Trois dossiers qui s'annoncent chauds entre le Canada et les États-Unis

Publié le 17/01/2009 à 00:00

Trois dossiers qui s'annoncent chauds entre le Canada et les États-Unis

Publié le 17/01/2009 à 00:00

Par François Normand

Barack Obama fera sa première visite à l'étranger au Canada, restaurant ainsi une tradition et envoyant le message qu'Ottawa compte à ses yeux.

Mais au-delà du symbole, la relation entre les deux pays risque d'être tendue en raison de deux dossiers sensibles : le bois d'oeuvre et la guerre en Afghanistan.

En septembre 2006, le Canada et les États-Unis ont signé l'Accord sur le bois d'oeuvre résineux, qui mettait fin à une guerre amorcée au début des années 2000 par la puissante Coalition for Fair Lumber Imports, un groupe américain de producteurs de bois.

Or, cette coalition pourrait relancer les hostilités, selon Raymond Chrétien, associé chez Fasken Martineau, tout juste de retour d'un séjour à Washington.

Les producteurs de bois américains sur le pied de guerre

"On m'a dit que la coalition n'aime pas certains aspects du dernier accord, et qu'elle pourrait les contester en justice", dit celui qui a été ambassadeur du Canada à Washington de 1994 à 2000. Selon lui, c'est le genre de dossier où les Américains ne lâchent jamais : "C'est toujours à reprendre; ce n'est jamais terminé."

Même inquiétude du côté de Michel Vincent, directeur économie, marchés et commerce international, du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ). "La survie de l'accord nous préoccupe", dit-il, en ajoutant qu'il y aura beaucoup de pression en 2009 pour modifier l'entente, voire la remettre carrément en cause.

"La Coalition américaine est tranquille pour l'instant, précise M. Vincent. Mais il est évident qu'elle attend la mise en place de la nouvelle administration Obama à Washington pour reprendre les hostilités." La dernière guerre du bois d'oeuvre avait été pénible pour l'industrie forestière au Québec.

Des signes encourageants du côté de l'ALENA

L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) sera aussi un dossier important entre les deux pays. Durant la course à l'investiture démocrate, l'an dernier, Barack Obama avait évoqué la possibilité de renégocier l'entente. Des analystes ont toutefois souligné qu'il s'agissait d'un discours électoraliste.

Jean-Michel Laurin, vice-président, politiques d'affaires mondiales, des Manufacturiers et exportateurs du Canada (MEC), ne croit pas non plus qu'il faille s'inquiéter outre mesure d'une réouverture de l'entente de libre-échange.

Selon lui, le candidat nommé par Barack Obama au poste de U.S. Trade Représentative (l'équivalent du ministre du Commerce international), Ron Kirk, est plutôt de bon augure. "Cet ancien maire de Dallas, au Texas, s'est prononcé publiquement et à plusieurs reprises en faveur de l'ALENA, ces dernières années."

Earl Fry, négociateur américain lors des pourparlers sur l'Accord de libre-échange (ALE, une entente en vigueur entre les États-Unis et le Canada de 1989 à 1994), ne croit pas non plus que l'administration Obama demandera une renégociation formelle de l'ALENA.

"Ce n'est pas dans l'intérêt des États-Unis, d'autant plus que cela pourrait menacer l'approvisionnement énergétique du pays", dit ce professeur de l'Université Brigham Young, à Washington.

Le Canada est le premier exportateur de pétrole et de gaz naturel aux États-Unis.

Le Canada devra-t-il en faire plus en Afghanistan ?

La guerre en Afghanistan sera aussi une priorité de Barack Obama.

La mission canadienne dans ce pays se termine en 2011. Le hic, c'est que Washington compte y accentuer sa présence et qu'il demandera sans doute aux autres pays membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), y compris le Canada, d'en faire plus.

Ottawa devrait-il prolonger son engagement militaire ? Outre la mort de soldats canadiens (plus d'une centaine ont déjà été tués), ce scénario entraînerait une pression supplémentaire sur les finances publiques canadiennes. Or, notre économie aura besoin du soutien du gouvernement pour traverser la crise.

Le Canada pourrait-il dire non aux États-Unis ? "Oui, on l'a fait dans le passé, pendant la guerre du Viêtnam et celle en Irak, en 2003", dit Louis Balthazar, président de l'Observatoire des États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM et professeur émérite à l'Université Laval.

Par ailleurs, à moins de changer le mandat de la mission canadienne en Afghanistan, Ottawa aura beaucoup de difficulté à convaincre une majorité de Canadiens du bien-fondé d'une prolongation, surtout au Québec. "Il y a beaucoup de doutes sur la capacité de gagner cette guerre", souligne Raymond Chrétien.

francois.normand@transcontinental.ca

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