Quel impact le plan de Biden aura-t-il sur les entreprises canadiennes?

Publié le 20/01/2021 à 09:08

Quel impact le plan de Biden aura-t-il sur les entreprises canadiennes?

Publié le 20/01/2021 à 09:08

Par La Presse Canadienne
Le 46e président des États-Unis, Joe Biden

Le 46e président des États-Unis, Joe Biden (Photo: La Presse Canadienne)

Les entreprises canadiennes qui répondent à des appels d’offres du gouvernement américain pourraient être exclues du processus d’approvisionnement si Joe Biden suit son plan protectionniste «Buy American» après son arrivée à la présidence des États-Unis mercredi, selon des experts des milieux des affaires et du commerce.

Les fabricants et les exportateurs au Canada fournissent une vaste gamme d’équipements aux projets de travaux publics en sol américain, allant des bâtiments scolaires aux installations de traitement des eaux usées.

Mais la promesse de M. Biden de donner la priorité aux fournisseurs américains et aux produits fabriqués aux États-Unis pourrait nuire aux entreprises canadiennes en les empêchant de soumissionner, surtout lorsqu’il dévoilera son plan d’infrastructure le mois prochain.

Cette mesure pourrait perturber la chaîne d’approvisionnement Canada−États-Unis et entraîner d’importantes tensions commerciales, selon des experts.

Pourtant, les entreprises les plus durement touchées seront celles directement impliquées dans les contrats du gouvernement américain, disent-ils.

«Si vous êtes dans le domaine des projets d’approvisionnement pour le gouvernement comme les infrastructures municipales, ce sont les entreprises les plus à risque», a déclaré Dennis Darby, président et chef de la direction de Manufacturiers et exportateurs du Canada.

 

Des règles nuisibles aux deux pays?

Des règles plus strictes aux États−Unis pour les achats fédéraux pourraient nuire à la fabrication des deux côtés de la frontière, a-t-il prédit.

«Les fabricants sont tellement intégrés partout en Amérique du Nord», a ajouté M. Darby, soulignant que les entreprises canadiennes fabriquent en grande partie les «pièces détachées» qui entrent dans la chaîne d’approvisionnement continentale. 

«Lorsque les fabricants américains réussissent, les fabricants canadiens réussissent aussi. Nous faisons tous partie de la même chaîne d’approvisionnement. » 

Selon des experts, les plus grands perdants à une époque de plus grand protectionnisme aux États-Unis seront probablement un large échantillon d’entreprises canadiennes qui fournissent des produits aux municipalités américaines.

Les entreprises qui fournissent des équipements de pompage pour les installations d’aqueduc municipales, des tuyaux pour de nouvelles conduites d’égouts ou des structures pour de nouvelles aires de jeux pourraient toutes en souffrir, croient-ils.

 

Exceptions

Le Canada et les États-Unis ont déjà des dispositions «d’achat national» tirées des accords commerciaux existants. Les achats militaires, par exemple, excluent les fournisseurs étrangers. 

Donald Trump a mis en place sa propre politique d’achat américain, mais on ne sait pas dans quelle mesure M. Biden pourra élargir ces dispositions sans faire face à une contestation judiciaire, a déclaré l’expert commercial Lawrence Herman.

«La question sera de savoir si l’élargissement de la disposition Buy American est autorisé dans le cadre de l’accord (de l’Organisation mondiale du commerce)», a expliqué M. Herman, avocat spécialisé en commerce international chez Herman et Associés.

Mais l’impact d’un programme Buy American sur les entreprises canadiennes pourrait être généralisé, a-t-il noté.

«Il existe de nombreuses entreprises canadiennes qui fournissent des produits aux municipalités américaines», a déclaré M. Herman. «Elles pourraient toutes être affectées.»

Colin Robertson, l’un des négociateurs de l’Accord de libre-échange Canada−États-Unis d’origine et de l’Accord de libre-échange nord-américain, a dit que le Canada devra arriver à la table avec des solutions.

«Si M. Biden réussit, vous entendrez des entreprises canadiennes dire qu’elles se sentent exclues des projets américains», a prédit M. Robertson, vice-président et chercheur à l’Institut canadien des affaires mondiales.

 

Plan de relance

«Il serait presque mieux de s’en occuper à la pièce», a ajouté l’ancien diplomate canadien. «Si le gars qui construit des ensembles de jeux en Ontario ne peut pas soumissionner sur un nouveau terrain de jeu, ce que vous voulez faire, c’est essayer de convaincre la province et l’État de trouver ensemble une solution.»

Si le plan de relance massif de M. Biden est approuvé, la demande pour des matériaux de construction — en particulier l’acier et l’aluminium — pourrait être énorme, a noté M. Robertson.

Mais si le plan Buy American est accéléré et commence à avoir un impact sur les matériaux en provenance du Canada, il croit que les négociateurs devront faire remarquer qu’au bout du compte, ils obtiendront une meilleure valeur en incluant des matériaux produits au Canada.

«Si vous voulez une valeur maximale pour ces dollars, il vaut mieux ouvrir les enchères», a déclaré M. Robertson. «Le défi avec ces types de programmes ’Buy American’ est que cela peut créer des cartels dans une localité qui feront grimper les prix.»

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