Mentorat, coaching et... un salaire annuel


Édition du 04 Juin 2016

Mentorat, coaching et... un salaire annuel


Édition du 04 Juin 2016

Par Matthieu Charest

Nicolas Duvernois, président fondateur de PUR Vodka. [Photo : Martin Flamand]

Fin 2009, Nicolas Duvernois remporte le World Vodka Masters, à Londres. Le président fondateur de PUR Vodka détient alors la meilleure vodka du monde. Pourtant, la nuit, il doit encore laver des planchers pour gagner sa vie. Le jour levé, il travaille pour son entreprise. Semaine après semaine, le manège recommence.

Heureusement pour lui, il a eu la chance de se faire «adopter» pendant cette traversée du désert. Après avoir été lauréat d'une des saisons de la série VoirGRAND.tv, il se lie d'amitié avec la productrice, Anne Marcotte. Elle lui présente Philippe de Gaspé Beaubien III, philanthrope et entrepreneur. À partir de cette rencontre, il a deux mentors à ses côtés, qui l'aident à engager son entreprise sur la bonne voie.

Son histoire l'amène aujourd'hui à lancer Adopte inc. avec ses deux parrains. Objectif : changer la vie de 25 entrepreneurs au moment clé de la commercialisation. À l'étape où Nicolas Duvernois en aurait eu lui-même bien besoin.

L'initiative est portée par cinq «adopteurs» : Guy Cormier du Mouvement Desjardins, Alain Bouchard d'Alimentation Couche-Tard, Eric Boyko de Stingray, Pierre Pomerleau de la firme de construction Pomerleau ainsi que Philippe de Gaspé Beaubien III. Chacun d'entre eux s'engage à «adopter» un entrepreneur québécois de 18 à 39 ans pendant un an et à lui verser 24 000 $, sous forme de versements toutes les deux semaines. «Si j'avais eu accès à 24 000 $ à ce moment - mon salaire annuel de l'époque -, j'aurais sûrement gagné 18 mois pour faire avancer mon entreprise. Bien sûr, on ne vit pas riche avec 24 000 $, mais c'est juste assez pour pouvoir se concentrer à 100 % sur son entreprise», dit Nicolas Duvernois.

L'adopté recevra aussi des formations, du mentorat, l'accès à des réunions stratégiques - une rencontre avec le conseil d'administration, par exemple - ainsi qu'au réseau de relations du mentor.

Vingt autres jeunes entrepreneurs seront sélectionnés et profiteront des mêmes avantages, hormis le salaire. Pour la partie conseil, les adoptés bénéficieront de l'expertise de partenaires tels que le cabinet d'avocats Norton Rose Fulbright, le cabinet-conseil Deloitte et l'agence Lg2, spécialisée en stratégies d'affaires, qui donneront un coup de main dans leurs champs de compétence.

Une sélection au peigne fin

Les entrepreneurs peuvent soumettre leur candidature accompagnée d'une courte vidéo sur le site Web d'Adopte inc. Les cofondateurs promettent un processus convivial, élaboré par Lg2, où les intéressés n'auront qu'à suivre les étapes afin de soumettre leur dossier. Le dépôt des candidatures s'étendra jusqu'au 2 août. Les dossiers de candidature seront d'abord épluchés par des représentants de l'École de technologie supérieure (ÉTS), qui en retiendra 75. Par la suite, les partenaires d'Adopte inc. sélectionneront 25 candidats. Ceux-ci seront présentés aux adopteurs qui choisiront chacun un coup de coeur. L'annonce des 25 adoptés est prévue en septembre, lors d'une soirée qui se déroulera à la tour Deloitte.

Aux antipodes d'un stage

Il ne s'agit pas d'un stage rémunéré. Même si les jeunes entrepreneurs seront soutenus par leur adopteur et son organisation, ils resteront responsables de la réussite de leur entreprise. L'idée, c'est qu'ils puissent se consacrer à faire décoller celle-ci plutôt qu'être prisonnier d'un horaire surchargé. D'où le premier critère de sélection : être parvenus à l'étape de la commercialisation. Autrement dit, ils doivent avoir réalisé au moins une vente, peu importe sa valeur, un dollar ou un million de dollars.

