PME: les «trois R» selon Aéronergie


Édition du 12 Avril 2023

PME: les «trois R» selon Aéronergie


Édition du 12 Avril 2023

Par Emmanuel Martinez

Un échangeur de chaleur signé Aéronergie.

L’inaction des États et des entreprises est parfois décourageante tant l’urgence climatique est forte, mais le travail d’une PME de Drummondville offre une lueur d’espoir.

Avec plus de 700 projets à son actif, Aéronergie a permis à ses clients d’économiser 13 millions de dollars (M$) en énergie tout en évitant le rejet de 64 000 tonnes de GES.

«Tous nos projets visent à réduire les GES, dit fièrement son propriétaire, Carl Binette, en entrevue. C’est notre mission.»

 

Un joueur clé pour des secteurs énergivores

Ses clients exploitent en grande majorité des installations industrielles, mais la PME dessert aussi des entreprises des secteurs commercial et institutionnel. Sachant que ces secteurs représentent environ 46 % de la consommation d’énergie au Québec, il est évident qu’Aéronergie, qui compte une cinquantaine d’employés, peut jouer un rôle clé dans la transition.

Le dirigeant explique que les interventions de son entreprise se fondent sur trois piliers. «On se base sur les trois R, soit réduire à la source, récupérer l’énergie et la remplacer», dit-il.

La réduction d’énergie se réalise notamment par l’installation d’outils pour contrôler la température, le CO2, l’humidité et d’autres émissions. La récupération consiste à répartir ou à réutiliser ailleurs dans un bâtiment la chaleur dégagée par les machines, comme des fours industriels, des compresseurs et des chambres électriques. «On fabrique nos propres échangeurs d’air, explique le fondateur d’Aéronergie. On peut s’adapter à des températures aussi élevées que 1000 degrés Celsius.»

Pour remplacer l’énergie utilisée, cette PME créée en 2011 construit des capteurs solaires thermiques apposés aux parois du bâtiment qui préchauffent l’air pour réduire la consommation d’énergie. Une telle installation à Soprema, à Drummondville, avait seulement coûté 35 000$ en 2014 grâce aux subventions, pour des économies annuelles de 17 500$ et de 29 tonnes de GES.

Elle conçoit aussi des «rideaux d’air» qui sont des équipements d’aération installés devant des portes extérieures et des fours de l’usine pour réduire considérablement les échanges d’airs entre l’extérieur et le bâtiment ou à l’intérieur de celui-ci.

 

Pas une question d’argent

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, épargner ne constitue pas le premier facteur qui incite les entreprises à agir.

«C’est rarement pour réduire les frais d’exploitation, mentionne Carl Binette. C’est souvent parce qu’il fait trop chaud en été et trop froid en hiver dans la bâtisse ou parce que la qualité d’air n’est pas bonne. Réduire les GES est aussi déterminant, car de nombreuses entreprises ont des objectifs en ce sens.»

«Le rendement de l’investissement demeure toutefois un facteur important dans la prise de décision», ajoute-t-il. Dans le secteur industriel, cela prend de un à cinq ans pour l’atteindre, contre trois à cinq ans dans le commercial et de cinq à sept ans dans l’institutionnel. «Il y a donc moyen de servir la planète sans une dépense additionnelle en fin de compte», note Carl Binette. Même si les investissements sont rentabilisés plus rapidement dans l’industriel, les entreprises de ce secteur sont souvent les plus hésitantes à délier les cordons de la bourse. «En raison des incertitudes en matière de production et de marché, ces entreprises pensent vraiment à court terme et ont des liquidités limitées», dit Carl Binette.

Il fait cependant valoir que pour des entreprises ne désirant pas sortir de sous de leur poche, il existe des fonds d’investissement qui financent la décarbonation en payant pour les projets verts et qui se remboursent par la suite à même les économies réalisées.

 

La force de l’intégration

Annuellement, Aéronergie effectue une cinquantaine de projets pour une quinzaine d’entreprises. «Notre service clé en main est une de nos grandes forces, fait remarquer le patron. On fait le diagnostic, la conception, la fabrication, l’installation et le mesurage après le travail, en plus de gérer les de-mandes de subventions.

On effectue un projet en moins d’un an, tandis que d’autres manufacturiers prennent plus de temps pour seulement fabriquer les équipements.»Elle permet donc à ses clients d’éviter d’avoir à gérer quatre intervenants. «Un projet de 2,5 M$, c’est 1,5 M$ avec nous, estime-t-il. Le guichet unique a une incidence positive sur les coûts et les délais.»

Bien que la majorité de son chiffre d’affaires provienne du Québec, Aéronergie a décroché des contrats dans une dizaine de pays. À l’étranger, elle fait appel à des intégrateurs qui font l’installation, comme ce fut le cas pour des entrepôts d’Amazon et de DHL en Allemagne. «La demande a été multipliée par trois depuis la COVID, fait remarquer le patron. On se rend compte davantage que les changements climatiques ont des effets sur les humains, et la guerre en Ukraine a créé un choc énergétique en Europe.»

L’avenir est donc radieux pour cette entreprise novatrice du Centre-du-Québec. Et il l’est aussi un peu plus pour l’humanité grâce à elle.

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