Le conflit au Journal de Montréal : légal, mais pas éthique

Publié le 01/04/2009 à 00:00

Le conflit au Journal de Montréal : légal, mais pas éthique

Publié le 01/04/2009 à 00:00

Par René Villemure

Les conflits de travail font partie de la vie de toutes les entreprises. Lorsqu'il est question d'une grande entreprise syndiquée, les médias sautent souvent sur la nouvelle. Et cela éveille des passions. C'est le cas du dossier du Journal de Montréal (JDM).

Le Code du travail du Québec donne des droits et impose des obligations aux parties patronales et syndicales lors de l'élaboration d'une convention collective ou de son renouvellement. Bien avant toute disposition normative, droit ou privilège, les parties ont l'obligation de négocier "de bonne foi". En cas d'échec, elles peuvent, pour la partie syndicale, exercer le droit de grève ou, pour la partie patronale, imposer un lockout.

Ces deux mesures, quoiqu'extrêmes, sont tout à fait légales. Mais sont-elles éthiques pour autant ?

Une partie qui négocie de mauvaise foi ou qui tente d'influencer les règles du jeu de la négociation peut parvenir à forcer un lockout ou à provoquer une grève. Ce qui, en dépit de la légalité du geste, reste très discutable sur le plan éthique.

C'est ici que la situation particulière du JDM devient intéressante. En raison de ses jeux de coulisses.

Alors que des conflits de travail importants dans des industries manufacturières ne font pas la une des journaux, personne ne s'étonne de l'attention accordée par des médias à un quotidien en conflit de travail. Pourtant, un conflit en vaut généralement bien un autre. Pas dans ce cas.

Le conflit au JDM va bien au-delà d'un habituel choc entre les parties. Ce qui est inhabituel, c'est que ce conflit suscite des passions, tant chez les parties directement impliquées que chez les parties indirectement impliquées ou même chez celles qui ne sont pas impliquées du tout. Ce conflit prend une ampleur démesurée par sa nature même, parce que les parties bénéficient d'un amplificateur important.

La partie syndicale utilise son amplificateur pour intimider ses chroniqueurs comme George W. Bush utilisait le sien pour intimider la population mondiale : "Si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous".

Cette menace et cet amplificateur sont assez puissants pour influencer un ancien premier ministre, un cardinal, plusieurs politiciens et autres personnalités de l'espace public, qui ont tout à perdre et rien à gagner dans cette affaire. Ces chroniqueurs ont choisi "librement" de ne pas franchir les lignes de piquetage. Pourtant, ce conflit n'est pas le leur ; ils n'en sont que des témoins ou, au pire, des otages.

Un deuxième point qui mérite réflexion est le fait que personne ne semble s'interroger sur la raison pour laquelle il faut, comme par réflexe, appuyer la partie syndicale. Pour avoir de la valeur, ce soutien devrait faire l'objet d'un choix, pas d'un chantage.

Il faut aussi savoir que l'appui traditionnel aux journalistes et aux travailleurs des médias prend ses racines en France au siècle dernier, alors que les journalistes étaient les seuls à pouvoir dénoncer certaines dérives des gouvernements et que ces dérives touchaient directement les citoyens. En retour de ce rôle de vigie, les journalistes jouissaient de l'estime des citoyens qui les soutenaient dans leurs épreuves, notamment dans leurs batailles syndicales. La situation au JDM est bien différente et ne peut être comparée aux combats menés dans les médias français de l'époque tout simplement parce qu'il ne s'agit dans ce cas que d'un conflit privé entre des parties privées. Le bien commun n'est pas en jeu.

Je crois qu'il est immoral et non éthique qu'une des parties fasse usage de pression ou de chantage en vue de contraindre des acteurs indirects à participer à un conflit dont ils ne pourront que faire les frais.

Il est aussi immoral et non éthique qu'une partie fasse usage de propagande sous couvert d'information afin d'influencer la population dans ce qui demeure un conflit privé.

Si vous voulez prendre parti dans ce débat, agissez au bon endroit : achetez le JDM ou cessez de l'acheter.

rene.villemure@ethique.net

René Villemure est éthicien. Il est aussi le fondateur de l'Institut québécois d'éthique appliquée. Il conseille les dirigeants des grandes sociétés publiques et privées en matière de gestion éthique et de gouvernance éthique.

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