Le capital de risque au Québec: l'essor des fonds ultra-spécialisés


Édition du 22 Septembre 2018

Le capital de risque au Québec: l'essor des fonds ultra-spécialisés


Édition du 22 Septembre 2018

Par Alain McKenna

De la ­start-up en fintech, ­Flinks, debouts : ­Julien ­Cousineau, fondateur et directeur de la technologie, ­Yves-Gabriel ­Leboeuf, fondateur et ­PDG, ainsi que ­Frédérick ­Lavoie, directeur des opérations. Assis, ­David ­Nault, associé directeur du fonds ­Luge ­Capital. [Photo : Martin Flamand]

En 2018, la plupart des industries ont compris le rôle plus transformateur que perturbateur des start-up technologiques. Si bien que les investisseurs ont leur jeu libre de créer des fonds spécialisés dans le domaine de leur choix. Le secteur financier semble aux avant-postes de ce phénomène, mais le capital de risque ne compte pas s'y limiter...

Il y a trois ans, alors que naissaient les premières applications de prêts instantanés et de courtage automatisé, les grandes banques canadiennes frémissaient à l'idée que ces technologies financières, dites fintechs, chamboulent leur industrie. Signe des temps, elles ont toutes investi depuis dans ces technologies, ce qui fait bien l'affaire des investisseurs en capital de risque du pays en général, et de Montréal en particulier.

«À l'époque, il était impensable de collaborer avec les banques sur un projet de fintech, mais leur mentalité a évolué», constate Jean-François Marcoux, cofondateur et partenaire chez White Star Capital, à Montréal. «Elles ne craignent plus d'être renversées. Au contraire, on sent qu'elles sont à l'affût et qu'à terme, il y aura beaucoup de fusions et d'acquisitions impliquant des start-up et des institutions bancaires.»

Plus tôt cet été, White Star a confirmé la création de son deuxième fonds, totalisant 232 millions de dollars, qui cible notamment le marché des fintechs. White Star se tient près des grandes places financières comme Paris et New York, mais n'oublie pas le Canada pour autant.

«Le Canada est un peu en retard dans ce créneau, probablement parce que les consommateurs sont généralement satisfaits de leurs services bancaires, ce qui n'est pas le cas partout dans le monde. Mais Montréal et Toronto demeurent des villes ayant un bon potentiel», poursuit M. Marcoux.

Fintech, insurtech, regtech...

Constatant l'émergence des technologies financières, David Nault a quitté le fonds iNovia, au début de l'été, pour fonder son propre fonds, qui cible exclusivement ce secteur. Profitant justement de l'intérêt naissant des institutions bancaires à leur égard, Luge Capital est doté d'une enveloppe totale de 75 M$ provenant notamment de Desjardins, Sun Life et La Capitale.

«Les fintechs, c'est plus qu'un mot à la mode. On se spécialise dans ce secteur, car on croit qu'un fonds spécialisé aura plus de facilité à aider les entrepreneurs, avec de l'argent, mais aussi avec une bonne connaissance du marché», explique M. Nault, qui nuance les propos de M. Marcoux sur la situation au Canada. «Le secteur financier canadien est protégé. C'est aussi un avantage compétitif puisque ça impose une barrière à l'entrée qui est un gage de qualité des produits. Il reste maintenant au gouvernement à laisser de la place à l'innovation dans son encadrement du secteur bancaire.»

L'investisseur cite en exemple l'Autorité des marchés financiers, qui a rapidement réagi à l'émergence des premières émissions de cryptomonnaies, l'an dernier, ce qui a permis à Impak Finance de lancer une monnaie à vocation sociale. En adoptant une démarche similaire, d'autres sous-secteurs pourront développer leurs propres solutions, plutôt que de craindre que Google, Amazon ou Apple ne vienne chambarder le modèle établi.

Luge Capital, accompagné de la Banque nationale, a également investi 1,75 M$ dans Flinks, une start-up montréalaise qui utilise l'intelligence artificielle pour mieux évaluer la santé financière et les habitudes d'achat des clients des institutions bancaires. «Nous sommes parvenus à tisser des liens serrés avec le secteur bancaire canadien. C'est ce qui nous permet d'avoir accès aux clients et au capital nécessaires pour croître», explique Yves-Gabriel Leboeuf, PDG de Flinks.

«Il est devenu très important pour nous de soutenir un environnement qui stimule l'innovation», disait David Furlong, vice-président de la Banque, au moment d'annoncer la transaction, par voie de communiqué.

