Une semaine à toute vitesse avec l'investisseur Chris Arsenault

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Juin 2015

Une semaine à toute vitesse avec l'investisseur Chris Arsenault

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Juin 2015

Par Julien Brault
Chasse à la licorne

À son sommet de 115 employés, SIT semblait promise à un succès phénoménal. Elle semblait appelée à devenir ce qu'on appelle aujourd'hui une licorne, un terme qui désigne une start-up ayant une valeur d'au moins un milliard de dollars dans le jargon du capital de risque.

Le rêve s'est toutefois écroulé, et Chris Arsenault est encore aujourd'hui à la chasse de la prochaine licorne, tout comme l'est Marc Andreessen. Le fonds californien de ce dernier, Andreessen Horowitz, en a d'ailleurs financé plusieurs, dont Pinterest et Oculus VR.

Une fois à l'aéroport Billy Bishop, à Toronto, alors que nous attendions un taxi, je lui ai demandé s'il parlait encore à Marc Andreessen. Il m'a confié qu'il lui avait parlé, mais qu'il se souvenait plus ou moins de lui : «Le temps passe extrêmement vite quand on a une vie comme la mienne, mais pour lui, ça doit être encore pire», estime Chris.

À Toronto, il était prévu que j'assiste à un événement du C100, un réseau de Canadiens influents dans la Silicon Valley, dont Chris est membre. Or, ses dirigeants, apprenant qu'un journaliste allait l'accompagner, ont fait savoir à Chris que l'événement mettant en vedette un dirigeant de la Silicon Valley Bank n'était pas pour les journalistes.

Chris Arsenault a plaidé en ma faveur, mais c'était un avis de non-recevoir. «Après l'événement, on ira souper quelque part et je vais répondre à toutes tes questions», m'a-t-il déclaré, avant de s'engouffrer dans l'immeuble où l'événement confidentiel se déroulait. J'avais l'impression qu'il voulait en quelque sorte s'excuser. Il était évident que Chris se sentait mal que je revienne de Toronto presque bredouille.

Ce jour-là, j'avais été exclu du conseil d'administration de Well.ca, une boutique en ligne faisant partie du portefeuille d'iNovia, de son lunch avec une relation d'affaires dont l'identité était confidentielle et, maintenant, de l'événement du C100. Au moins, j'avais pu visiter avec lui les nouveaux bureaux de VarageSale. Fondée à Montréal, cette jeune entreprise venait d'annoncer un financement de 34 millions de dollars américains, codirigé par Sequoia, un des plus importants fonds en capital de risque de la Valley. «J'essaie de voir si l'entrepreneur est à l'aise avec l'espace dont il dispose, s'il sent qu'il a fait une erreur en investissant dans ces bureaux, m'avait alors expliqué Chris en sortant des bureaux de VarageSale. Je veux voir à quel point l'entrepreneur a confiance dans son modèle.»

Il lui manquait un petit million

Il a tenu sa promesse durant la fenêtre de quelques heures qui séparaient la fin de l'événement du départ de notre avion, à 21 h 15. Au restaurant, ce mercredi-là, Chris m'a expliqué comment SIT, la start-up qui l'avait mis au monde professionnellement, s'était effondrée.

Dans les années 1990, Chris était une véritable rock star à Québec, où il était perçu comme le prochain Bill Gates. «Lorsque j'ai reçu le prix "Jeune entrepreneur de l'année", le doyen de l'Université Laval a dit qu'à ce rythme, j'allais obtenir un doctorat honoris causa avant de décrocher mon vrai diplôme.»

Peu de temps après, M. Arsenault cessait d'aller à ses cours pour de bon.

À son sommet, en 1997, la société avait des bureaux à Sainte-Foy, à Paris ainsi qu'au Sénégal. Rien ne semblait pouvoir arrêter M. Arsenault. Pourtant, un simple appel de marge de la Banque Royale allait tout faire basculer. «Ils me donnaient trois mois pour tout rembourser ; il fallait que je trouve 1 M$.» En plus de devoir rembourser cette dette, SIT avait déjà d'importants problèmes de liquidités et était à la recherche de financement supplémentaire.

«Il avait construit quelque chose de beaucoup trop gros sur des bases pas assez solides, et il avait mal prévu ses besoins financiers», se rappelle Charles Sirois, que Chris Arsenault était venu rencontrer à Montréal, à l'époque. Le souvenir de cette rencontre est beaucoup plus vif dans l'esprit de Chris, qui se souvient que M. Sirois lui avait dit : «Je sais que tu vas prendre la bonne décision».

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