Les entreprises autochtones ont plus de difficulté à obtenir du financement

Publié le 22/06/2021 à 08:06

Les entreprises autochtones ont plus de difficulté à obtenir du financement

Publié le 22/06/2021 à 08:06

Par La Presse Canadienne

L'entrepreneure Tammy Maki (Photo: La Presse Canadienne)

La plupart des mariages qui devaient fournir du travail à Tammy Maki ont été annulés lorsque la pandémie de COVID-19 a commencé. La chef de Sudbury, en Ontario, avait une politique de non-remboursement, mais les couples étaient tellement désespérés qu’elle a remis de l’argent et a permis à d’autres de reporter leurs réservations. 

Comme elle n’était pas très occupée, son entreprise ne pouvait pas rester ouverte et Mme Maki en a profité pour lancer une société de chocolat et de pâtisserie, Raven Rising, mais obtenir une aide financière s’est révélé difficile. 

«Je ne suis qu’une seule personne et je n’avais pas beaucoup d’argent. J’ai utilisé une partie de mon règlement pour la rafle des années soixante pour ouvrir mon entreprise», a expliqué Mme Maki, qui a été enlevée du sein de la première nation White Bear de la Saskatchewan et adoptée par une famille finlandaise en Ontario dans les années 1960. 

«En regardant tous ces (programmes) d’aide pour la COVID-19, je ne voyais rien, je n’étais pas admissible.» 

L’expérience de Mme Maki n’était pas inhabituelle. 

Une étude de l’Association nationale des sociétés autochtones de financement, du Conseil national de développement économique autochtone et du Conseil canadien pour le commerce autochtone montre que les entreprises autochtones avaient besoin de plus d’aide financière pendant la pandémie, mais que plusieurs d’entre elles ont eu du mal à y accéder. 

L’enquête réalisée auprès de 825 entreprises autochtones, publiée cette semaine, a révélé que 72% entre elles auraient voulu avoir davantage de soutien financier, et que 44% d’entre elles ne pensaient pas qu’elles pourraient fonctionner jusqu’en juillet sans aide. 

Plus de la moitié des répondants, qui ont été interrogés entre le 18 décembre 2020 et le 1er février 2021, et qui avaient besoin d’aide, ont présenté une demande dans le cadre d’au moins un programme d’aide gouvernemental. 

Au total, 52% se sont qualifiés, mais le quart d’entre eux ont eu des difficultés à répondre aux critères d’admissibilité et près de la moitié ont déclaré que les exigences financières étaient un obstacle à l’accès à l’aide. 

«Cela indique vraiment un chaînon manquant entre les besoins des entreprises autochtones et l’accessibilité, et aussi la pertinence des soutiens gouvernementaux qui sont offerts», a souligné Samantha Morton, directrice de la recherche du Conseil canadien pour le commerce autochtone. 

Sentiment de méfiance 

Des prêts, des salaires et des subventions au loyer ont été offerts par le gouvernement fédéral, tandis que les provinces ont donné de l’argent pour des équipements de protection et aux secteurs les plus durement touchés par la pandémie, comme l’industrie du divertissement. 

Cependant, Mme Morton a découvert que les entreprises autochtones avaient eu du mal à déterminer les programmes auxquels elles étaient admissibles, ne répondaient souvent pas aux critères ou se laissaient dissuader de postuler parce qu’elles n’étaient pas sûres de pouvoir rembourser les reports ou les prêts. 

«Il y a toujours ce sentiment massif de méfiance entre de nombreuses entreprises autochtones et l’argent du gouvernement», a estimé Mme Maki.

«Si vous contractez un prêt, vous lancez les dés et si vous n’êtes pas en mesure de le rembourser, vous perdez votre entreprise au profit du gouvernement, donc je pense que c’est en grande partie de la détresse.» 

Mme Maki n’était pas admissible à l’aide du gouvernement parce que Raven Rising n’avait pas de personnel et était trop jeune pour afficher des pertes d’une année à l’autre. Elle n’a pas pu obtenir d’aide des organisations autochtones parce qu’elle habite loin de sa bande de la Saskatchewan. 

«Nous reconnaissons que les entreprises autochtones font face à des défis uniques et peuvent avoir été affectées de manière disproportionnée par cette pandémie en raison de leur structure unique», a affirmé Marie-Emmanuelle Cadieux, directrice des communications du ministre des Services aux Autochtones, dans un courriel. 

Mme Cadieux a détaillé les millions que le gouvernement a récemment alloués aux entreprises appartenant aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis, et a ajouté qu’il accordait beaucoup de valeur à ses relations avec les organisations à l’origine de l’étude.

«Les entreprises et les entrepreneurs autochtones ne sont pas encore sortis du bois, a-t-elle affirmé. Mais nous continuerons d’écouter et de répondre aux besoins des partenaires autochtones.» 

L’étude de Mme Morton montre que 36% des entreprises autochtones interrogées n’avaient aucune relation de prêt avec des banques, des coopératives de crédit ou des gouvernements, et que 27% d’entre elles ont demandé une aide non gouvernementale pendant la pandémie.

En outre, 12% ont pris une marge de crédit, 4% ont obtenu le soutien d’un conseil tribal ou d’un gouvernement autochtone et 29% se sont tournées vers des institutions financières autochtones. L’étude a estimé que ces institutions étaient peut−être plus attrayantes en raison de leurs prêts sans intérêt et remboursables, de leurs taux d’intérêt plus bas et de leur compréhension des entreprises autochtones. 

 

Obstacles

Lyle Isbister, président de Cree Oilfield Services en Alberta, a essayé le programme fédéral de prêts aux entreprises. 

«Il y avait tout simplement trop d’obstacles, trop de restrictions, trop de choses pour lesquelles je ne me qualifiais pas et j’ai essayé deux fois, sous deux angles différents», a-t-il indiqué. 

M. Isbister voulait un prêt pour un nouveau camion, qu’il compare à un bureau parce qu’il y passe jusqu’à 14 heures par jour. 

Maintenant, il tente d’obtenir de l’aide avec un programme de remise en état de site offert par le gouvernement de l’Alberta pour les travaux pétroliers et gaziers.  

«Je ne veux pas d’aumône. Cela ne fonctionne pas. Cela n’a pas fonctionné. Cela a détruit mon peuple», a-t-il déploré. «Mais ça ne me dérangerait certainement pas d’avoir un petit coup de main.» 

Pendant ce temps, Mme Morton croit que les programmes d’aide devraient être faciles à découvrir et qu’il devrait être facile d’y appliquer, car les entrepreneurs n’ont pas «12 heures pour passer en revue les aides du gouvernement, découvrir lesquelles sont pertinentes et applicables à leur entreprise, puis suivre le processus de demande.» 

Les prêts intimident de nombreuses entreprises et sont difficiles à rembourser, elle préfère donc les subventions ou les sommes non remboursables. 

«Alors que l’économie se redressera, avec ce fardeau de la dette, le temps viendra où il faudra rembourser (les prêts) et les entreprises autochtones ont vraiment du mal avec cela.» 

 

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