Comment s'adapter aux travailleurs plus âgés

Publié le 22/04/2010 à 10:00

Comment s'adapter aux travailleurs plus âgés

Publié le 22/04/2010 à 10:00

Par Suzanne Dansereau

Photo : DR

Aux prises avec une importante pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, les entreprises québécoises devront plus que jamais compter sur les salariés aux tempes grises. Voici les cinq défis qu'elles devront relever pour les séduire.

Chers employeurs, si vous pensez que l'expression " accommodements raisonnables " ne concerne que vos employés immigrants, détrompez-vous. Au cours des prochaines années, si ce n'est pas déjà le cas, la cohorte d'employés qui vous demanderont le plus d'accommodements risque d'être ceux qui sont âgés de 55 ans et plus. Il est question de vos travailleurs qui se rapprochent de la retraite, qu'il est plus politiquement correct de qualifier de " travailleurs expérimentés ".

Si la crise économique a momentanément relégué le problème au second plan, le fait demeure : une pénurie de main-d'oeuvre sans précédent touchera le Québec à compter de 2011. Dès l'an prochain, 45 % de la population active sera admissible à la retraite. L'ampleur du problème variera selon les secteurs de l'économie, la taille des entreprises et leur situation géographique.

De façon générale, les employeurs devront réorganiser le travail, car les accommodements accordés aux travailleurs expérimentés auront des conséquences sur tout votre personnel. Pour les services de ressources humaines (RH) en entreprise, de même que pour les mandarins qui devront établir de nouvelles politiques gouvernementales, les chantiers sont majeurs et multiples avant qu'on aboutisse à une culture du travail pour les 55 ans et plus. La fiscalité et les heures de travail n'en sont que deux des aspects les plus apparents.

1- Réoutiller les ressources humaines

" Les services de RH ont été formés en vue du recruter de jeunes employés, mais ils n'ont pas été outillés pour attirer et fidéliser des personnes plus âgées ", constate Catherine Geoffroy, présidente de l'Association québécoise de gérontologie qui organise les 20 et 21 mai prochain une importante conférence sur le sujet.

Dans son récent rapport intitulé " La longévité, une richesse ", le CIRANO mentionne qu'un gestionnaire de RH sur trois refuse de prendre en considération des candidats d'un certain âge. " Nous souffrons d'âgisme ", soutient Josée Blondin, psychologue spécialisée en développement organisationnel. " Vos travailleurs âgés sont précieux, vous aurez besoin d'eux pour faire du transfert de connaissances et ainsi améliorer la compétence de votre relève. Le milieu du travail doit revoir son organisation et tabler sur les échanges entre ces générations. "

2- Instaurer une culture du mentorat

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on réembauche des professionnels retraités comme coachs, et on demande à ceux qui s'apprêtent à partir de former leur relève. Josée Blondin relate le cas de trois usines qui souffrent d'une pénurie de soudeurs. Elles se sont regroupées et ont embauché des retraités et un employé qui se préparait à prendre sa retraite pour faire des tournées et former des plus jeunes. " Les retraités se sont sentis valorisés. Quant à l'employé, le projet lui a permis de briser sa routine ", indique Mme Blondin qui a entraîné les formateurs. Si nous voulons fidéliser les plus âgés, il faut trouver des façons de les mettre en valeur et leur proposer un défi, et non leur demander la même chose qu'avant. " Ce n'est plus le moment de presser le citron ", dit-elle.

3- Moins de stress, moins d'heures

Les employés vieillissants veulent subir moins de stress. Cela signifie une réduction des heures de travail, soit pour s'occuper d'un parent plus âgé, ou pour réaliser des projets personnels; et des horaires plus flexibles, pour éviter la congestion routière, par exemple.

Ces employés ont aussi une approche différente du travail. " Ce n'est pas une question de capacités, mais de valeurs, explique le docteure Josée Belleville, directrice de la recherche à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. En vieillissant, nous avons tendance à sélectionner les expériences qui optimisent notre comportement et à délaisser le reste, explique-t-elle. Nous adaptons notre environnement à notre volonté et non l'inverse. "

4- Offrir plus de formation

Les employeurs devront aussi miser davantage sur la formation de leurs employés âgés. Mme Belleville parle de formation continue et adaptée aux personnes plus âgées. Les gouvernements mettent trop peu d'initiatives en oeuvre pour les retraités ou les 45 ans et plus qui veulent changer de carrière. " Ils ne savent pas à quelle porte frapper ", dit Mathieu Laberge, auteur du rapport du CIRANO. Pour Diane Bellemare, économiste et consultante sur le vieillissement de la population au Conseil du patronat du Québec, le dossier de la formation doit être revu de fond en comble si nous voulons résoudre notre déficit de productivité.

5- Revoir les régimes de retraite

Un des domaines où les employeurs et les gouvernements devront travailler de concert - et abattre du gros ouvrage - est celui des conventions collectives et des régimes de pension. " C'est tout un système de privilèges qui a été bâti lorsqu'on voulait favoriser les retraites anticipées. Il faut maintenant le démonter, car il n'encourage pas les gens à travailler au-delà de leur admissibilité à la retraite ", explique Mme Bellemare.

Le Québec se trouve devant trois modèles. Il peut faire comme la France, et forcer ses employeurs à mettre en place des stratégies d'adaptation. Il peut favoriser les négociations patronales-syndicales comme l'ont fait les pays scandinaves. Où il peuvent adopter un cadre législatif qui incitera les employés âgés à rester actifs plus longtemps.


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