Quand les consommateurs deviennent investisseurs


Édition du 30 Janvier 2016

Quand les consommateurs deviennent investisseurs


Édition du 30 Janvier 2016

Par Benoîte Labrosse

« Grâce au financement participatif en capital, nous avons accueilli de 15 à 20 nouveaux investis- seurs et obtenu un quart de million de dollars », dit Gil Michel-Garcia, président de Wafu.

En 2012, la PME montréalaise Wafu - qui produisait alors des vinaigrettes et mayonnaises japonaises depuis cinq ans - a eu besoin de financement pour poursuivre son expansion. «Avec un chiffre d'affaires d'un million de dollars, nous étions trop petits pour intéresser les banques ou les fonds d'investissement, dit Gil Michel-Garcia, président et cofondateur. Nous sommes donc devenus la première entreprise québécoise à faire une levée de capital participatif auprès d'investisseurs accrédités sur la plateforme américaine CircleUp.»

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Contrairement au sociofinancement en don ou en contrepartie - pensez à Kickstarter, Indiegogo et autres -, l'entrepreneur qui lance une campagne de financement participatif en capital (FPC) ne propose pas une récompense ou une précommande, mais des actions de son entreprise.

«Grâce au FPC, nous avons accueilli de 15 à 20 nouveaux investisseurs et obtenu un quart de million de dollars, précise M. Michel-Garcia. Additionné aux autres supports et prêts, cela nous a permis d'atteindre un chiffre d'affaires de plus de 3 M$ en deux ans, d'être considérés comme un client commercial par les banques et, par conséquent, d'avoir accès à d'autres sources de financement.»

Jusqu'au 25 janvier, les campagnes de FPC québécoises étaient réservées aux investisseurs accrédités. À la suite de l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l'Autorité des marchés financiers (AMF), la participation est maintenant ouverte à tous. «Il existe une réglementation pour les entreprises en démarrage et une autre pour les entreprises en croissance», précise Diana Yazidjian, cofondatrice de l'association Financement participatif en capital Québec (FPCQ), qui a pour objectif de promouvoir ce type de financement dans la province. «La seconde réglementation permet aux entrepreneurs de lever un maximum de 1,5 M$ par an auprès d'investisseurs ordinaires qui peuvent investir un maximum de 2 500 $ à la fois.»

Les campagnes de FPC se déroulent sur des plateformes en ligne. Au Québec, l'AMF exige que les entreprises qui les exploitent soient établies dans la province. «À ma connaissance, la plateforme GoTroo est la seule à avoir affiché son intention de permettre aux entreprises de publier leur offre d'émission d'actions», dit Mme Yazidjian.

Accès rapide aux fonds

Selon M. Michel-Garcia, aussi cofondateur de FPCQ, le FPC est «l'une des meilleures solutions pour les entreprises qui ont déjà réussi sur le marché et qui ont un chiffre d'affaires de 0,5 à 3 M$».

«L'accès aux fonds est rapide, car la campagne peut durer au plus 90 jours, explique Mme Yazidjian. Il y a peu de paperasse à remplir, mais beaucoup de rétroaction entre les émetteurs et les investisseurs.»

«Il ne faut pas seulement voir le FPC comme une manière de lever des fonds, mais aussi comme un outil de promotion, renchérit M. Michel-Garcia. Dès que les investisseurs sont aussi des consommateurs, ils deviennent des ambassadeurs de la marque.»

Ces avantages ont quelques contreparties : pour attirer des investisseurs, l'entrepreneur doit être bien préparé, très présent sur Internet et les médias sociaux, et disposé à y consacrer temps et ressources. «Avant et pendant la campagne, il faut une personne responsable prête à répondre aux questions et à montrer que l'entreprise est sérieuse, dit Mme Yazidjian. Et il faut que tous les documents soient à jour dès le début. En ligne, le moindre manquement devient vite global.»

«Il est indispensable de consulter un avocat pour rédiger un contrat d'actionnaires qui offre aux investisseurs extérieurs un certain niveau de protection et de confort», ajoute M. Michel-Garcia. Ce contrat précise entre autres leurs droits en cas de faillite et les conditions en vertu desquelles ils pourront retirer leur investissement. Ces conditions sont à la discrétion de l'entreprise.

D'un point de vue réglementaire, certains droits et devoirs de l'entreprise changent quand celle-ci dépasse le seuil des 50 actionnaires. Compte tenu de la limite de 2 500 $ par investisseur, les utilisateurs du FPC risquent de franchir ce seuil. «J'ai déjà discuté du sujet avec l'AMF, car je crois que la situation sera difficile à gérer pour plusieurs», relève M. Michel-Garcia.

Selon les deux experts, un grand travail d'éducation reste à faire, tant auprès des entrepreneurs que des investisseurs potentiels. «Pour que ça décolle, il faudra un leader qui a envie de propager la bonne parole, souligne Diana Yazidjian, de même que l'implication du gouvernement pour mener une campagne de sensibilisation.»

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