On peut s'autoriser toutes les questions et repartir à zéro.

D.B. - En redressant Pocheco, vous êtes devenu un symbole du mouvement de l'écolonomie. Vous avez même écrit un livre sur la question. De quoi s'agit-il ?

E.D. - C'est la combinaison de l'économie et de l'écologie. L'entreprise écolonomique investit son argent à trois fins : réduire son impact environnemental, diminuer la pénibilité de ses emplois et augmenter sa productivité. Pourquoi l'écolonomie et pas l'écologie tout court ? Parce que, si vous parlez d'écologie à un chef d'entreprise, au mieux vous l'agacez, au pire vous l'exaspérez !

D.B. - N'est-il pas contradictoire que le chantre de l'écolonomie fabrique deux milliards d'enveloppes par année ?

E.D. - Voilà une belle idée reçue ! Les procédés d'exploitation des forêts ont évolué. On trouve des industriels conscients qui savent traiter et gérer la ressource dans un esprit de biodiversité. Il suffit de les trouver.

D.B. - Où avez-vous commencé le redressement de Pocheco ?

E.D. - Nous avons décidé que notre salut passait par le développement soutenable. Toutes nos décisions ont été guidées par le souci de pérennité, la nôtre et celle de la société. Nous avons revu nos équipements pour que nos employés cessent de se blesser. Nous avons remplacé nos encres à base de solvants par des encres à base d'eau. Nous avons investi deux millions d'euros pour devenir autosuffisants en électricité, et nous serons bientôt autosuffisants pour l'eau. Pour chaque arbre que nos activités coupent, nous en replantons trois. Cela fait 180 000 par année. Mais je vous raconte en deux minutes ce qui a exigé vingt ans. Notre redressement se compose d'une série de petits gestes.

D.B. - Comment avez-vous vaincu les résistances au changement ?

E.D. - Voilà une autre idée reçue. Les gens ne craignent pas le changement. Ils craignent les mauvaises idées. D'ailleurs, ce sont elles qui tuent les entreprises. Il suffit de prouver à votre personnel que vous ne vous entêtez pas à poursuivre les mauvaises idées, que vous savez y mettre fin rapidement, pour gagner leur appui.

D.B. - Quand avez-vous senti que c'était gagné ?

E.D. - Je n'ai pas senti que c'était gagné, j'ai plutôt constaté qu'il se passait quelque chose. Les employés se sont mis à sourire, puis à rire. La peur et la méfiance ont quitté leur regard pour céder la place à la fierté. Nous sommes des ouvriers, nous avons un savoir-faire unique. Notre redressement passait aussi par la revalorisation de notre métier.

D.B. - Toutes les entreprises n'ont pas la «chance» d'être en faillite. Comment les autres trouveront-elles le chemin vers l'écolonomie ?

E.D. - Les dirigeants n'ont pas tous ma chance, c'est vrai. Mais nous vivons tous la même réalité, les ressources s'épuisent pour tout le monde. Et le climat se réchauffe pour chacune de nos entreprises. On a trouvé une solution temporaire : après avoir épuisé les ressources, on épuise les gens. Mais ce n'est pas défendable.

D.B. - Vous avez vous-même traversé une dépression et une thérapie. Tous les dirigeants n'ont pas la «chance» de connaître une pareille expérience d'introspection...

E.D. - Ma dépression m'a changé, bien sûr. Mais les chefs d'entreprise n'ont pas besoin d'aller aussi loin pour cesser de se regarder le nombril. Le modèle capitaliste repose sur la destruction créatrice - «je détruis pour mieux construire» -, qui ne fonctionne plus. Les pdg ne peuvent plus laisser leur citoyenneté à la porte de leur entreprise. Ils font partie d'une communauté. Le capitalisme existe depuis 150 ans, ce n'est rien par rapport à l'âge de notre planète. Pourquoi agit-on comme si c'était le seul système possible ? Et comme s'il ne se déclinait que d'une seule manière ?

D.B. - Pocheco est une entreprise manufacturière. Que pensez-vous du mouvement de réindustrialisation de la France ?

E.D. - Je l'appuie avec prudence. On a appliqué la mondialisation à tous les secteurs sans discernement. Est-il logique qu'un chargement de gambas traverse trois fois l'Europe avant d'aboutir dans notre assiette ? Mais ce n'est pas parce que je trouve la délocalisation excessive et délirante que je favorise le nationalisme. Toutes les formes de repli sur soi me font peur. Elles sont associées à un discours tendancieux. On ne va tout de même pas revenir aux années 1950 ! Nos choix doivent s'inspirer de la nouvelle réalité.

D.B. - Au mouvement «made in France», vous préférez le «made in qualité». Expliquez-nous pourquoi.

E.D. - Produire localement, je veux bien, mais ça ne règle pas tout. Le fait-on avec une énergie locale ? Notre produit est-il durable ? Nos matières, recyclables ? Pensons-nous «circularité» [récupération et partage des biens et des ressources] ?

D.B. - Vous estimez que nous vivons une nouvelle révolution industrielle, celle de la réparation. Expliquez-nous ce que vous entendez.

E.D. - Pocheco a reçu de nombreux prix et distinctions. Nous recevons régulièrement des visiteurs curieux de notre modèle. Ils viennent nous entendre, mais ils veulent aussi nous parler. De leurs rêves, de leur travail... Ils sont nombreux à aspirer à un modèle d'entreprise qui n'épuise ni les ressources ni les gens.

D.B. - Vous préparez la suite d'Écolonomies pour 2014. Quel rôle vous donnez-vous ?

E.D. - Ma contribution consiste à décrire une solution de rechange à la destruction créatrice.

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