Les neuf manches de l'entrepreneur


Édition du 21 Novembre 2015

Les neuf manches de l'entrepreneur


Édition du 21 Novembre 2015

Dans le milieu des start-up, on entend souvent dire que démarrer une entreprise prend de 5 à 10 ans. Les investisseurs de capital de risque ont typiquement des horizons similaires. Cela surprend d'ailleurs de nombreux nouveaux entrepreneurs qui rêvent de succès instantané ou qui voient l'entrepreneuriat comme un engin rapide de création de richesse.

J'ai eu la chance de participer la semaine dernière au Défi Startup 7 Les Affaires à titre de mentor. Ce concours invitait les participants à démarrer une entreprise en seulement sept jours avec un budget de moins de 700 $ ! Dans le cadre du défi, j'ai réalisé une entrevue sur Périscope où nous prenions les questions du public en temps réel. Une des questions était la suivante : «Où te vois-tu, LP, dans cinq ans ?» Après un peu de réflexion (car c'est une question existentielle qu'on peut parfois oublier de considérer à long terme quand on exploite une entreprise au quotidien !), ma réponse a été assez simple : «Continuer de mener l'équipe chez Busbud, car c'est un rôle qui m'amène de nouveaux défis chaque jour et chaque année». Dans les prochains jours, Busbud aura quatre ans ! Je peux dire que chaque année a été très différente en ce qui a trait à mon rôle et que cette période a été riche en apprentissages. La question m'a toutefois fait penser au cycle de vie d'une start-up.

Prenons l'analogie d'une partie de baseball de neuf manches, où chaque année d'existence d'une start-up correspond à une manche. Dans cette partie, il y a trois phases distinctes qui composent le démarrage d'une entreprise et au cours desquelles le rôle de l'entrepreneur est appelé à changer plutôt considérablement.

Au cours des trois premières années, l'entrepreneur est le «lanceur partant». Il commence avec une page blanche. Aucun point pour, aucun point contre. Il doit donner le ton au match. Il espère que ses coéquipiers marqueront des points à l'attaque (il ne peut pas tout faire !), tout en gardant lui-même son équipe dans le match. L'entrepreneur doit faire connaître son entreprise pendant cette période de démarrage. Il «pitche» sa start-up à toutes les conférences et soirées démo possibles. Il jette les bases du produit et commence à mettre en place la stratégie de commercialisation. Éventuellement, il mène le bal pour une ronde de capital «anges» et probablement pour une ronde subséquente de type série A.

De trois à six ans, l'entrepreneur est le «lanceur de relève». Son défi principal : la croissance. Il doit consolider un bon début de match et garder son équipe dans la partie. Il doit également gérer une avance. Il organise, structure et délègue. Il dirige l'expansion de marché, de clientèle ou de produit. La concurrence des adversaires augmente, vu que le concept est connu depuis quelques années. Il doit déjouer ses adversaires. S'il accorde trop de coups sûrs et de points, les visites de son entraîneur au monticule peuvent se multiplier. De plus, au fil des manches, son bras peut se fatiguer ; il est humain après tout ! Dans tous les cas, les membres de son équipe comptent sur lui pour les garder dans la partie ! Il est responsable.

De la 6e à la 9e année, l'entrepreneur est souvent le lanceur spécialiste des fins de match, le releveur. Son défi principal : conduire l'équipe à la victoire. Vers la fin du match, l'équipe détient souvent une avance sur laquelle elle doit bâtir. Parfois, la joute est encore serrée au début de la 8e manche ! Chaque fois, il faut la préserver de main ferme. Il ne faut pas laisser s'effriter tout le travail de l'équipe qui a été nécessaire pour se rendre là. À ce point, l'équipe pense à la victoire et à monnayer tous les efforts des années passées. Il peut s'agir par exemple d'une vente privée d'entreprise ou d'un appel public à l'épargne. Il faut jouer stratégiquement pour obtenir les derniers retraits au bâton !

Comme le joueur de baseball, l'entrepreneur est condamné à évoluer

Je ne sais pas si une manche équivaut à une année dans cette analogie. Cela dit, quelques constats découlent de cette progression :

1) Il est rare qu'un lanceur effectue les neuf manches, ce qu'on qualifie dans le jargon un match complet. En 2014, sur 4 860 parties dans les ligues majeures de baseball, seulement 118 lanceurs (ou 2,4 %) ont fait une partie complète. Je ne serais pas surpris que le ratio soit semblable en affaires. De manière intéressante, ce même ratio au baseball était de 28 % il y a 40 ans, en 1974. Le jeu change et est plus rapide et précis que jamais, et on fait davantage confiance à plusieurs lanceurs «spécialistes» de chaque phase du match pour mener l'équipe à la victoire.

2) Dans tous les cas, les lanceurs accorderont des coups sûrs et des points. Nul n'est parfait. En plus de 100 ans de baseball professionnel, il y a seulement eu 23 «matchs parfaits», c'est-à-dire des matchs où le lanceur a retiré dans l'ordre les 27 frappeurs qu'il a affrontés. Le lanceur doit s'habituer à accorder des points à chacune de ses sorties sur le monticule. Ça prend du caractère !

3) L'entrepreneur doit évoluer constamment pour rester dans le match. Les qualités d'un lanceur partant ne sont pas les mêmes que celles d'un lanceur de relève. Le profil d'un entrepreneur «idéateur» dans les débuts de la boîte, qui met les bouchées doubles pour faire aboutir un concept, est souvent très différent de celui d'un entrepreneur de croissance plus analytique ou d'un entrepreneur plus transactionnel quand on se rapproche de l'étape visant à monnayer les efforts des dernières années passées.

En réalité, certains entrepreneurs se trouvent à lancer les manches 1, 2 et 9 avant de vendre leurs parts à la troisième année de l'entreprise, et d'autres lancent les quatre premières manches avant d'abandonner complètement. Au Québec, très rares sont les entrepreneurs qui ont lancé les neuf manches en général, et encore moins dans une même entreprise.

Depuis les dernières années, il y a aussi beaucoup de nouveaux entrepreneurs de start-up qui franchissent pour la première fois la troisième manche (laquelle correspond typiquement à la série A) et qui doivent normalement commencer à bâtir ou à compléter leur équipe de gestion, ou sinon à penser à assurer la relève. Comme au baseball, c'est souvent une équipe de lanceurs, plutôt qu'un seul lanceur, qui gagnera le match !

LP Maurice est le pdg et cofondateur de Busbud, une entreprise de commerce électronique spécialisée dans le voyage en autobus interurbain partout dans le monde. Il a été le lauréat du prix Arista «Entrepreneur de l'année» (démarrage) en 2014. Précédemment, M. Maurice a travaillé à Silicon Valley chez Yahoo et LinkedIn, et possède un MBA de l'université Harvard. LP Maurice est un ange investisseur et un mentor actif dans la communauté start-up montréalaise. Il est aussi associé de Credo, un accélérateur de projets, ainsi qu'un des instigateurs de La Gare, un espace collaboratif dans le Mile-End, à Montréal.

Suivez LP Maurice sur Twitter @lpmo

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