Une année chargée pour Taiga


Édition de Mars 2024

Une année chargée pour Taiga


Édition de Mars 2024

Un gros morceau du plan de match pour Taiga en 2024 sera l’introduction de nouveaux modèles de véhicules. (Photo: courtoisie)

Le constructeur québécois de motoneiges et de motomarines électriques ­Taiga ­Motors se prépare pour une année transformatrice. Non seulement l’entreprise prévoit au minimum de doubler son volume de production, mais elle souhaite aussi introduire de nouveaux modèles de véhicules.

Avec des taux d’intérêt historiquement élevés et une croissance économique qui s’annonce anémique d’ici deux ans, les consommateurs commencent à se serrer la ceinture. Le marché des véhicules récréatifs en souffre. Avant Noël, par exemple, au moment de l’annonce de ses résultats, BRP avouait que le ralentissement économique commençait à toucher ses ventes, et anticipait quelques trimestres difficiles.

À Taiga Motors, par contre, aucune trace de ce pessimisme. Si l’entreprise a réduit ses effectifs de 8 % sur une base temporaire en janvier, elle affirme toutefois que cela s’inscrit dans un objectif de réduction des coûts et de profitabilité. Le PDG de l’entreprise, Samuel Bruneau, entrevoit malgré tout une année de réalisations et de franchissement de jalons, et ce, en dépit du contexte économique.

« Le marché ralentit, reconnaît-il. Mais notre production reste petite et nos clients sont des enthousiastes ayant plus de moyens. Ils désirent aussi être les premiers à obtenir l’un de nos véhicules, ce qui nous met à l’abri des aléas vécus dans le marché du sport motorisé traditionnel. »

Sur le plan de la clientèle, Taiga Motors jouit d’ailleurs d’un avantage par rapport à ses compétiteurs, explique le PDG. Oui, certains de ses clients sont des passionnés de sports motorisés qui recherchent la performance, une base de clientèle partagée avec toute l’industrie des véhicules récréatifs. Toutefois, une bonne partie de sa clientèle est composée de nouveaux acheteurs qui n’ont jamais possédé de tels engins.

« Certains de nos clients n’auraient jamais fait de sport motorisé, en raison par exemple de convictions environnementales, mais la motorisation électrique vient tout changer », raconte Samuel Bruneau. La réduction du bruit, qui freine par exemple l’achat de motomarines, est un autre avantage qui crée un nouveau bassin d’acheteurs.

Pour répondre à la demande, Taiga se prépare à accélérer sa production.

 

Ouvrir les vannes

En novembre dernier, l’entreprise annonçait avoir atteint une étape importante de son développement avec la production de son 1000e véhicule électrique, une motomarine Orca Performance. Au dernier trimestre seulement, sa production avait d’ailleurs plus que doublé, atteignant 365 véhicules.

En 2024, après avoir travaillé à mettre en place sa ligne de production, son réseau de distribution et ses chaînes d’approvisionnement, l’entreprise aimerait au minimum doubler sa production. Un objectif qu’elle veut atteindre autant pour ses motoneiges que ses motomarines. À plus long terme, l’entreprise se prépare à agrandir ses équipes et à embaucher de nouveaux assembleurs pour franchir le cap des 10 000 véhicules produits par année en 2026.

Questionné sur les différents défis liés à l’augmentation de la production prévue cette année, le PDG estime avoir déjà relevé les plus importants d’entre eux.

« Pour en arriver au niveau de production actuel, par exemple, on a dû faire de grands efforts pour optimiser nos chaînes d’approvisionnement », dit Samuel Bruneau. Il estime aujourd’hui avoir réussi à trouver des fournisseurs qui pourront produire des pièces à des prix intéressants, mais aussi en volume suffisant pour grandir avec l’entreprise.

Des mots qui rassureront certainement les investisseurs, car l’entreprise a connu certaines difficultés l’an dernier, ayant été incapable de produire les 2500 à 3000 véhicules qu’elle avait prévus en novembre 2022.

« Cette fois-ci, on a résolu les problèmes de production et d’approvisionnement qui nous ont ralenti l’an dernier », dit le PDG, qui est certain d’être « très bien lancé » pour atteindre ses cibles en 2024.

Par ailleurs, si sa chaîne de montage de batteries est déjà automatisée et robotisée, Taiga veut automatiser davantage le reste de son usine tout au long de l’année, dit le PDG, qui anticipe ainsi faire des gains d’efficacité considérables.

