Le Québec à la conquête de l'Ouest

Publié le 01/01/2009 à 00:00

Le Québec à la conquête de l'Ouest

Publié le 01/01/2009 à 00:00

En juin dernier, Boralex, un producteur indépendant d'énergie "verte", annonçait l'acquisition d'une centrale au fil de l'eau (qui utilise le débit des fleuves importants plutôt qu'un barrage pour produire de l'énergie) à Ocean Falls, le long de la côte de Vancouver. En septembre, c'était au tour d'Innergex énergie renouvelable d'annoncer l'acquisition de 66,66 % des parts dans 18 nouveaux projets hydroélectriques dans la province. Quant à Brookfield Renewable Power, présente depuis 2001 dans le paysage, elle établit des partenariats avec les Premières Nations pour ses projets de centrales au fil de l'eau.

Ces trois entreprises québécoises profitent d'un boom énergétique qui a connu son apogée le 25 novembre dernier à la fermeture du Clean Power Call, la plus importante demande de propositions énergétiques émise par la province à ce jour. L'appel d'offres de 5 000 GWh - de quoi fournir en électricité 488 000 logements - accorde la priorité aux projets propres ou renouvelables qui utilisent une technologie éprouvée.

Peu risquées pour BC Hydro (qui n'a pas à assumer les coûts liés à la recherche et au développement des projets), intéressantes pour les promoteurs (qui peuvent offrir une source de revenus stables et à long terme à leurs investisseurs) et alléchantes pour la province (qui cherche à atteindre l'autosuffisance énergétique de façon propre d'ici 2016), les centrales hydroélectriques gérées par le privé ont la cote.

Innergex l'a compris quand elle a acquis sa première centrale en 2001. C'est un ralentissement dans le marché québécois qui a poussé l'entreprise à s'installer de l'autre côté du pays avec un projet de centrale au fil de l'eau sur la rivière Rutherford, près de la route Sea-to-Sky, entre Whistler et Pemberton.

Un terreau fertile

Grâce à ses nombreuses rivières en montagne et à son climat pluvieux, la Colombie-Britannique est un terreau fertile pour les installations au fil de l'eau. En juin 2001, au cours d'une visite en hélicoptère près de Vancouver en compagnie du président de Ledcor Power Group, Steve Davis, Michel Letellier comprend toute la capacité énergétique de la province. La journée était ensoleillée et la crue des eaux, en raison de la fonte tardive des neiges, avait porté le débit des rivières à proximité de Vancouver à son plus haut niveau.

"Les rivières québécoises ont un plus gros débit, mais leurs chutes sont moins élevées", explique Michel Letellier. Au Québec, les chutes d'une hauteur de 30 à 40 mètres, considérées comme la moyenne, ne peuvent se comparer aux chutes de 200 à 300 mètres de la Colombie-Britannique. "Ce qui fait que les défis environnementaux sont moins grands", ajoute l'homme d'affaires. L'eau des rivières, provenant surtout de glaciers, contient peu de vie ou de poissons. L'impact sur la faune et la flore est donc minime, selon Michel Letellier.

L'ouverture au privé

L'année 2001 marque aussi le début de l'appel au privé en Colombie-Britannique. Après avoir connu une production supérieure à la demande pendant plusieurs années, la province devient une importatrice d'électricité. Cette année-là, lors des élections, le gouvernement néodémocrate, réfractaire à tout projet privé, cède la place au gouvernement libéral de Gordon Campbell, beaucoup plus ouvert au privé. Des taux d'intérêt bas et une augmentation du prix de l'essence font des centrales hydroélectriques une option alléchante.

En sept ans, la proportion de l'énergie produite par le privé en Colombie-Britannique passe de 4,5 à 13 %. À l'heure actuelle, 36 des 46 projets indépendants sont des centrales au fil de l'eau, dont la productivité est de 1 à 50 MW.

Aussi intéressants soient-ils, les projets de mini-centrales ne sont toutefois pas nécessairement le gage de profits assurés. "Certaines centrales sont rentables, estime Michel Letellier. Cependant, même si deux ou trois projets ont du succès, nous en connaissons d'autres qui ne sont pas aussi prometteurs qu'on le croyait au départ." Ententes difficiles à obtenir avec les gouvernements locaux, problèmes d'accès ou enjeux environnementaux sous-estimés forcent l'abandon de projets potentiels.

En raison du nombre de critères environnementaux à satisfaire - plus de 50 autorisations sont nécessaires de la part d'une douzaine d'organisations gouvernementales avant de mettre un projet sur pied -, les projets peuvent devenir de véritables casse-tête pour les investisseurs. Le délai pour l'obtention des permis peut aller jusqu'à trois ans. Et la construction des centrales peut exiger trois autres années. "Il faut bien connaître le marché pour se lancer dans la construction d'un projet", estime le président de l'IPPBC, Steve Davis.

Vert... jusqu'à quel point ?

En 1990, le Québec lance son premier programme de projets de petites centrales hydroélectriques privées qui mène à la construction de 57 centrales. La deuxième série d'octrois de contrats, en mai 2001, est marquée par une forte opposition. Un vaste mouvement de protestation mènera, en novembre 2002, à la création de la "Politique nationale de l'eau", à l'abandon de tous les projets de petites centrales - à l'exception de trois - et à la création de la Fondation Rivières. Les producteurs privés ne font pas face à la même opposition sur la côte Ouest. "L'eau, c'est presque une religion au Québec, juge Michel Letellier. On se heurte à une méfiance envers le privé que je trouve personnellement un peu exagérée."

Pour sa part, le mouvement d'opposition commence à peine en Colombie-Britannique. Des militants écologistes s'interrogent sur les conséquences de ces projets énergétiques qui produisent peu - de 1 à 50 MW en général -, mais dont l'impact global reste à mesurer. Rafe Mair, commentateur politique coloré de la trempe d'André Arthur, dénonce régulièrement ce qu'il appelle "la nouvelle ruée vers l'or".

Le système qui a été mis en place afin de réclamer des droits sur les rivières, semblable à celui de l'industrie minière, lui donne raison. En Colombie-Britannique, les promoteurs désireux d'explorer un projet doivent soumettre une demande de droits au gouvernement provincial pour des secteurs géographiques qui ont un potentiel hydroélectrique. Environ 8 200 criques et rivières auraient ce potentiel. De ce nombre, 650 ont fait l'objet d'une demande au cours des 10 dernières années. Deux cents applications ont été abandonnées ou jugées irrecevables.

En pratique, de petites entreprises locales, comme Ledcor Power Group, réclament des droits sur les rivières disponibles, et les revendront ensuite à des partenaires d'affaires comme Innergex. Si, en apparence, les rivières de la Colombie-Britannique sont toutes à vendre, la réalité est tout autre.

Pour le moment, "la ruée vers l'or" prend plutôt la forme d'un appel d'offres, où l'obtention d'un contrat est nécessaire pour construire une centrale. L'appel de propositions du Clean Power Call qui s'est terminé le 25 novembre dernier constitue le point culminant des sept dernières années. Soixante-huit propositions par 43 compagnies différentes sont sur la liste de propositions pour l'Appel à l'énergie verte. Les deux tiers d'entre eux sont des projets de mini- centrales hydroélectriques.

13 %

C'est le pourcentage d'énergie produite par le secteur privé en Colombie-Britannique. Il y a 7 ans, il était de 4,5 %.

3,5 %

C'est le pourcentage d'énergie produite par le secteur privé au Québec.

francisplourde@mac.com

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