Liés en amour... et en affaires


Édition du 12 Février 2020

Liés en amour... et en affaires


Édition du 12 Février 2020

Par Claudine Hébert

(Photo: Martin Flamand)

Ils se sont rencontrés, se sont aimés, ont fondé une famille... et ont aussi créé une entreprise. Comment font ces couples entrepreneurs pour faire perdurer la relation d'affaires et d'amour ?

Jamais Julie Bernard ne dira à son amoureux Yan Caron : « Décroche du travail ! » Des propos que Yan ne tiendra jamais non plus à l'endroit de sa douce. Depuis 2007, ce couple originaire de Sept-Îles, qui se fréquente depuis 20 ans, est copropriétaire du studio Locomotion, à Montréal. Deux autres actionnaires, Patricia Houde et Christian Pilon, se partagent les parts de ce gym d'une trentaine d'employés où l'on pratique la boxe, le yoga et l'entraînement athlétique.

Les membres de la famille et les amis sont également avertis. Leurs fêtes, leurs soupers et autres activités sociales passent en deuxième. Sept jours sur sept et les soirs du lundi au jeudi, un des deux membres du couple est généralement présent au studio. Eh oui, la conciliation travail-famille en prend pour son rhume. De même que les moments de qualité passés ensemble avec leur fils âgé de 9 ans.

« Heureusement que nous sommes impliqués tous les deux dans la même entreprise. Ça aide à mieux comprendre la pression et les situations de stress que nous vivons l'un ou l'autre. Que l'on soit au travail, à la maison, même au lit, nos sujets de conversation portent majoritairement sur le studio. En fait, c'est très rare qu'on parvienne à décrocher », reconnaît Mme Bernard. Même lors de leur voyage de noces, en 2012, l'entreprise était le principal sujet de discussion du couple du matin au soir. Leur studio, situé dans les Shops Angus, avait été dévalisé la veille de leur mariage.

« Notre modèle fonctionne bien parce qu'on accepte depuis le début de se parler franchement, de se dire nos quatre vérités. Ce qu'on se dit n'est pas toujours élégant », concède la femme d'affaires âgée de 38 ans. Il y a des moments, dit-elle, où le ton monte allègrement entre les deux gestionnaires au sujet de leurs décisions respectives.

Qui parle à qui ?

Ces situations de friction et d'étincelles sont tout à fait normales, souligne Michel Bundock, PDG du Groupement des chefs d'entreprise, un organisme qui, depuis 1974, vient en aide aux entrepreneurs de la province. « Pourvu que chacun sache qui parle à qui », poursuit cet expert qui a vu défiler une trentaine de couples entrepreneurs venus chercher conseil et accompagnement au cours des vingt dernières années.

« Lorsqu'on gère et détient une entreprise en couple, dit-il, chacun occupe à un moment ou un autre un de ces quatre rôles : celui de conjoint-conjointe, de parent, de propriétaire et de gestionnaire. Puisque le couple entrepreneur partage le même horaire 24 heures sur 24, la relation bénéficiera du fait d'indiquer à l'autre sous quel chapeau on lui adresse la parole. Cette clarté des rôles, que j'appelle l'harmonisation, est fondamentale. »

À propos des rôles, M. Bundock cite un exercice qu'il a, un jour, fait faire à six couples qu'il accompagnait au début des années 2000. « J'ai demandé aux conjoints de réaliser chacun de leur côté l'organigramme de leur entreprise. Un des conjoints n'avait même pas attribué de rôle à sa femme qui était pourtant actionnaire à 50 % avec lui. Un oubli pour lequel cet entrepreneur s'est vivement fait réprimander par les autres personnes assises autour de la table », raconte-t-il.

Connaître son partenaire

Camper le bon rôle, c'est aussi apprendre à reconnaître ses compétences et celles de son partenaire. Certains diront que voyager avec son partenaire est un moyen infaillible pour déceler les forces et les faiblesses de l'autre. Claire Landry, psychologue organisationnelle, est d'un autre avis. « Que vous soyez le couple le plus amoureux du monde ou deux bons vieux amis qui se connaissent depuis la maternelle, tant que vous n'aurez pas travaillé ensemble, aucun des deux partenaires ne pourra prétendre bien connaître l'autre sur le plan professionnel. C'est généralement cette méconnaissance de la véritable nature de votre partenaire en milieu de travail, trop souvent camouflée derrière un écran affectif, qui empêche de voir les vraies compétences de ce dernier. Ce qui peut se traduire par de mauvaises surprises », explique la présidente de Landry Groupe Conseil.

Avant de recruter un conjoint ou une amie, prenez le temps de vous poser les bonnes questions, avise cette psychologue qui, en 25 ans de carrière, a aidé plus d'une centaine d'individus souhaitant s'investir dans un partenariat d'affaires. « Vous rejoignez-vous sur le plan des valeurs et de la vision de l'entreprise ? Est-ce qu'il y a une complémentarité des rôles entre les partenaires ? Surtout, êtes-vous prêts à toute éventualité ? Prévoyez des plans B si ça ne fonctionne plus. »

Faire le choix d'être partenaire... sans l'être

Des plans B, Louis Désilets et sa conjointe Louise Choquette n'ont jamais eu à en négocier. Ce couple, formé d'un designer et d'une comptable depuis 37 ans, a toujours refusé de travailler à la même adresse. « Pourtant, les occasions où Louise aurait pu devenir ma partenaire d'affaires ont été nombreuses depuis que j'ai créé mon agence en 1989 », raconte M. Désilets, président fondateur du Studio D, à Montréal, une agence spécialisée en design d'emballage et en positionnement de marque.

D'un commun accord et pour la pérennité de leur couple, ils ont décidé de garder chacun leur indépendance professionnelle. « Ce qui n'empêche pas Louise d'être l'un de mes plus proches fournisseurs. C'est elle, conclut-il, qui fait la comptabilité de l'entreprise et qui cosigne les chèques des employés. »

 

Petit bémol

Bien que Julie Bernard, 38 ans, et Yan Caron, 43 ans, n’aient aucun problème à convaincre les institutions financières de leur accorder du soutien dans le développement et les besoins de leur entreprise, il en est tout autrement pour les prêts personnels. « Parce que nous sommes tous les deux actionnaires de la même entreprise, il nous faut encore la signature de nos parents pour obtenir un prêt personnel pour l’achat d’une maison ou d’une voiture. »

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