Les embouteilleurs veulent abolir la consigne

Publié le 18/10/2016 à 21:07

Les embouteilleurs veulent abolir la consigne

Publié le 18/10/2016 à 21:07

Par François Normand

(Photo: 123rf.com)

Ces visions sont diamétralement opposées, voire irréconciliables, afin de récupérer les bouteilles vides au Québec. Tandis que le gouvernement songe à doubler la consigne, les principaux embouteilleurs veulent accroître massivement la collecte sélective et abolir à terme...la consigne.


Ainsi, les libéraux de Philippe Couillard devraient annoncer bientôt une révision de la politique sur la consigne. Plusieurs mesures seraient mises en place, dont une hausse de 5 à 10 cents de la consigne des canettes et des bouteilles, rapportait mardi La Presse +.


Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ) salue le projet du gouvernement québécois.


«Depuis de nombreuses années, le RNCREQ milite pour la révision de la consignation publique, un système qui a fait ses preuves pour assurer une meilleure qualité et une plus grande quantité de matières recyclables ou réutilisables récupérée», affirme l'organisme dans un communiqué.


De son côté, l'Association canadienne des boissons–qui représente de gros embouteilleurs comme Coca-Cola et Nestlé Waters propose d'investir 25 millions de dollars par année pendant quatre ans afin d'installer 73 265 bacs de récupération au Québec, a appris Les Affaires.


Ces bacs permettraient non seulement de récupérer des bouteilles et des canettes, mais aussi les autres matières recyclables et les journaux. Ces équipements seraient installés dans les édifices privés, les écoles et les lieux publics, et ce, dans toutes les villes du Québec.


Et après quatre ans, la consigne serait complètement abolie, peut-on lire dans le plan d'affaires que l'ACB a récemment présenté au gouvernement. Ainsi, le Québec aurait un système similaire à celui de l'Ontario et du Manitoba, où il y a uniquement une collecte sélective, aucune consigne.


Aux frais des consommateurs


Québec n'aurait pas à débourser d'argent pour financer ce projet.


Les embouteilleurs proposent de percevoir des droits de recyclage de contenants (DRC) de 1 cent sur chacun des 2,5 milliards de contenants vendus chaque année au Québec. Ainsi, ce serait les consommateurs qui paieraient la note.


C'est en multipliant ce sou par le nombre de contenant qu'on obtient 25 M$ (0,01$ x 2,5 G).


En entretien à Les Affaires, Martin-Pierre Pelletier, associé principal chez Prospectus Associates et porte-parole de l'ACB, précise que le gouvernement a écarté leur proposition. «Québec n'a pas d'intérêt pour notre plan, car on propose d'abandonner à terme la consigne.»


Joint par Les Affaires, le cabinet du ministère du Développement durable, de l'Environnement et la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, a refusé de commenter spécifiquement le projet de l'ACB.


La consigne et la collecte sélective ont plus de 30 ans au Québec, et le ministre a eu le mandat de les moderniser, insiste Émilie Simard, l'attachée de presse de David Heutel. «Tout est sur la table, incluant ce que propose l'ACB», précise-t-elle.


Recyc-Québec entendra tous les points de vue. L'agence gouvernementale formulera ensuite ses recommandations au gouvernement qui tranchera.


Un rapport gouvernemental qui propose la même chose que l'ACB


En juin 2008, la Commission des transports et de l'environnement avait présenté un rapport (La gestion des matières résiduelles au Québec: Mandat d'initiative) au gouvernement libéral de Jean Charest qui allait dans le sens de la proposition de l'ACB.


À la recommandation 16, on peut lire noir sur blanc:


«La Commission recommande au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs de privilégier un système unique basé sur la collecte sélective pour la récupération des contenants à remplissage unique, pourvu que les systèmes de récupération hors foyer et des édifices à logements multiples aient démontré leur efficacité. Dans l’éventualité de l’instauration d’un système unique, l’industrie devra créer un fonds destiné aux organisations communautaires qui seraient touchées par cette mesure.»


Les embouteilleurs plaident que la consigne, lorsqu'elle a été créée dans les années 1980, avait davantage de raison d'être qu'à l'heure actuelle.


À l'époque, la grande majorité des Québécois consommaient leurs boissons à la maison. Or, aujourd'hui, la majorité d'entre eux les consomment à l'extérieur de leur résidence, c'est-à-dire au bureau ou tout simplement à l'extérieur, dans les parcs, par exemple.


Le hic, c'est que les infrastructures pour récupérer les contenants vides sont insuffisantes, même dans une grande ville comme Montréal, selon l'ABC. Résultat? Trop de contenants se retrouvent à la poubelle.


Malgré les critiques formulées contre l'actuel système au Québec, la consigne demeure un système utilisé dans plusieurs pays, notamment dans le nord de l'Europe, incluant la Suède, un pays reconnu pour ses politiques de développement durable.


Dans son mémoire présenté au gouvernement en 2008, la Commission des transports et de l'environnement avait présenté les arguments en faveur de la consigne et de son élargissement au Québec.


Parmi ceux-ci, il y a notamment le fait que la consigne est «équitable pour les citoyens», car elle permet l'application du principe pollueur-payeur.

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