«Idéalement, nous ne prendrons pas de start-up afin d'être certains que ces jeunes sont prêts à prendre des risques. Qu'ils ont déjà échoué, pleuré, été "en beau fusil", qu'ils se sont tués à l'ouvrage», raconte Nicolas Duvernois.

«Nous allons sélectionner les gagnants parmi ceux qui sont déjà passés par le "filtre de la vie", ajoute-t-il. Ceux qui ont commencé à vendre, mais qui ont besoin d'un élan. Je veux les aider à accélérer cette période-là, pour ne pas qu'ils échouent», ajoute-t-il.

C'est aussi de la «sueur» que recherche Anne Marcotte, cofondatrice de l'initiative et pdg du Groupe Vivemtia, firme de conception et de production média de Québec. «On ne cherche pas des gens qui ne vivent qu'à travers une idée, qui en sont à leurs balbutiements. On veut des gens pour qui être adoptés changerait tout. Oui, par de l'aide financière, mais surtout par des relations. Souvent, en affaires, ce n'est pas ce qu'on connaît qui importe le plus, mais bien qui on connaît.»

Donner au suivant

«Nos adoptés redonneront une fois leur tour venu. Nous voulons qu'Adopte inc. se propage partout et fasse rayonner le Québec dans le monde. D'ailleurs, je sais que notre projet est étudié par le gouvernement du Québec. Il pourrait faire partie d'une politique entrepreneuriale», soutient Anne Marcotte.

Pour les trois cofondateurs, cette première cohorte n'est qu'un premier pas. Après tout, si cinq adopteurs s'embarquent dans l'aventure, pourquoi pas 500, ou 1 000 ? se disent-ils.

CRITÈRES DE SÉLECTION DES «ADOPTÉS»

L'entrepreneur doit :

> Diriger (fonction de directeur général) l'entreprise qu'il a fondée

> Être actionnaire majoritaire (au moins 51 % des actions)

> Avoir de 18 à 39 ans inclusivement

> Travailler à temps plein pour sa propre entreprise

> N'être l'objet d'aucun recours légal, ni le candidat ni l'entreprise

> Être citoyen canadien ou résident permanent (les non-résidents doivent détenir leur certificat de sélection du Québec pour pouvoir soumettre leur candidature)

L'entreprise doit :

> Être constituée en société, selon la loi fédérale ou provinciale

> Avoir son siège social au Québec

> Être à l'étape de la commercialisation

> Miser sur de solides éléments de différenciation

> Si aucune vente n'a encore été réalisée, être dotée d'un concept solide ou d'un produit (ou prototype qui fonctionne) offrant un bon potentiel de croissance

> Ne pas posséder de surplus de liquidité ni trop de capital

> S'ouvrir à tous les secteurs d'activité, à l'exception : des projets à caractère sexuel, religieux ou politique ; des projets de R-D ; du travail autonome ; de toute activité illégale ou illicite

LES «ADOPTEURS»


[Illustration : Dorian Danielsen] 

Guy Cormier, président du conseil et chef de la direction, Mouvement Desjardins

La conscience sociale 

Le Mouvement Desjardins a été la première grande organisation à entrer dans la danse. Et tout ça, à cause d'un message texte qu'Anne Marcotte a envoyé à Stéphane Achard, premier vice-président et directeur général, entreprises, services de cartes et monétique de Desjardins. «Donnez-moi 15 minutes pour vous présenter un projet», lui a-t-elle demandé. Il a accepté. Dès lors, le train d'Adopte inc. a quitté la gare.

Guy Cormier a indiqué à Les Affaires que son engouement pour Adopte inc. s'explique en partie pour l'homme qui est derrière : Nicolas Duvernois.

«Pour nous, il y a eu un véritable déclic avec cet entrepreneur que nous connaissons depuis déjà quelques années. Nous sommes amoureux du projet, c'est sûr. Mais en plus, l'individu qui le porte dégage de la confiance en soi, le goût du dépassement et l'intelligence de faire différemment.»

«Je ne souscris pas du tout aux discours négatifs, qui parlent de déclin ou de morosité économique, affirme M. Cornier. Je vois plutôt des défis stimulants. Je veux que le Québec se surpasse. Et le projet de Nicolas Duvernois, d'Anne Marcotte et de Philippe de Gaspé Beaubien III, c'est très concret. On n'est pas du tout dans les groupes de réflexion. On est dans l'action. On accompagne un entrepreneur afin, à terme, de créer des emplois et de l'activité économique. C'est très terre à terre.»