«Les banques, les assurances, la conformité à la réglementation, le secteur légal : ils sont tous touchés par la technologie», poursuit M. Nault. Pas pour rien si, au-delà des fintechs, d'autres expressions voient le jour, comme «insurtech», «regtech», «legaltech», selon les nouvelles technologies spécialisées qui voient le jour. «Il faut seulement que les assureurs, les avocats et les autres s'adaptent avant que les géants technos ne prennent leur place.»

Les fonds surspécialisés débarquent

Par leur proximité évidente avec les investisseurs, il n'est pas surprenant de voir les technologies financières ciblées par de nouveaux fonds de capital de risque exclusifs à ce secteur. Mais ce phénomène n'est pas exclusif. La preuve : l'effervescence entourant l'émergence du marché du cannabis mène plus d'un fonds à se consacrer uniquement à ce marché. C'est le cas de Casa Verde Capital, un fonds californien de 45 M$ US qui a récemment investi dans une start-up torontoise.

La BDC, un des plus grands investisseurs du Canada, a ainsi réservé 200 millions de dollars afin de venir en aide aux jeunes pousses créées et dirigées par des femmes. «L'inclusion est à la base de toute bonne culture d'entreprise», relate Michelle Scarborough, directrice générale du Fonds pour les femmes en technologies de BDC Capital. «Il est prouvé que la diversité dans le leadership crée plus de valeur pour les investisseurs et les consommateurs et soutient la croissance économique.» Le fonds a signé ses quatre premiers chèques plus tôt cet été, venant notamment en aide aux Fermes Lufa, une plateforme montréalaise de vente en ligne des produits de la ferme, directement aux consommateurs.

La Caisse de dépôt et placement du Québec n'est pas en reste elle non plus. Le printemps dernier, elle s'est associée à Agropur afin de créer une plateforme de co-investissement destinée aux entreprises «à fort potentiel de rentabilité» dans le secteur laitier. Du côté de la Caisse, on juge important d'aider les secteurs traditionnels à innover, en reproduisant un modèle issu du secteur technologique qui a fait école. Chez Agropur, c'est un moyen d'élargir un marché qui tourne au ralenti depuis quelques années. «Avec cette nouvelle plateforme, nous voulons anticiper les besoins de nos clients et de nos consommateurs et créer les produits laitiers de demain, explique Robert Coallier, chef de la direction d'Agropur. Nous ciblerons des entreprises novatrices qui contribueront à renouveler l'industrie laitière.»

Se renouveler. Dans l'agroalimentaire comme dans la finance ou ailleurs, c'est certainement là l'effet recherché par plus d'une nouvelle entreprise. Ça tombe bien : les investisseurs sont à l'affût.

Des fonds spécialisés tous azimuts

Les exemples de nouveaux fonds de ­capital de risque spécialisés ne manquent pas, ces derniers mois. En voici ­quelques-uns :

Diagram ­Ventures
Formé l’an dernier après avoir bouclé une ronde de financement de 25 M$, ­Diagram ­Ventures est dirigé par ­François ­Lafortune et ­Paul ­Desmarais ­III. Ce fonds situé à la fois à ­Montréal et à ­Toronto cible principalement les start-up dans les secteurs de la finance, de l’assurance et de la santé.

Salesforce ­Trailblazer ­Fund
Le géant des outils de gestion de la clientèle a annoncé au début de l’été la création de ce fonds doté d’une enveloppe de 100 M$ ciblant exclusivement le marché canadien. Son objectif : aider les jeunes pousses spécialisées dans les services infonuagiques et les outils de marketing innovateurs à prendre leur élan.

Agropur
Partageant la facture à parts égales avec la ­Caisse de dépôt et placement du ­Québec, ­Agropur investira 40 M$ dans des entreprises qui développent des technologies innovatrices spécialisées dans l’agroalimentaire, plus spécifiquement dans le secteur laitier.

BDC ­Capital
Un fonds doté d’une enveloppe de 200 M$, ce qui en fait un des fonds de ­capital de risque les plus importants de la planète exclusivement consacrés à l’investissement dans les entreprises technologiques dirigées par des femmes.

Casa ­Verde ­Capital
Dirigé de la ­Californie et comptant le rappeur ­Snoop ­Dogg parmi ses investisseurs, ce fonds spécialisé a 45 M$ ­US prêts à être investis dans les jeunes pousses (c’est le cas de le dire) de l’industrie du cannabis. L’hiver dernier, le fonds a octroyé 2,5 M$ ­US à ­Trellis, une ­start-up de ­Toronto spécialisée dans le traçage de la marijuana de la semence jusqu’à sa consommation.

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