 

Vers de nouveaux modèles…

Un autre gros morceau du plan de match pour Taiga en 2024 sera l’introduction de nouveaux modèles de véhicules. Ceux-ci seront basés sur les mêmes plateformes que les véhicules qu’elle produit actuellement, mais cibleront de nouveaux segments du marché, explique Samuel Bruneau.

Les motoneiges fabriquées par l’entreprise sont déjà populaires auprès des centres de ski, par exemple. Mais le segment commercial ne représente que 20 % du marché total des motoneiges, résume le PDG. Pour cette raison, il compte mieux développer le segment « performance » du marché.

« La motorisation électrique offre un super avantage sur ce plan-là, dit le président. L’accélération est instantanée, plus rapide que les moteurs à combustion. Ça va nous permettre d’offrir un produit haute performance qui est plus agile. »

À plus long terme, Taiga aimerait également investir deux autres segments de marché. Le premier serait celui des autoquads biplaces (véhicules côte à côte) électriques. « C’est un marché en grande expansion et on aimerait y entrer dans les années à venir », dit le PDG.

L’entreprise a déjà commencé à développer un véhicule et a même réalisé des prototypes en interne. Elle réutilisera sa plateforme d’électrification pour en assurer la propulsion, ce qui simplifiera quelque peu son travail de développement.

Le second segment à cibler serait celui des partenariats. Taiga veut ainsi travailler avec des constructeurs de véhicules à combustion qui cherchent à électrifier leurs engins. Selon le président, des fabricants de bateaux de pêche ou de wakeboard, par exemple, pourraient être intéressés par ses systèmes de motorisation électrique.

« On peut produire nos systèmes électriques à haut volume mais, surtout, les vendre à des prix intéressants et compétitifs, dit Samuel Bruneau. Cela nous distingue parce que actuellement, beaucoup de fabricants cherchent ces types de solutions, mais celles qui sont sur le marché restent chères. »

 

… et de nouveaux marchés aussi

L’été dernier, Taiga annonçait ses premières livraisons en Californie, une expansion notable de sa présence aux États-Unis puisqu’il s’agit d’un des trois principaux pôles de navigation de plaisance dans le pays — les deux autres étant la Floride et le Texas, où elle est déjà présente. Mais là ne s’achèvent pas ses ambitions d’expansion géographique.

L’entreprise aimerait continuer de croître aux États-Unis, dans d’autres États, de même qu’ailleurs dans le monde. « Vous pouvez vous attendre à lire plusieurs annonces à cet égard au cours de l’année », dit Samuel Bruneau.

Sur le plan international, l’entreprise vise à se faire une place en Amérique du Sud, quoique Samuel Bruneau admet n’avoir pas encore arrêté son intérêt sur un pays ou un groupe de pays précis. « C’est un marché intéressant parce qu’il est moins saisonnier qu’en Amérique du Nord », dit-il.

Une expansion plus importante est également prévue l’an prochain en Europe, surtout dans les pays scandinaves, dans le marché des motoneiges principalement. Taiga estime que ses produits auront une bonne traction là-bas, les consommateurs étant plus avancés qu’ici sur le plan de l’adoption des véhicules électriques.

Cette expansion signifie par ailleurs que l’entreprise devra agrandir son réseau de fournisseurs de services Taiga, soit les concessionnaires qui assurent les livraisons et le service après-vente de ses véhicules. Actuellement au nombre de 36 en Amérique du Nord, ceux-ci devraient doubler au cours de l’année 2024, un « gros projet » admet le PDG.

Réfléchissant à la baisse du titre de son entreprise, passant d’environ 13 $ au moment de son introduction en Bourse à moins de 1 $ aujourd’hui, Samuel Bruneau reste confiant. Il avoue que la baisse n’est « pas le fun à voir », mais fait valoir que plusieurs titres de son industrie ont été affectés par un ensemble de facteurs macroéconomiques. Au-delà de l’économie, il reconnaît que l’entreprise a subi des ralentissements de production, mais estime qu’il ne s’agissait que de revers temporaires.

« On demeure forts. On est les premiers au monde à fabriquer ce type de véhicules », dit Samuel Bruneau. Avec l’augmentation de la production et des ventes, il espère bien voir le titre repartir à la hausse.

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