Plus de 200 candidats à l'adoption se sont manifestés, assure Nicolas Duvernois, alors que le projet n'était même pas lancé. Ce sont les valeurs du candidat qui dicteront le choix de Guy Cormier pour son «adopté».

«Je veux quelqu'un qui, au-delà de sa propre entreprise, au-delà du cash, est investi dans une mission plus grande. Quelqu'un qui veut avoir un impact sur notre société, qui a une conscience sociale. Qui veut contribuer à améliorer notre sort», dit le président de Desjardins.


[Illustration : Dorian Danielsen] 

Alain Bouchard, fondateur et président du conseil exécutif du conseil, Alimentation Couche-Tard

L'importance de la relève 

C'est avec passion qu'Alain Bouchard parle d'entrepreneuriat et de relève. Pour lui, «entreprendre, c'est réinventer sa vie au quotidien. Et la seule façon d'améliorer le sort de notre société, c'est par de nouveaux entrepreneurs. Ce ne sont pas les institutions qui créent de la richesse, mais bien les entreprises», affirme-t-il.

Quand Philippe de Gaspé Beaubien III, qu'il connaît bien, lui a présenté le projet, il a tout de suite accepté d'y contribuer. «J'aime son approche. Non seulement on va libérer un jeune entrepreneur de la pression financière qui pèse sur ses épaules à ses débuts, mais on va aussi lui offrir du mentorat et des formations.»

Ce qui ne veut pas dire que le fondateur de Couche-Tard juge nécessaire de passer le plus clair de son temps avec l'«adopté». Il sera là pour lui présenter son équipe de direction et lui ouvrir son carnet de relations au besoin. Un accès à un réseau qui vaut sans doute davantage que 24 000 $ pour plusieurs jeunes entrepreneurs québécois.

Son adopté idéal, il l'imagine oeuvrant dans un secteur connexe à son entreprise : alimentation, restauration, distribution, commerce de détail, soit un spectre assez large. Étant donné la taille de Couche-Tard, même un candidat provenant du secteur immobilier pourrait y trouver son compte.

«Je ne sais pas trop comment je vais choisir, lance-t-il. Mais je sais que j'aime voir l'intelligence dans les yeux, les gens qui pensent "en dehors de la boîte", qui sont allumés, qui savent se projeter dans l'avenir et qui sont prêts à tout pour réussir. Ceux qui se mettent des barrières, qui ne sont pas prêts à faire telle ou telle chose, j'aime moins. Et l'argent ne doit pas être une fin en soi, la seule motivation. L'argent, ça peut être un très mauvais conseiller.»


[Illustration : Dorian Danielsen] 

Pierre Pomerleau, pdg, Pomerleau

L'authenticité 

Pierre Pomerleau n'a pas hésité longtemps après que Philippe de Gaspé Beaubien III lui eut présenté Adopte inc. «J'ai dû y réfléchir au moins une bonne seconde avant d'embarquer, lance-t-il en riant. On ne peut pas dire non à un projet comme ça, raconte M. Pomerleau. L'entrepreneuriat, c'est encore jeune au Québec : ça ne fait pas quatre générations que c'est encouragé. Et si nous ne soutenons pas notre propre relève, à quoi ressemblera le Québec de demain ? On perd des sièges sociaux, il faut bien en créer d'autres !»

Pour Pierre Pomerleau, l'intérêt de cette initiative dépasse largement le salaire annuel versé aux cinq entrepreneurs adoptés. Pour l'homme d'affaires, c'est le temps investi auprès d'eux qui sera l'élément clé. Il souhaite servir de catalyseur, comme le fait auprès de lui le conseil d'administration de Pomerleau. «Cette équipe m'aide, me conseille et me permet de réfléchir, de prendre du recul. Une simple rencontre qui permet d'articuler sa vision, sa stratégie, ça apporte souvent 90 % de la réponse qu'on cherche et qui permet de faire avancer son entreprise.»

Pierre Pomerleau, qui est très impliqué auprès de l'École d'entrepreneurship de Beauce, se souvient d'un atelier qu'il a donné auprès d'une vingtaine d'entrepreneurs. «Nous avions organisé un exercice sur le réseautage. Je me souviens d'une entrepreneure qui en tremblait tellement elle était mal à l'aise lorsqu'elle parlait devant des gens, même un petit groupe. Sur une échelle de 1 à 10, elle s'était donné "1" pour ses aptitudes en réseautage. Puis, elle a eu le courage d'en parler devant tout le monde. À la fin de la soirée, on l'a élue «star de la journée» . C'est parce qu'elle n'a pas essayé de jouer un jeu. Les gens vrais, entiers, authentiques, ils connectent facilement. C'est ça que je recherche chez mon "adopté".»


[Illustration : Dorian Danielsen]

Eric Boyko, président et chef de la direction, Stingray

Le guerrier 

Eric Boyko, président et chef de la direction de Stingray, dégage une énergie hors du commun. Toujours dans l'action, il semble concevoir mille idées à l'heure. Une constante, toutefois : «J'adore l'entrepreneuriat. Je suis en affaires depuis 30 ans ; c'est simple, c'est ma passion. Et je dis toujours qu'il "vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion". Je pourrais m'impliquer au CHU Sainte-Justine, par exemple. Mais je ne suis pas médecin. Je n'aurai jamais autant d'impact que si je m'investis pour promouvoir et soutenir l'entrepreneuriat».

Engagé auprès d'organisations variées, au conseil d'administration de la Banque de développement du Canada, entre autres, il considère que sa force repose sur sa capacité à créer des liens entre les gens.

Pour que le candidat à l'adoption soit choisi par Eric Boyko, il faudra un coup de coeur de la part du président envers le jeune entrepreneur. Un déclic difficile à décrire. Mais une chose est sûre : «J'aime les grands projets, les grandes idées. Mais, un peu à la manière de Warren Buffett, je veux comprendre le projet. Je ne suis pas un gars de nanotechnologie, par exemple. Je veux comprendre la viabilité du modèle d'entreprise. Je veux que le commun des mortels comprenne rapidement de quoi il s'agit.»

Très terre à terre, le patron de Stingray. Il favorise aussi des initiatives B2B, qui sont plus dans son «ADN», selon lui, que le commerce B2C. Quel que soit le domaine, pour «les projets qui requièrent des dépenses ou des investissements importants, je suis l'homme de la situation».

Afin d'aider son «adopté», il envisage deux axes : lui ouvrir son réseau de relations et lui apprendre l'importance de la rigueur financière. «C'est simple, quand les ventes vont bien, tout va», dit-il.


[Illustration : Dorian Danielsen] 

Philippe de Gaspé Beaubien III, cofondateur d'Adopte inc., investisseur et philanthrope

Le révolutionnaire 

Au départ, la place «d'adopteur» du cofondateur d'Adopte inc. était réservée à une femme. Cependant, malgré tous les efforts de l'équipe pour en recruter une, la quête est restée vaine. «Les femmes d'affaires sont déjà très recherchées», souligne Philippe de Gaspé Beaubien III. Non seulement le réservoir est plus petit, mais celles qui répondent aux critères d'adopteurs ont un horaire surchargé.

Toutefois, ce n'est pas par dépit que le philanthrope a accepté de prendre un «adopté» sous son aile ; au contraire, l'homme est épris d'entrepreneuriat. «Nous avons plusieurs problèmes au Québec, et ça m'inquiète, dit-il. Nous manquons de relève, familiale entre autres. Nous ne sommes pas assez à l'aise pour exporter, et nous nous sous-évaluons. L'entrepreneuriat, c'est ça qui va bâtir le Québec.»

Quant au jeune entrepreneur qu'il adoptera, M. de Gaspé Beaubien III recherche un passionné, peu importe l'industrie dans laquelle elle ou il travaille. Quelqu'un qui est «en guerre», qui en mange, qui pense constamment, qui a tout le temps de nouvelles idées.

De plus, le produit ou le service de son adopté doit être révolutionnaire, rien de moins. «Je veux une technologie qui bouscule l'ordre établi.»

En contrepartie, M. de Gaspé Beaubien III lui offrira un mentorat, une stratégie pour obtenir du financement et des relations. «Adopte inc., ce n'est que la pointe de l'iceberg. Nous commençons petits, et après, nous aurons un impact sur le monde entier.»

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